Le Courrier de Russie

Aleksandr Tretyakov : médaille d’or à l’épreuve de skeleton

Aleksandr Tretyakov (19/04/1985) : médaille d’or à l’épreuve de skeleton.

Lors des Jeux de Turin, en 2006, Aleksandr Tretyakov, âgé de 20 ans à l’époque, accélérait très rapidement mais commettait régulièrement des fautes sur la distance – et n’avait terminé qu’en deuxième dizaine du tableau. Je me souviens que Tretyakov, après les compétitions, avait longuement parlé aux journalistes de son sport, et qu’il était très gêné. À la fin de son récit, il avait regardé les journalistes comme on regarde des proches et, toujours aussi mal à l’aise, il avait déclaré : « Merci beaucoup. D’être venus. »

Huit ans plus tard, à l’automne 2013, j’allais de nouveau rencontrer Tretyakov – un grand magazine féminin photographiait le sportif russe dans un studio à la mode du nord de Moscou. En pénétrant dans le studio, je ne me doutais pas qu’en presque huit ans, Tretyakov aurait changé au point d’en être méconnaissable. Entre temps, il avait remporté un championnat du monde et l’épreuve globale de la Coupe du monde, et obtenu une médaille de bronze aux JO de Vancouver.

Par bonheur, Tretyakov m’étonna de nouveau. Il s’est révélé tout aussi modeste, souriant et reconnaissant que par le passé – après la séance, il a longtemps serré la main non seulement aux participants, mais aussi aux techniciens. Le seul changement était extérieur : à la place de sa frange, Tretyakov avait sur la tête une iroquoise soigneusement taillée. « Rien à voir avec le punk-rock, m’a-t-il expliqué. Simplement, j’ai vu ça sur d’autres sportifs, ça leur allait bien. Je suis revenu chez moi à Krasnoïarsk, et j’ai demandé la même chose au coiffeur. »

Pendant cette même séance photo, des collaborateurs de la fédération de bobsleigh m’avaient glissé à l’oreille : « Aleksandr est super bon, mais à Sotchi, il ne combattra que pour la deuxième place. La première, ce sera forcément pour Dukurs, le Letton. Je ne vois pas ce qui pourrait faire qu’il perde. » Et effectivement, à l’époque, sur huit étapes de Coupe du monde, Martins Dukurs en avait gagné six. Comment Tretyakov a-t-il donc réussi à emporter l’or ? Premièrement, Dukurs a commis une série d’erreurs, et deuxièmement, Tretyakov avait eu le temps d’apprendre la piste de Sotchi par cœur – il l’a descendue environ 200 fois. Cette piste a été construite spécialement pour les JO et, comme le remarque Tretyakov, c’est « une percée pour le skeleton russe ». « Avant, nous devions nous entraîner à l’étranger, raconte le sportif. À Sotchi, nous nous sommes entraînés pendant deux ans – et regardez les résultats. Nikita Tregoubov, qui skiait pour ses premiers Jeux olympiques, est arrivé 6ème, c’est vraiment super. »

D’ailleurs, tout le monde ne le sait pas, mais Tretyakov glisse dans ces tuyaux de glace avec une vue assez mauvaise. Il a « moins quatre », mais pas la moindre intention de corriger ça. « Je suis habitué aux lentilles, dit-il. Pendant la saison, je prends avec moi une paire de rechange – et aucun souci. Une fois, c’est vrai, elles ont volé. Mais tu peux conduire même en ne voyant que d’un œil. Oui, et puis, il n’y a pas tant de pistes dans le monde – à la fin, nous les connaissons par cœur. » Dans toutes ses interviews, Tretyakov raconte quel bonheur il retire du fait de vivre en Russie. « Plus que tout, j’aime la nature, la culture et la nourriture, dit-il. Et rien de comparable à la nourriture. Comme tout le monde, j’apprécie la cuisine italienne, mais je m’en lasse rapidement alors que le borchtch, on ne s’en lasse jamais. »

(Traduction Sport Express)

Crédits photographiques : Ramil Sitdikov