Manifestations du samedi 24 décembre à Moscou. Crédits : Benjamin-Hutter

Dimitri Olchansky : « Nous sommes tous, à notre façon, malheureux, insignifiants et pitoyables »

Dimitri Olchansky, écrivain et rédacteur en chef de la revue Rousskaïa Jizn, explique au Courrier de Russie pourquoi il ne faut pas aller manifester, qui furent les véritables victimes des répressions staliniennes et ce que les Russes ont à gagner d’un retour à la monarchie.

Le Courrier de Russie : Que pensez-vous des manifestations récentes de la place Bolotnaïa et de l’avenue Sakharov ? 

Dimitri Olchansky : Cette vague de protestation m’attriste et me réjouit à la fois. Il se trouve, parmi les gens qui vont manifester, bon nombre de mes amis, de gens que j’aime et qui me sont culturellement proches. Dans le même temps, je demeure assez sceptique face à ce qui se passe. Je trouve l’idée de ces manifestations gentille et touchante mais totalement insensée.

LCDR : Insensée ?

D.O. : Les gens qui manifestent sont victimes d’une illusion d’optique. Ils pensent être très nombreux. 100 000 personnes, cela vous remplit effectivement une place. Mais en réalité, ça n’équivaut qu’à 1% de la population totale officiellement recensée à Moscou. Les gens qui sont descendus sur la place Bolotnaïa et sur l’avenue Sakharov pensent représenter le peuple russe dans son ensemble – mais sur ce point, ils se trompent. Ils font totalement abstraction des 99% restants, qui ont leurs idées propres sur la vie et la politique. Et je crains que ces idées ne soient pas tout à fait les mêmes que celles du 1% de manifestants. Je crains même qu’il n’y ait entre les convictions des uns et des autres une opposition radicale.

LCDR : En quoi les gens de la place Bolotnaïa sont-ils si différents du reste des Russes ?

D.O. : Les gens qui manifestent ont deux traits spécifiques : ils voyagent à l’étranger, s’informent sur Internet et non par le biais de la télévision. Souvent, ils connaissent une ou plusieurs langues étrangères. Et ces gens-là, même dans les estimations les plus optimistes, ne représentent pas plus de 20% de la population russe globale. D’autant que j’inclus dans ce chiffre non seulement les manifestants mais aussi tous ceux qui leur ressemblent culturellement et socialement. Cette catégorie se distingue encore par une capacité à formuler des positions politiques propres. On pourrait les décrire comme la « population européenne » de la Russie. Ces gens se fondraient aisément dans le paysage de n’importe quel pays occidental.

LCDR : Et le reste de la population ? 

D.O. : Les Russes – les autres – se caractérisent, dans leur immense majorité, par une conscience, un état d’esprit, que je qualifierais d’archaïque. Et il ne s’agit plus de paysans mais de tous ces ex-ouvriers et militaires soviétiques, de ces petits-bourgeois russes du XXème siècle. Aujourd’hui, tous ces gens continuent de mener la vie qu’ils ont menée depuis 20 ans mais avec d’immenses difficultés – et avec un sentiment de perdition, d’errance et de colère. C’est lié au fait que la plupart des usines qui existaient sous l’URSS ont fermé, et que l’armée est en train de se détériorer. Si beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui petits entrepreneurs ou fonctionnaires, leur mentalité et leur mode de vie sont demeurés inchangés : ils continuent de ne jurer que par la vodka,

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Propos recueillis par Inna Doulkina

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Arythmie : à voir pendant la Semaine du cinéma russe à Paris

La Semaine du cinéma russe vient d’ouvrir à Paris. Si vous n’aviez qu’un film à voir, optez pour Arythmie. Le réalisateur, Boris Khlebnikov, a réussi à faire un film dont les Russes parlent dans les cafés et aux arrêts de bus, qui les fait applaudir à l’issue de la séance et quitter la salle en pleurant. Arythmie est un film fidèle, juste et tendre sur la Russie d’aujourd’hui et ceux qui l’habitent. Un film dans lequel les Russes se reconnaissent et se disent : « Ça parle de nous ! » Au centre du récit : un jeune ambulancier. Tous les jours, Oleg va secourir chez elles des personnes ayant composé le 103. Ce numéro qu’en Russie, on appelle quand on a soudain mal, que l’on subit un traumatisme, une douleur aïgue – quand on a besoin d’aide ici et maintenant. Alors, une équipe d’ambulanciers vient chez vous, vous fournit les premiers secours et vous emmène à l’hôpital si besoin. Ce système de « Secours rapide » (Skoraïa Pomoch) a été créé en URSS en 1926. Sauf qu’il subit depuis quelques années des coupes budgétaires drastiques, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

9 novembre 2017
Opinions

Que reste-t-il de 1917 ?

Le centenaire de la révolution, en Russie, est tout sauf une grande fête. Certes, quelques indécrottables communistes défileront en brandissant des portraits de Lénine dans des rues portant son nom – chaque ville et village de Russie en comptant au moins une. Mais c’est tout. Le temps des parades et des festivités collectives est révolu. Voici douze ans déjà que le 7 novembre, jour anniversaire de la révolution, n’est plus férié en Russie. Le pouvoir semble tout faire pour zapper la date, passer au-dessus le plus vite possible – et tourner la page. Et c’est vrai que la date est gênante. Et qu’aujourd’hui, dans les hautes sphères, on ne sait trop qu’en faire. Même le plus grand musée russe, la galerie Tretiakov, a préféré s’abstenir de formuler une lecture claire de la révolution. L’exposition consacrée au centenaire de l’événement frappe par son absence de tranchant. La galerie s’est contentée d’aligner des œuvres peintes en 1917 par des artistes de différents mouvements – images de vie très éloignées des bouleversements historiques. Tout dernier instant de calme avant la tempête. Intéressant à observer mais n’offrant aucune clé pour la compréhension : que s’est-il vraiment passé en Russie en 1917 ? La révolution, en définitive, a-t-elle apporté plus de bien ou de mal au peuple russe ? A-t-elle été, pour l’humanité, un fléau ou une providence ? Que reste-t-il à retenir de cet événement décisif de l’histoire mondiale ? Faut-il le regretter ou saluer son avènement ? Toutes questions qui demeurent sans réponse pour les Russes aujourd’hui. Dans les sondages, seuls 11% d’entre eux déclarent considérer la révolution de 1917 de façon positive. 25% la qualifient d’injustifiable, et 57% n’ont pas d’avis définitif sur la question. Le pouvoir se garde bien, lui aussi, d’interpréter de façon précise les événements d’Octobre. Certes, l’événement est trop massif, trop important, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 novembre 2017
Culture

« Notre mission est la promotion de la littérature russe à l’étranger »

Depuis cinq ans déjà, la Russie soutient activement la traduction des auteurs russes en langues étrangères. Plus de 40 romans, nouvelles et essais ont déjà été publiés en français avec le concours de l’Institut de la traduction, basé à Moscou. Son directeur, Evgueni Reznitchenko, explique au Courrier de Russie comment l’institut sélectionne les projets qu’il soutient, et en quoi publier un jeune auteur peut être plus intéressant pour une maison d’édition qu’un grand nom. Le Courrier de Russie : Sur quoi travaille l’Institut de la traduction ? Evgueni Reznitchenko : Notre mission première est la promotion de la littérature russe contemporaine à l’étranger. Si nos classiques sont assez largement traduits, les auteurs actuels restent souvent méconnus dans les autres pays – et nous œuvrons à y remédier. Notamment en organisant, partout dans le monde, des manifestations visant à faire connaître la littérature russe contemporaine, mais aussi en soutenant des traducteurs et des éditeurs étrangers qui publient des auteurs russes. LCDR : L’Union soviétique avait un important programme de soutien aux traducteurs. Peut-on dire que vous vous inscrivez dans la même lignée ? E.R. : Oui et non. À l’époque soviétique, l’État embauchait des traducteurs étrangers, les faisait venir et travailler en URSS, puis publiait les ouvrages traduits et les envoyait de par le monde, aux sièges des partis communistes, qui devaient se charger de les distribuer. Mais en réalité, on ne sait pas ce qu’il est advenu de la plupart de ces milliers de livres. Aujourd’hui, nous travaillons tout à fait différemment : la Russie conclut avec des éditions étrangères des partenariats afin de mener des projets communs. Et chacun met la main à la pâte : nous finançons la traduction, et l’éditeur se charge d’assurer la publication et la promotion. Nous ne sommes plus la seule partie intéressée, comme autrefois. Dans la répartition des tâches actuelle, tous s’investissent, et chacun sort gagnant. LCDR : Comment sélectionnez-vous les projets à soutenir ? E.R. : Chaque année, entre le 1er octobre et le 31 décembre, des éditeurs du monde entier nous soumettent leurs intentions de publier des œuvres d’auteurs russes. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

31 octobre 2017