Le Courrier de Russie

Veronika dans les montagnes de Tchétchénie : voyage, paysages et mariage

La journaliste Veronika Prokhorova s’est rendue plusieurs fois en Tchétchénie pour l’édition Russia Beyond The Headlines. Elle raconte comment lors d’un de ses séjours, elle a bien failli être donnée en mariage.

Pour beaucoup, la Tchétchénie est un désert calciné avec des villes en ruines, aux rues arpentées par des wahhabites barbus. Jusqu’au nom de la capitale, Grozny, à la sonorité inquiétante : les gens n’ont pas oublié les opérations militaires d’il y a vingt ans, qui ont transformé cette ville florissante en décombres et des milliers de gens en réfugiés. Pourtant, tout ceci n’est que stéréotypes. Dans la Tchétchénie contemporaine, personne pratiquement n’évoque ces événements terribles, et la Grozny d’aujourd’hui est une ville à l’infrastructure développée, qui croît à une progression arithmétique.

Pour autant, ni la construction du Cœur de la Tchétchénie, cette mosquée de marbre et de travertin qui est aujourd’hui l’une des plus importantes d’Europe, ni l’érection des tours du quartier d’affaires Grozny-City n’ont fait changer la république du jour au lendemain. Au lieu d’affiches publicitaires, la ville est ornée de citations du Coran, de portraits de Poutine et des deux Kadyrov – Akhmad et Ramzan. Sur les façades des immeubles, on lit le slogan « Ramzan, merci pour Grozny ! », que n’importe quel Tchétchène vous répète dans les conversations privées – du chauffeur de taxi à l’agent de police qui vous siffle au passage, en passant par l’administrateur de l’hôtel, la femme de ménage ou le pharmacien. Et si une femme ne veut pas faire de rencontres inutiles, elle a encore aujourd’hui intérêt à ne pas se promener seule tard le soir. Même dans la rue principale de la ville. Même en jupe longue et foulard sur les cheveux.

La vie dans la république hors des limites de Grozny change plus lentement encore. Pour le travail, je me suis retrouvée près du lac Kezenoïam, dans le district Vedensky, à la frontière avec le Daghestan, afin d’écrire un guide touristique sur l’intérieur de la Tchétchénie. Par sa forme, le lac ressemble à une gigantesque hélice marine qui serait tombée à plat au milieu de montagnes s’étendant à l’infini. Peut-être est-ce pour ça que les montagnards vivant dans les alentours n’ont pas entendu dire qu’il existe quelque part, dans leur république, […]