Daghestan : ces musulmanes qui disent non au hijab

Au Daghestan, région caucasienne du sud de la Russie, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se couvrir d’un voile. Mais une tendance inverse s’esquisse également : certaines, après avoir porté le hijab, choisissent de l’abandonner. C’est à ces dernières que la revue en ligne daghestanaise Daptar.ru consacre un article.

Bariat

J’avais un nouveau travail depuis plusieurs mois lorsqu’un beau matin, une jeune femme svelte, vêtue d’une étroite jupe en jean et d’un pull à col roulé foncé, a franchi la porte du bureau. Elle était coiffée d’un foulard blanc, noué comme un turban.« Bonjour, je m’appelle Bariat. Je reviens de mon congé de maternité », a-t-elle annoncé.La nouvelle venue a fait preuve d’un dynamisme remarquable. En peu de temps, des chocolats, un service à thé, du sucre en poudre et une bouilloire électrique se sont fait une place dans l’armoire. Et notre équipe a pris l’habitude de boire le thé tous les matins.J’ai rapidement appris que Bariat avait 23 ans, que son fiancé était venu la demander en mariage un peu plus d’un an plus tôt à bord d’une limousine, et qu’elle avait eu le bonheur de mettre au monde un petit garçon : Ahmed. Mais à ma question de savoir pourquoi elle était revenue si tôt de son congé de maternité pour un salaire de misère, Bariat a répondu de façon évasive.Un jour, en parcourant les photos enregistrées sur son téléphone, je suis tombée sur une jeune fille qui lui ressemblait beaucoup – si ce n’était l’ample robe foncée et le voile qui lui couvrait le cou, le front et le menton. « Eh oui, c’est moi, a réagi ma nouvelle collègue en souriant. Quand j’étais mariée, je portais le hijab. Maintenant, je suis divorcée. »Et, appuyant sur sa main une joue rosie par l’émotion, elle s’est mise à me confier tout ce qu’elle avait sur le cœur, mais comme si elle s’adressait à quelqu’un d’autre.« On m’exhorte à retourner chez mon mari, on me reproche de priver mon enfant de son père et de ne plus porter le hijab. Mais je ne peux plus le porter – je n’en peux plus ! », m’a-t-elle expliqué.Bariat avait rencontré son mari ici même, à son travail. Grand et fort, il avait rapidement éconduit tous ses rivaux. Il la raccompagnait après le travail, lui téléphonait le soir et lui envoyait des messages le matin. L’heure des fiançailles est arrivée rapidement. Et puis tout a changé…« Quand nous sortions ensemble, au début, il était très compréhensif et doux, il me pardonnait mes caprices et mes humeurs rebelles. Je me disais que j’avais beaucoup de chance. Je pensais qu’il ne changerait jamais car il m’aimait éperdument. Comme je l’aimais, moi », m’a-t-elle confié.Pourtant, après le mariage, cet esprit de révolte et ces caprices se sont envolés. La jeune femme était devenue une véritable fée du logis et une épouse tendre.« Ma mère disait en plaisantant : on ne te voyait jamais à la cuisine chez nous, et maintenant tu prépares des festins pour le petit-déjeuner de ton mari », disait Bariat.La jeune femme régalait également ses collègues, qui s’étonnaient tous de ce qu’elle s’active aux fourneaux dès le matin. Mais elle le faisait avec plaisir !« Je faisais tout ce qu’il me demandait, convaincue que c’était normal, dans un couple. Et lorsqu’il m’a dit de jeter mes vieux vêtements et de porter le hijab, je l’ai accepté calmement. Après tout, c’était mon mari, le chef de famille », se souvenait Bariat.
Certes, elle n’était pas très à l’aise, au début, dans cette ample robe qui tombait jusqu’au sol et coiffée de ce long foulard, sans maquillage ni bijoux. Mais elle s’est convaincue que ce n’était qu’une question d’habitude.
La jeune femme ne s’est pas formalisée ; elle avait appris à prier toute petite, avec sa grand-mère, et, à l’université, elle avait suivi des cours d’arabe. Lorsque son mari a exigé qu’elle se débarrasse de ses pantalons et jupes ajustés, elle s’est même dit que c’était précisément la mission d’un époux : indiquer à sa femme le droit chemin.Certes, elle n’était pas très à l’aise, au début, dans cette ample robe qui tombait jusqu’au sol et coiffée de ce long foulard, sans maquillage ni bijoux. Mais elle s’est convaincue que ce n’était qu’une question d’habitude. Que, bientôt, elle cesserait de se prendre les pieds dans sa robe et apprendrait à attacher son voile en quelques minutes.Mais alors, son mari a véritablement changé, du tout au tout. Il disparaissait de la maison pendant plusieurs jours, sans répondre à ses appels ni lui fournir la moindre explication. « J’ai tenté de comprendre ce qui se passait, j’ai manifesté mon mécontentement. Mais il n’a rien remarqué. Il ne s’est pas vexé, ne m’a pas frappée. Il ne m’a tout simplement pas remarquée », se remémorait Bariat.Le désespoir s’est emparé de la jeune femme ; mais Bariat ne s’est pas plainte, ni auprès de ses parents ni auprès de sa belle-mère,

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Maïlis Destrée

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