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Sainte-Geneviève-des-Bois insolite

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Vera Obolensky : la princesse-je-n’en-sais-rien

Vera Obolensky a été guillotinée le 4 août 1944 à la prison de Plotzensee, à Berlin. 80 marks et 8 cigarettes – ce fut la rémunération du bourreau et de ses assistants pour cette exécution. 18 secondes écoulées entre le moment où la condamnée fut allongée sur la guillotine et celui où sa tête fut tranchée, consignèrent dans leur rapport les employés de la prison. Vera Obolensky avait été condamnée à mort pour sa participation aux activités de l’Organisation civile et militaire (OCM), un des groupes de la Résistance française.Son fondateur, Jacques Arthuys, ancien combattant de la Grande guerre indigné de la trahison du gouvernement de Vichy, mit en place, dès janvier 1941, ce réseau de militants antinazis qui s’occupèrent, jusqu’à la Libération, de recueillir des informations secrètes et de les faire parvenir en Angleterre. L’OCM a également aidé de nombreux Juifs à fuir la France. Vera Obolensky, au sein de l’OCM, était en charge de toute la coordination – elle avait, avant guerre, travaillé comme assistante personnelle de Jacques Arthuys. Jeune femme d’une grande beauté, fille d’un ancien vice-gouverneur de Bakou et épouse du prince Obolensky, Vera mena, avant les années 1940, une vie tout à fait digne d’un roman de Fitzgerald. Soirées dansantes, restaurants chics, vacances à la mer parmi les membres de la plus haute aristocratie russe : l’époux de Vera, Nicky, heureux propriétaire de quelques immeubles à Nice, fut un des rares émigrés à n’avoir jamais connu de difficultés financières. Ses amis plaisantaient sur le fait qu’il était le seul de la bande à pouvoir voyager en taxi, soit à ne pas être contraint d’en conduire un.Vie de paillettes à laquelle Vera renonça cependant sans regret dès que les nazis occupèrent Paris. Son patron Arthuys lui ayant proposé de rejoindre l’OCM, la jeune femme alors âgée de 29 ans accepta sans hésiter. Pas plus que son mari. Jusqu’à son arrestation en décembre 1943, Vera – Vicky pour les compagnons – servit d’agent de liaison entre les membres du groupe ; elle recueillait leurs rapports et entretenait les correspondances secrètes. Elle devint rapidement célèbre pour sa mémoire phénoménale : jamais elle ne prenait note d’aucune adresse, nom ou mot de passe. Entre-temps, son mari avait rejoint l’Atlantique où les travailleurs forcés construisaient des fortifications pour empêcher une invasion des Alliés. Le prince Obolensky s’engagea auprès des cadres du Service du travail obligatoire comme traducteur, ce qui lui permit de subtiliser les plans de ce Mur de l’Atlantique et de les faire passer outre-Manche. Pendant que l’OCM travaillait jour et nuit à rapprocher le jour de la Victoire, la Gestapo, de son côté, s’attelait à démanteler la Résistance.Arthuys fut arrêté et mourut dans un camp. Son successeur, le colonel Touny, qui aimait à promener chaque soir son teckel sous les fenêtres de la police allemande, subit le même sort. Les époux Obolensky furent également interpellés. Vera subit d’interminables interrogatoires, s’ingéniant à inventer toutes sortes d’histoires improbables pour protéger ses camarades de lutte. Les juges d’instruction, impressionnés par l’agilité de cet esprit, la surnommèrent entre eux la « princesse-je-n’en-sais-rien ». Vera ne fut pas torturée ; Sofia Nosovitch, son amie et compagne d’armes au sein de l’OCM, le fut. Les juges plongeaient la femme nue dans une baignoire remplie d’eau glacée, la maintenaient sous l’eau quelques secondes, la faisaient remonter, et recommençaient… Quand le verdict fut prononcé, Sofia demanda grâce et l’obtint. Vera, par orgueil, refusa d‘implorer. Sofia fut envoyée dans un camp de travail d’où elle ressortit vivante ; Vera – exécutée. Le prince Obolensky, de retour de Buchenwald, écrivit un livre sur sa femme. Et jamais ne se remaria. Dans son grand âge, il se fit prêtre à la cathédrale Saint-Alexandre Nevsky de la rue Daru – la même où, en 1937, il avait épousé Vera. Le corps de cette dernière ne fut jamais retrouvé. On honora sa mémoire par l’installation d’une plaque dans le cimetière de Sainte-Geneviève des Bois.

Inna Doulkina

Zinovi Pechkoff,

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LCDR

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