Les nouveaux maîtres de Donetsk

Pendant la guerre, pendant le froid et la faim, alors que la mort ramassait chaque jour son tribut dans les rues de la ville, d’autres sont devenus les maîtres de Donetsk

Mercredi 29 juillet, la Russie a opposé son veto au Conseil de sécurité de l’ONU au projet de résolution malaisien sur la création d’un tribunal international dont la mission serait de poursuivre les responsables du crash du Boeing 777 survenu dans le Donbass le 17 juillet 2014.

Security Council Meeting: Letter dated 28 February 2014 from the Permanent Representative of Ukraine to the United Nations addressed to the President of the Security Council (S/2014/136)
La Russie est le seul pays membre du Conseil de Sécurité de l’ONU à avoir poser son veto à la création d’un tribunal international pour juger les responsables du crash du vol MH17. Crédits: unmultimedia.org

Onze pays membres du Conseil de Sécurité de l’ONU ont voté favorablement au projet de résolution malaisien, dont trois membres permanents sur cinq – Royaume-Uni, France et États-Unis – et huit pays mandatés pour deux ans sur dix – Jordanie, Espagne, Lituanie, Malaisie, Nigeria, Nouvelle-Zélande, Tchad et Chili. La Chine, le Venezuela et l’Angola se sont, quant à eux, abstenus. La Russie est le seul pays membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies à avoir voté contre la résolution qui n’a, par conséquent, pas été adoptée.

« Le veto d’aujourd’hui ne signifie pas le déni de justice pour les familles des victimes. Il ne peut pas y avoir et il n’y aura pas d’impunité pour ceux qui ont abattu un vol civil avec 298 personnes à son bord », a déclaré la représentante permanente américaine auprès de l’ONU Samantha Power commentant les résultats du vote qui marquent selon elle « un grave échec pour le Conseil ».

Security Council Meeting: Letter dated 28 February 2014 from the Permanent Representative of Ukraine to the United Nations addressed to the President of the Security Council (S/2014/136)
L’ambassadeur russe auprès de l’ONU Vitali Tchourkine a assuré « vouloir que les responsabilités du crash soient établies » mais que la création d’un tribunal ne devait pas être « du ressort du Conseil de sécurité » en l’absence de conclusions claires sur l’accident. Crédits: unmultimedia.org

L’ambassadeur russe auprès des Nations Unies Vitali Tchourkine a affirmé que la position adoptée par Moscou lors du vote « n’avait rien à voir avec l’encouragement de l’impunité ». « La Russie est toujours prête à coopérer en vue de mener une enquête complète, indépendante et impartiale sur les causes et circonstances du crash de l’avion malaisien en se basant sur les dispositions de la résolution du Conseil de sécurité 2166 », a précisé le diplomate russe.

Selon lui, la Russie a ainsi mis au point un projet de résolution alternatif qui prévoit d’intensifier le rôle du secrétaire général de l’ONU dans l’enquête, conformément à la résolution 2166.

Adoptée quelques jours après la catastrophe, la résolution 2166 du Conseil de sécurité de l’ONU a chargé le Bureau néerlandais de sécurité OVV de mener une enquête internationale impliquant l’Australie, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Ukraine.

En septembre 2014, le groupe d’enquêteurs a publié un rapport préliminaire qu indique que l’avion a été abattu par un missile antiaérien de type Buk. Cependant, aucun responsable n’a encore été établi et les conclusions finales de la commission internationale ne devraient être connues qu’en octobre 2015.

Le vol MH17 de la Malaysia Airlines, un Boeing 777 qui reliait Amsterdam à Kuala Lumpur, s’est écrasé le 17 juillet 2014 dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, faisant 298 morts. Depuis la catastrophe, l’armée ukrainienne et les insurgés pro-russes s’accusent mutuellement.

Mardi 14 juillet, la Malaisie a présenté au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution sur la création d’un tribunal international dont la mission serait de poursuivre les responsables du crash du Boeing 777 survenu dans le Donbass le 17 juillet 2014. « Un show politique se substituant à la véritable enquête », dénonce néanmoins un diplomate russe interrogé par le quotidien Kommersant.

Enquête Mh17 Ukraine
Officiers néerlandais et australiens sur le lieu du crash du Boeing en août 2014. Crédits : Ministerie van Defensie

« Cette résolution sur la création d’un tribunal est inadmissible », a martelé le diplomate avant de souligner que la Russie a plus d’une fois appelé à mener une enquête internationale sur la tragédie du Boeing en s’appuyant sur les instruments à la disposition du Conseil de sécurité de l’ONU. « Cependant, toutes nos propositions ont été rejetées, a-t-il expliqué. Lorsque nous avons proposé de créer le poste de représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU chargé de l’enquête sur le crash aérien, nos partenaires n’ont pas été d’accord. Lorsque nous avons souhaité mettre sur pied une mission spéciale du Conseil de sécurité de l’ONU, nous n’avons de nouveau pas été soutenus. Nos collègues n’ont pas non plus répondu à notre appel à publier les échanges des contrôleurs aériens et d’une série d’autres témoins. »

Le projet de résolution malaisien « est loin de se limiter à la tragédie du Boeing – derrière des formules préconçues et politisées se cache aussi la tentative de désigner les responsables du climat ayant conduit à cette tragédie », poursuit le diplomate.

Vitali Tchourkine, représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l’ONU, s’est également opposé au projet en rappelant que « bien que des avions civils se soient déjà écrasés par le passé, aucun tribunal international n’a jamais été créé et, parfois même, ces accidents n’ont donné lieu à aucune enquête. » Selon Konstantin Dolgov, chargé des droits de l’homme au ministère russe des affaires étrangères, beaucoup de membres de la communauté internationale ont « des reproches très sévères à faire sur la politisation, l’inefficacité et le coût des tribunaux existants, en particulier celui pour l’ex-Yougoslavie ».

L’initiative malaisienne a néanmoins été soutenue par l’Australie, les Pays-Bas, la Belgique et l’Ukraine. Dmitri Kouleba, ambassadeur extraordinaire du ministère des affaires étrangères ukrainien, a déclaré, le mardi 14 juillet, que « le modèle de création du tribunal, dont le statut est en train d’être entériné par le Conseil de sécurité de l’ONU, est idéal » pour traduire en justice les responsables de la tragédie.

Moscou insiste cependant pour que l’enquête continue à être menée conformément à la résolution 2166 du Conseil de sécurité, adoptée le 21 juillet 2014 et soutenant « une enquête internationale exhaustive, minutieuse et indépendante ». Cette dernière a été confiée au Bureau néerlandais de sécurité OVV, dont le rapport préliminaire publié en septembre 2014 indique que, selon les experts, l’avion a été abattu par un missile Buk. Les autorités ukrainiennes imputent la faute aux insurgés des républiques populaires autoproclamées et aux « militaires de carrière russes ». À leur tour, les représentants du consortium russe Almaz-Antei, qui produisait les missiles Buk jusqu’en 1999, a précisé que si le Boeing a effectivement été abattu par un missile Buk, il ne peut s’agir alors que du modèle 9М38М1 du système Buk-M1, présent dans l’arsenal du ministère ukrainien de la défense.

Les conclusions finales de la commission internationale ne devraient être connues qu’en octobre. Toujours est-il que, le 15 juillet, CNN a révélé, en citant des sources anonymes proches du dossier, que le rapport indique les coordonnées de l’endroit d’où a été lancé le missile et que ce territoire était contrôlé par les insurgés le jour de la catastrophe. Les dirigeants de la république populaire de Donetsk ont nié ces informations. Moscou a pour sa part laissé entendre que les résultats du travail de la commission peuvent être remis en doute. Comme l’a déclaré, le 15 juillet, Konstantin Dolgov, la Russie se pose « un grand nombre de questions sur le déroulement de l’enquête et les conclusions préalables qui ont été faites ».

Le vol MH17 de la Malaysia Airlines, un Boeing 777 qui reliait Amsterdam à Kuala Lumpur, s’est écrasé le 17 juillet 2014 dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, faisant 298 morts. Depuis la catastrophe, l’armée ukrainienne et les insurgés pro-russes s’accusent mutuellement.

Malgré une pluie diluvienne, près de 1 500 insurgés pro-russes et 30 véhicules militaires ont paradé, le 9 mai 2015, dans la rue centrale de Donetsk, où 20 000 personnes s’étaient réunies.

« Nous sommes tous heureux d’être ici. On nous a tellement bombardés et nous sommes si las de cette guerre… », a déclaré à Vesti Ukraine Martina, originaire de la ville voisine de Makeevka.

Seul représentant officiel à prendre la parole, Alexandre Zakhartchenko, le président de la république populaire autoproclamée de Donetsk (RPD), a salué la mémoire des vétérans de la Seconde Guerre mondiale ainsi que le courage « des combattants insurgés, endurcis par les batailles de Debaltseve et d’Ilovaïsk ». « Vous pouvez être fiers de nous », a-t-il lancé depuis une tribune installée sur la place principale de la ville, avant que l’hymne de la RPD ne soit joué pour la première fois.

Plusieurs dizaines de personnes ont ensuite pris part à la marche du « Régiment immortel », en hommage aux disparus de la Seconde Guerre mondiale, organisée un peu partout en Russie.

À Lougansk, 800 hommes et 30 véhicules blindés ont défilé sous les yeux d’environ 5000 personnes. S’adressant aux 200 vétérans présents à la tribune d’honneur, le leader de la république Igor Plotnitski a affirmé que les insurgés du Donbass n’avaient pas oublié leur sacrifice.

« Le soldat russe n’a jamais perdu une guerre de libération nationale. Et nous sommes aujourd’hui ici pour montrer notre unité avec tout le monde russe et dire que le Donbass ne soutiendra jamais le nazisme », a-t-il martelé.

Plusieurs dizaines de représentants d’organisations citoyennes, de syndicats et d’associations d’étudiants et d’écoliers ont ensuite organisé une Marche de la paix dans la rue principale.

Cette journée de célébrations s’est terminée, dans les deux républiques du Donbass, par des concerts et le traditionnel feu d’artifice du 9 mai.

Un rapport de l’OSCE en date du 10 mai affirme par ailleurs que les pièces d’artillerie utilisées lors de ces parades ont ensuite été reconduites dans leurs zones d’entreposage, conformément aux accords de Minsk.