Le Courrier de Russie

L’économie russe après Sotchi

Ioulia Tsepliaeva dirige le Centre de recherches macroéconomiques de Sberbank. Dans une interview à la revue Afisha, elle explique pourquoi l’économie russe ne croît pas aussi rapidement qu’on le voudrait et à quoi ça sert de construire des ponts sur l’océan Pacifique et d’organiser des JO au bord de la mer Noire.

Afisha : On entend beaucoup évoquer la menace d’une grande crise économique après les Jeux olympiques. À quel point ces craintes sont-elles fondées ?

Ioulia Tsepliaeva : Il n’y a pas de raisons, à l’heure actuelle, de connaître une grave crise.

A. : Pourtant, l’année dernière ne fut pas des plus heureuses pour l’économie de la Fédération… La croissance annoncée n’a pas été au rendez-vous.

I. Ts. : Seul le ministère du développement économique avait pronostiqué une croissance de 3,7 %. La plupart des autres experts prévoyaient, pour 2013, une croissance inférieure à celle de 2012. Cependant, c’est vrai, les rythmes du ralentissement ont dépassé tout ce à quoi nous nous attendions. Le phénomène a eu de l’influence sur les consciences, les gens sont devenus plus pessimistes. Ce n’est pas sans raison que nous entendons ces derniers temps plusieurs voix s’élever, depuis les tribunes les plus diverses, pour alerter sur les dangers d’une vision du monde pessimiste – les représentations créent du réel. Pour 2014, la croissance devrait être plus élevée qu’en 2013 – autour de 2 %. Trois facteurs puissants nous permettent de l’espérer : le ralentissement de l’exode des capitaux à l’étranger, un renouveau de l’activité dans la zone euro (qui permet de tabler sur une demande plus forte pour nos produits d’exportation), et l’intensification des investissements. Mais il existe aussi des risques qui peuvent faire que cette croissance soit inférieure à nos pronostics. 2014 ne verra pas de dépenses massives sur de grands projets du type des JO de Sotchi, qui ont soutenu la croissance économique. Les salaires dans le secteur étatique sont gelés. Le gel des tarifs dans les monopoles naturels pourrait provoquer des coupes dans les programmes d’investissement. […]