Les Russes en Corse : journal d’un travailleur clandestin

Le jeune Russe Alexandre Sivov a passé l’été dernier dans les vignes corses. À la différence de nombre de ses compatriotes, il ne s’est pas prélassé au soleil mais a gagné sa vie, en tant qu’ouvrier saisonnier. Et ce, avec un visa périmé et sans permis de travail. Il a fait part de son expérience dans des notes rédigées pour la revue en ligne Svobodnaïa Pressa. Le Courrier de Russie les traduit pour vous. Je suis un travailleur clandestin, le seul Russe dans une équipe d’Arabes employés à la récolte de fruits et légumes en Corse. Qu’est-ce que je fais ici ?Si les employeurs de France métropolitaine qui embauchent des travailleurs clandestins écopent de fortes amendes, ce n’est pas toujours le cas en Corse. J’ai entendu dire que le maire d’une ville de l’île, dans les années 2000, a même recommandé aux gendarmes de ne pas toucher aux personnes « en situation irrégulière ». « L’entretien de notre ville repose entièrement sur eux, aurait-il proclamé. Si on les renvoie, cela aura des répercussions extrêmement négatives pour nos touristes. »Avec l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le contrôle policier s’est renforcé, mais sous François Hollande, c’est de nouveau le dégel. En France, les effectifs de police et de gendarmerie ne sont pas très importants, les prisons sont toutes surpeuplées et l’État n’a pas les moyens de les entretenir. Le pays comprend une quantité de lois innombrable. Certaines datent encore de l’époque de Napoléon, et il est impossible de toutes les respecter. Ainsi la police décide-t-elle par elle-même des infractions qu’elle réprime ou ignore. Pour se décider, elle s’oriente sur l’air du temps politique et sur des ordres officieux venus d’en-haut. Apparemment, aujourd’hui, en France, les policiers sont censés se concentrer sur la lutte contre les trafiquants de drogues et les assassins. Et les immigrés peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Propriétaires travailleurs et bienveillants

90 % des immigrés illégaux arrivent en France avec un visa Schengen et non par divers moyens clandestins, comme le fait croire, à tort, la télévision. Une fois sur place, ils se contentent de disparaître dans la nature. Ce que j’ai fait, moi aussi.Le moyen le plus facile de trouver du travail en France est de se faire embaucher comme ouvrier saisonnier. Je l’ai compris dès 1999, en testant la profession pour la première fois. Douze ans plus tard, j’ai décidé de renouveler l’expérience.Comment travaille-t-on en France ? Le secteur agricole du pays a beaucoup de défauts mais aussi deux avantages indéniables. Premièrement, les propriétaires, avec femmes et enfants, participent au même titre que les ouvriers à tous les travaux des champs. Ainsi, j’ai passé mon entretien d’embauche avec un futur employeur perché sur un arbre, en train de cueillir des fruits.Deuxièmement, les propriétaires sont très bienveillants à l’égard de leurs ouvriers, ce qui m’a réellement enchanté. Vous en avez qui invitent régulièrement les ouvriers à leur table, d’autres qui leur proposent de se faire la cuisine eux-mêmes, en fournissant gazinière et vaisselle. Ils les emmènent en voiture au supermarché, leur installent un poste de télévision et un magnétoscope. Tous les souhaits des ouvriers sont satisfaits très rapidement. Ainsi, on m’a livré en deux heures une crème solaire.

Ouvrier saisonnier : un métier sur piston

En France, il y a le SMIC. Alors que la moitié de la population apte à travailler est au chômage, les entreprises n’ont pas le droit de verser de salaires qui seraient inférieurs au SMIC.

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Inna Doulkina

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