Le Courrier de Russie

La Russie, étape vers l’Europe ou terre d’asile ? Témoignages de réfugiés

Crédits : Comité d’assistance civique/Refugee.ru

Depuis le début de la « crise des migrants », l’Europe est la destination privilégiée des réfugiés – mais elle est loin d’être la plus facile d’accès. La Russie, plus accessible en termes d’obtention de visa et au coût de la vie moindre, se présente comme une alternative pour certains migrants du Moyen-Orient et d’Afrique. Malgré le durcissement récent de la loi sur le statut de réfugié lié à la crise ukrainienne, ils ont été plus de 3 500 à tenter leur chance en Fédération de Russie en 2014, d’après les chiffres du Comité d’assistance civique. Le Courrier de Russie est allé à la rencontre de demandeurs d’asile originaires de Syrie, d’Afghanistan, ou encore d’Érythrée.

Le Comité d’assistance civique a été créé en 1990 par un groupe de Moscovites bénévoles afin d’aider les Arméniens victimes de violences en Azerbaïdjan, à une époque où le Service fédéral des migrations (FMS) n’existait pas encore. Aujourd’hui, cette organisation non gouvernementale aide bénévolement les réfugiés et migrants dans leurs démarches administratives et lorsqu’ils rencontrent des problèmes liés à l’éducation ou à la santé. L’organisme est le seul centre moscovite à ouvrir ses bureaux trois jours par semaine pour rencontrer et soutenir les réfugiés. Les femmes et les hommes qui y travaillent sont avocats, traducteurs ou encore étudiants. Depuis 1998, le Comité est soutenu par le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, ainsi que par diverses associations et organisations, telles United Way, Caritas France, CCFD-Terre Solidaire ou encore l’ambassade des Pays-Bas.

« Le statut de réfugié n’est plus délivré aux Syriens – seulement aux Ukrainiens »

Yasser, 27 ans, Syrien, en Russie depuis 2012.

Je viens de Damas, où j’étais tailleur dans un magasin de vêtements. Ma maison a été détruite en 2012, lors de la bataille pour le contrôle de la ville. Nous avons été forcés, avec ma famille, de partir. Ma mère s’est réfugiée chez ses parents, dans un quartier sûr de Damas, et mon père est parti au Liban. Aux dernières nouvelles, mon frère était dans la région de Damas, mais c’est une zone très dangereuse. Tout peut arriver…

Et moi, je suis allé à Moscou. Un ami syrien, qui étudiait en Russie depuis quatre ans, avait proposé de m’héberger. Je suis arrivé avec un visa touristique, en pensant obtenir rapidement le statut de réfugié. Mais les autorités migratoires ne me l’ont finalement accordé que deux ans plus tard, en 2014, et pour un an seulement.

J’ai pu trouver un emploi de tailleur à Voronej grâce à un ami. J’y ai travaillé un an, jusqu’à expiration de mon statut… Mon employeur n’a pas voulu me garder. J’ai donc décidé de retourner à Moscou pour tenter de régulariser ma situation. Seulement, le Service fédéral des migrations (FMS) m’a opposé un refus catégorique, expliquant que le statut de réfugié n’était plus délivré qu’aux Ukrainiens.

Aujourd’hui, je suis en contact avec le Comité d’assistance civique à Moscou. Ils devraient pouvoir faciliter mes démarches administratives. Si ça échoue, j’essaierai d’aller en Europe, bien que ce soit très compliqué, surtout en ce moment. J’ai pensé à rentrer en Syrie, mais la situation actuelle m’y fait réfléchir à deux fois. À terme, j’y retournerai, mais seulement quand le calme sera revenu. Le plus tôt sera le mieux. Je vis actuellement chez un ami syrien, qui est marié à une Russe. Lui n’a pas de souci à se faire. Moi, en attendant, je gagne un peu d’argent en enchaînant les petits boulots de serveur, dans plusieurs restaurants.

La guerre civile syrienne est un conflit armé qui fait rage depuis mars 2011. Au départ,

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