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Jean-Michel Cosnuau : « En Russie, il faut tout oublier et se laisser porter »

Jean-Michel Cosnuau : « En Russie, il faut tout oublier et se laisser porter »

Jean-Michel Cosnuau, publicitaire, conseiller de Jack Lang au ministère de la culture et créateur de clubs et restaurants à Moscou depuis les années 1990, revient sur sa vie dans Froid devant !, aux éditions Robert Laffont. L’enfance à coups de ceinture, l’adolescence en mai 68, l’arrivée à Moscou, la vie la nuit, la conversion à l’orthodoxie… Rencontre.Le Courrier de Russie : Parlez-nous de votre enfance.Jean-Michel Cosnuau : J’ai eu une enfance privilégiée, un père ingénieur, directeur d’une entreprise de luminaires, issu d’une famille de hobereaux bretons, élevé chez les jésuites. Il étudiait au séminaire quand il a rencontré ma mère, une Juive communiste, il est resté communiste jusqu’en 1956, et ma mère, jusqu’aux événements de Prague.LCDR : Et côté maternel ?J-M.C. : Ma mère est née à Varsovie mais sa famille a fui la Pologne, est passée par l’Angleterre puis est arrivée en France dans les années 1934-35. Son père a été arrêté pendant la guerre mais s’est évadé de Drancy, son frère ne s’est pas évadé et a fini à Auschwitz.
« J’ai été soigné pendant deux ans par Françoise Dolto »
LCDR : Un souvenir d’enfance prégnant ?J-M.C. : Nous vivions à Saint-Mandé, et la femme du couple qui vivait à l’étage au-dessus me détestait et cachait mes cahiers de classe. Mon père était furieux que je perde mes cahiers et a commencé à me frapper à six, sept ans, à coups de ceinture. J’ai été soigné pendant deux ans par Françoise Dolto, dont la conclusion fut que j’étais un mystère. J’étais privé de repas, privé de sortie mais je n’ai jamais avoué, jamais rien dit, mon père m’aimait profondément, je le sais, mais je ne voyais aucune raison d’avouer. Ça m’a donné une insensibilité à la douleur, j’étais prêt pour une adolescence à la fin des années 1960 !LCDR : Pourquoi cette femme agissait-elle ainsi à votre encontre ?J-M.C. : Quelques années plus tard, ma mère a épousé le mari de cette femme, elle se vengeait sur moi.LCDR : Elle savait ?J-M.C. : Ça devait se sentir, il y a eu la période d’attraction, la période clandestine et la période publique, et puis, j’étais le portrait craché de ma mère et elle était très jalouse. Un jour, elle a même prêté son martinet à mon père pour me faire avouer, mais ensuite, elle venait me consoler ! À dix-sept ans, lors d’un déménagement, j’ai retrouvé les cahiers dans un sac, j’ai appelé ma mère, j’ai pris le sac et l’ai déposé sur le tapis devant chez mon père, ça a été silence radio pendant vingt ans.
« À dix-sept ans, je me suis battu avec mon père »
LCDR : De 17 à 37 ans, vous n’avez eu aucun contact avec votre père ?J-M.C. : À 17 ans, je me suis battu avec lui, j’ai gagné, il s’est excusé,

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Jean-Félix De la ville Baugé