Beslan : témoignages de rescapés

Il y a onze ans, le 1er septembre 2004, des séparatistes tchétchènes faisaient irruption dans l’école n°1 de Beslan, en Ossétie du nord, et prenaient en otage des centaines d’enfants et d’adultes. La tragédie de Beslan a duré trois jours et fait 334 victimes. Des rescapés témoignent.

"Tous les 31 août, je m’enferme dans la salle de bains et je me mets à hurler."

blog_entry_628207Amina Katchmazova, 18 ans. Étudiante à l’université d’État d’Ossétie du nord, à VladikavkazLes yeux bandés, je touchais une peluche, en essayant de deviner ce que c’était comme animal. Maman me disait que c’était un tigre blanc, mais je ne la croyais pas. Je ne voulais qu'une chose : le voir.C’était à l’hôpital. J’avais été blessée au visage par une explosion. Quand j’ai finalement ouvert les yeux et que j’ai vu le tigre, j’ai fondu en larmes.Tous les gens qui ont survécu à des actes terroristes rencontrent des problèmes psychologiques, je le sais. Moi, je suis extrêmement nerveuse. J’ai les mains qui tremblent. Et je peux m’énerver pour la moindre ânerie. J’ai tellement honte parfois ! Ça me met en colère. Et c’est de plus en plus souvent. J’ai l’impression qu’un jour, je vais devenir folle. À un moment, je me suis dit : je vais prendre un couteau et je vais me tuer. Deux fois, ça m’a pris réellement... J’avais déjà le couteau dans les mains, et puis, je me suis dit : si je me tue, c’est sûr que je n’irai nulle part. Et sûrement pas au paradis. Et au paradis, il y a tous mes amis. Il faut que j’y aille. Donc je reste en vie.Je déteste le 31 août. Parce que je sais que ce jour-là, j’étais encore une enfant normale, ordinaire, mais que dès le lendemain, il s’est passé quelque chose qui a totalement changé ma vie. Tous les 31 août, je m’enferme dans la salle de bains et je me mets à hurler. Sérieusement – pas à pleurer, à hurler.J’étais allongée au sol dans l’école, prise en otage, et dehors, il faisait une pluie battante, et je pensais : zut, toute cette eau qui se perd, et nous qui avons tellement soif. Qu’ils nous laissent sortir rien que cinq minutes sous la pluie, et puis, on revient. J’idolâtre probablement la pluie. Autant pour se laver que pour boire. Si ça va mal, bois de l’eau. Je ne prends pas de médicaments. Je n’ai jamais mesuré ma tension. Parce que je le sais : il suffit que je boive de l’eau et ça ira mieux. Après la prise d’otages, on nous coupait souvent l’eau, et ça me faisait toujours pleurer. Ils coupaient pour deux heures seulement, et moi, je faisais sept seaux et trois bidons de réserve. J’avais très peur de rester sans eau.Cet été, dans notre ancienne école, ils ont brûlé des cierges pour les morts en Ukraine. Je n’aime pas ces choses-là. Pour moi, il vaudrait mieux aider matériellement leurs familles. Je n’arrive pas à compatir avec les victimes de catastrophes. C’est une qualité que je n’ai pas : la compassion ou l’empathie. Parfois, je me dis que je suis une pierre. Je n’ai aucune émotion. J’ai l’impression que là où je suis, la vie passe, alors que là où je ne suis pas, elle avance.

"J’ai honte de dire que j’ai été otage."

blog_entry_628204Fariza Mitdzieva, 18 ans, étudiante en psychologieJe ne crois pas au paradis, à ces saints avec une auréole au-dessus de la tête. Je ne crois pas aux petits anges, non plus. Je crois aux extra-terrestres. Ils existent vraiment. Si Dieu existait, il aiderait tout le monde. Il ne laisserait pas faire des choses pareilles.Les terroristes marchaient dans la salle et tiraient sur ceux qui bougeaient. Nous faisions semblant d’être morts. Maman était allongée près de moi, je la touchais, mais elle ne réagissait pas. J’ai eu très peur, à ce moment-là. Et puis, il y avait une fille qui chantait ; ou alors, c’est ce qui me semblait. On entendait les explosions, et elle, elle chantait.Toute ma famille s’est retrouvée prise en otage : moi, maman, mon frère et ma grand-mère. Sauf papa. J’ai l’impression que c’était encore pire pour lui que pour nous. Il avait tous ses proches à l’intérieur, sa femme, sa mère, ses enfants… et qu’est-ce qu’il ressentait ?

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Traduit par Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Mai 1989, Gorbatchev à Pékin : Deux dragons dans un nid d’hirondelle

Il y a trente ans, le 14 mai 1989, le dernier président de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, arrive à Pékin, au beau milieu des manifestations étudiantes qui se tiennent place Tian’anmen. Il s’agit de la première visite officielle d’un dirigeant soviétique en République populaire de Chine depuis la rupture entre les deux pays communistes, survenue vingt ans plus tôt.

 

24 mai 2019

Souvenirs rock
du « pays des merveilles »

La chanteuse et productrice américaine Joanna Stingray, figure clef de la scène rock soviétique underground de la fin des années 1980, a fréquenté les artistes les plus emblématiques de la période, de Viktor Tsoï (chanteur du groupe Kino) à Boris Grebenchtchikov (musicien et compositeur de Kino, Aquarium).

 

17 mai 2019

Postface au 70e anniversaire de l’OTAN

Pour Sergueï Karaganov, président honoraire du Conseil de politique extérieure et de défense, influent think-tank russe de relations internationales, il est temps que l'OTAN trouve une raison d'exister autre que la menace, selon lui fabriquée, que ferait peser la Russie sur la sécurité du continent européen.

 

14 mai 2019