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Hostel Backpacker : une auberge de jeunesse écologique à Moscou

Hostel Backpacker : une auberge de jeunesse écologique à Moscou

Le bimensuel Afisha a publié le témoignage d’un ancien employé de banque qui a lancé une auberge de jeunesse écologique à Moscou : pratique du recyclage et de la récupération, équipements ménagers à haut rendement énergétique, bâtiment fleuri et petit potager. Récit à la première personne.

Pavel Malichev
Crédits photographiques: Natalia Gafina

Sur la genèse du projet

« J’ai travaillé pendant quatre ans à la Banque de Russie, puis à la bourse de Moscou. Mais un jour, j’ai compris que je n’étais pas fait pour rester assis passivement derrière un bureau. En parallèle de l’auberge, je continue de travailler à l’Université de finance dont je suis diplômé. J’ai beaucoup voyagé ces dernières années et j’ai remarqué que les auberges de jeunesse sont appréciées non seulement pour leur prix avantageux, mais aussi pour l’ambiance de rencontres, ouverte et chaleureuse. C’est d’ailleurs dans une auberge de jeunesse que j’ai fait la connaissance de ma femme.

Mon associé, Andreï Jvirblis, vient d’un tout autre horizon. Nous nous sommes rencontrés il y a un peu plus d’un an lors d’une soirée-samovar à Ecoloft, un appartement communautaire d’écologistes dans lequel il vivait. À l’époque, j’avais déjà trouvé le bâtiment du futur hostel, une ancienne école en bon état. Andreï a apporté le concept écologique, et nous avons décidé de travailler ensemble. Aujourd’hui, Andreï est responsable du volet conception et promotion de l’auberge, et moi, je me charge de tenir le budget et la comptabilité de notre petite entreprise.

Notre auberge est relativement spacieuse pour Moscou : 265 m2 pour 48 lits répartis dans six dortoirs et deux chambres doubles privées, avec les commodités sur le palier. Il a fallu à peine un mois et demi pour réaliser les travaux, essentiellement esthétiques : murs, plafonds et sol. Le bâtiment est classé monument historique. Depuis l’ouverture de l’auberge il y a un an, près de 3 500 personnes y ont séjourné.

Sur les spécificités de l’auberge

Une auberge fleurie
Crédits photographiques: Natalia Gafina

Le respect de l’environnement n’est pas qu’une idée marketing. Nous avons par exemple mis à disposition des clients des poubelles de tri sélectif – ce qui est encore rare en Russie, contrairement à l’Europe. Nous trions dans la mesure du possible, même si ça alourdit les dépenses. Nous utilisons des lampes à économies d’énergie, et tous nos équipements sont à haut rendement énergétique et économes en eau. Si le matériel investi est plus cher à l’achat, sur le long terme, c’est rentable.

Backpacker Ecohostel
Source: backpacker-hostel.ru

Nous encourageons aussi la récupération. Par exemple, il y a dans la salle de bains un compartiment spécial où les clients peuvent laisser leurs flacons de shampooing ou de gel douche, afin que d’autres les utilisent jusqu’à épuisement, pour éviter tout gaspillage. Dans le même ordre d’idées, il y a un mois, nous avons placé un porte-manteau où les clients laissent les vêtements dont ils veulent se délester et qui pourraient servir à d’autres.

Notre auberge est verte : nous avons mis à chaque fenêtre des fleurs et fait un potager dans la cour, qui sera bientôt utilisé toute l’année. Sur les escaliers, de la salade, des concombres et des plantes ornementales poussent en pots.

Actuellement, l’auberge emploie sept personnes, en plus d’Andreï et moi. Ce sont des employés qui travaillent au contact des hôtes : ils accomplissent les formalités liées aux réservations, contribuent au maintien de la propreté et de la bonne tenue de l’établissement et informent les clients.

Sur le profil de nos hôtes

Bien qu’une partie des gens que nous accueillons soient soucieux de l’environnement et choisissent l’établissement pour l’aspect écologique, ils ne représentent qu’une minorité. Nos clients recherchent avant tout une auberge de bon standing. Sur le papier, Moscou a environ 200 auberges ; mais j’ai été dans plusieurs d’entre elles, et je me demande, au vu de leur état général, comment certaines peuvent même accueillir des gens.

Nous visons principalement les routards – les backpackers, comme l’indique le nom de notre auberge. Ce sont des touristes jeunes, étrangers le plus souvent, qui voyagent aux quatre coins de la planète avec leur sac de randonnée, désireux de découvrir le monde et de rencontrer des gens différents : c’est tout l’intérêt d’une auberge de jeunesse. Chez nous, on peut discuter dans les pièces communes ou la cuisine. En été, les étrangers représentent la quasi-totalité de la clientèle, mais hors saison, nous accueillons surtout des Russes.

Backpacker Ecohostel
Source: backpacker-hostel.ru

En l’espace d’un an, nous avons accueilli des voyageurs venant de plus de 70 pays, dont le Népal, l’Uruguay, le Pérou, l’Afrique du sud ou encore la Nouvelle-Zélande. Mais de tous les convives, la plus stupéfiante a été une femme américaine. Elle n’avait rien de spécial au premier abord. Après une carrière de médecin humanitaire à travers le monde, à l’âge de la retraite, elle s’est lancée dans de nombreux voyages vers des destinations qui lui étaient encore inconnues. Elle est arrivée dans notre auberge, dormant sur le lit supérieur d’un dortoir, se promenant toute la journée en ville et déployant une énergie formidable au cours de ses conversations. C’est en apprenant son âge que j’ai été bluffé : 79 ans. En auberge de jeunesse !

Le plus important, pour nous, n’est pas d’afficher complet à tout prix mais de maintenir une bonne ambiance à l’auberge. Dans le même ordre d’idées, nous avons choisi de ne pas nous inscrire sur tous les sites de réservation en ligne mais de cibler les plus populaires chez les routards, Hostelbookers et Hostelworld. 50 à 80% de nos clients réservent par ce biais. Le site Booking.com est aussi utilisé, mais surtout par les Russes. Et bien sûr, nous avons aussi notre propre site Internet.

Sur le budget et l’avenir

Notre auberge est haut de gamme. Par conséquent, le prix moyen d’une nuitée chez nous est comparable à celui d’un hôtel deux ou trois étoiles. Hors saison, nous faisons des offres promotionnelles. La bonne nouvelle, c’est que, dès l’été 2014, nous aurons remboursé le budget de lancement – 1 450 000 roubles, et ce deux ans seulement après l’ouverture. Maintenant, nous faisons des bénéfices tous les mois.

Les gens pensent souvent qu’ouvrir une auberge de jeunesse, c’est la poule aux œufs d’or, un moyen facile de réussir rapidement. Mais je discute avec mes collègues de l’Association moscovite des auberges de jeunesse et ce sont des gens ordinaires, pas des millionnaires – des gens qui dirigent eux-mêmes leurs entreprises et s’impliquent dans leurs projets. Dans notre secteur, ce qui compte avant tout, c’est ce qu’on appelle le lifestyle-business : rencontrer des individus intéressants. »