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Joël Chapron

Joël Chapron : « Mes amis moscovites ne sont pas à l’écran ! »

Joël Chapron est le grand manitou du cinéma russe en France : depuis plus de vingt ans, il œuvre en coulisses pour sortir de l’ombre des jeunes réalisateurs, des premiers films détonnants, des grands moments de cinéma. Depuis dix ans, ses conseils aident le jury cannois à établir la sélection des films d’Europe de l’Est pour le plus célèbre festival du monde, qui a fait et défait bien des carrières. Mais, tel Janus à deux visages, Joël Chapron a deux casquettes : Monsieur du cinéma russe en France, il est aussi Monsieur du cinéma français en Russie. Depuis 1995, il est le responsable des pays d’Europe centrale et orientale chez Unifrance¹.

On voit venir les questions : « Mais comment obtient-on un tel travail ? » Et, comme souvent en matière d’art, le parcours de Joël Chapron est fait de hasard, certes, mais aussi de passion, de compétences, de rencontres et d’un véritable sens des « relations publiques » qu’il ne cesse d’entretenir, de festival en festival, comme à Sotchi : « En arrivant à Sotchi, j’ai déjà vu les films qui y sont présentés, alors j’en profite pour aller retrouver mes potes à la plage ! ». Joël ne pensait pas faire du cinéma – « passion d’enfance » – un métier. Après des études de russe, il devient interprète de conférence, travaille comme rédacteur et correcteur au Petit Robert, puis devient sous-titreur de films russes. « Malchik na pobegushkah » (garçon à tout faire) pour SovExportFilm² au marché du film de Cannes, il fait le café, les photocopies… et se rend indispensable grâce à sa maîtrise du russe et son sens du contact. En 1987, les premiers cinéastes russes obtiennent l’autorisation de sortir d’URSS pour présenter leurs films à l’étranger. On manque tout à coup d’interprètes ! « J’étais là au bon moment », avoue-t-il modestement. « Au cinéma Cosmos, rue de Rennes, j’ai ainsi rencontré tous les grands cinéastes de l’époque – Panfilov, Paradjanov, Tchurikova… » La même année, l’URSS arrête de sous-titrer les films envoyés à Cannes : Joël Chapron rempile ! A Cannes, il développe rapidement des relations à la fois privilégiées et amicales avec Gilles Jacob, aujourd’hui président du festival. Interprète au jury de Cannes et à celui du festival de Locarno, conseiller des sélectionneurs, Joël Chapron fait dès lors définitivement partie du monde du cinéma. Il est l’un des premiers à découvrir le nouveau cinéma russe, celui qui changera son image au début des années 1990 : « Bouge, meurs et ressuscite de Kanevsky (Caméra d’Or en 1990, ndlr) a été un vrai choc, comme Taxi Blues de Lounguine ou, un peu plus tôt, La Petite Véra de Pitchoul. » Joël Chapron nous livre ses impressions sur le nouveau cinéma russe, le prochain festival de Cannes, et la crise qui risque de modifier bien des choses sur le grand écran.

Joël Chapron

Le Courrier de Russie : Peu d’industries sont actuellement épargnées par la crise. Comment se porte le cinéma russe ?

Joël Chapron : La crise touche en premier lieu ce qui est superflu, dont le cinéma. En Russie, la chute de la production est importante : il y a déjà des interruptions de tournages, des projets remis à plus tard… Depuis janvier, les spectateurs sont moins nombreux dans les salles, ce qui n’aide pas les distributeurs, déjà affectés par la dévaluation du rouble. C’est un cercle vicieux car, les droits de distribution étant toujours payés en dollars, les recettes diminuent et les exploitants ne peuvent pas augmenter le prix des billets sans détourner des salles une partie des spectateurs ! Tous les contrats d’achat de droits sont en train d’être renégociés à la baisse, partout dans le monde.

Actuellement, pour sortir un film en Russie, les distributeurs dépensent des sommes incroyables en publicité et en communication : un demi-million de dollars en moyenne, voire un ou deux millions. Ces sommes seront divisées par deux. Je crois qu’on est au milieu de la crise – j’espère du moins qu’on n’en est pas au début ! – et qu’il faudra encore six mois au moins pour commencer à remonter la pente. Sur le long terme, je reste pourtant optimiste, car la Russie s’est toujours sortie de toutes les crises de son histoire.

LCDR : Depuis plusieurs années, vous sélectionnez des films d’Europe de l’Est pour le festival de Cannes. La sélection de cette année se ressentira-t-elle de la crise ?

J.C. : Pas cette année, mais très certainement en 2010. La crise date d’octobre-novembre, et la plupart des films présentés cette année ont été terminés avant.

LCDR : Y a-t-il des trouvailles ?

J.C. : J’ai vu une soixantaine de films venant d’ex-URSS, dont un dixième sont bons : six films, dont quelques courts-métrages. La sélection officielle sera révélée les 23 et 24 avril, et je pense qu’au moins un, voire trois films russes en feront partie !

LCDR : Des grands noms ?

J.C. : Ah, pas du tout ! Cette année, aucun des maîtres du cinéma russe n’est présent, sauf Pavel Lounguine. Tous les autres sont des premiers ou des deuxièmes films. Mais je trouve cela plutôt positif : c’est une preuve de vita-lité exceptionnelle du cinéma russe. C’est précisément sur les inconnus, les premiers films, que j’espère être utile au cinéma russe. Je pense que la sélection de cette année sera majoritairement composée de premiers et deuxièmes films. C’était déjà le cas l’année dernière, où l’on avait été très fiers de la Russie, représentée par trois premiers longs (Ils mourront tous sauf moi, de Valeria Gaï Germanika ; Tulpan, de Sergueï Dvortsevoy ; et Shultes, de Bakur Bakuradze, ndlr) : c’est extrêmement rare ! Cela en dit beaucoup sur l’avenir du cinéma russe. Et le festival de Cannes est un tremplin formidable pour la carrière d’un jeune réalisateur.

LCDR : Quelle est l’image du cinéma russe en France ?

J.C. : Le cinéma russe est vu comme un cinéma d’auteur, un peu sombre et difficile d’accès. Nous avons grandi avec le cinéma dissident – Paradjanov, Mouratova, maintenant Sokourov… Finalement, même pendant l’époque soviétique, nous ne voyions pas de films russes commerciaux. Les derniers, comme Quand passent les cigognes, remontent à cinquante ans en arrière ! Les comédies de Riazanov, par exemple, ne sont jamais sorties en France. Un seul réalisateur se démarque un peu de cette tendance, c’est Mikhalkov. Pourtant, si Soleil Trompeur a réuni 560 000 spectateurs, ce n’est toujours pas Chat noir, chat blanc de Kusturica ! Pour casser une image, il faut beaucoup d’argent, ou un énorme succès public. Un grand prix d’un festival renommé peut également aider : regardez ce qui s’est passé pour le cinéma roumain après sa Palme d’Or.

LCDR : L’année dernière, pourtant, un film russe a battu des records…

J.C. : Mongol, de Sergueï Bodrov, a effectivement fait 220 000 entrées, le plus gros succès du cinéma russe depuis plus de quinze ans ! Mais il n’a pas été présenté comme un film russe, et c’est peut-être ce qui explique ce chiffre. La deuxième production russe qui a le mieux marché en 2008 était L’Île de Pavel Lounguine, qui ciblait plus précisément les amateurs de cinéma russe.

LCDR : Vous connaissez le cinéma russe d’avant et d’après la Perestroïka. Aujourd’hui, les réalisateurs peuvent filmer ce qu’ils veulent et, pourtant, ils sont souvent accusés de ne pas refléter le réel. Qu’en pensez-vous ?

J.C. : Je nuancerais le propos. Certains films parlent du côté sombre, la « tchernoukha », qui est une composante réelle, mais partielle, de la société russe. Ce qui manque, c’est une représentation de la classe moyenne, par exemple. On voit souvent au cinéma des 4×4 Porsche ou des bidonvilles, mais rien entre deux. Ces Russes qui peuvent se payer des vacances quand ils veulent, mais pas partir n’importe où. Ces nouveaux ingénieurs, médecins, profs… ne sont pas à l’écran. Mes amis moscovites ne sont pas à l’écran ! Cela se reflète aussi dans la façon de filmer : j’ai l’impression que le cinéma russe n’arrive pas encore à se servir de l’arrière-plan pour raconter une histoire. On filme les symptômes du changement et pas le changement lui-même. Ce qui intéresse souvent les réa-lisateurs, c’est l’arrière-plan, les détails, et l’histoire ne vient que commenter, appuyer cet arrière-plan : il n’y a pas de distance entre les deux. Sviaz, de Dunia Smirnova est quasiment le premier film sur la nouvelle classe moyenne où cette distance existe.

1 Organisme de promotion du cinéma français à l’étranger.
2 Organisme de promotion du cinéma soviétique à l’étranger.

Daria Moudrolioubova

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31 juillet 2009
  1. Je cherche le titre d’un film russe paru dans les années 70 ou 80 (peut etre avant)?
    tout ce que je sais c’est que une mère ayant un fils au goulag décide de lui rendre visite, il y a une longue scène ou elle confectionne le pain de ses mains, elle y va avec son chien, ce dernier je ne sais comment lui est confisqué par les autorités puis tué par noyade (scène terriblement marquante), elle arrive enfin au goulag, après un periple difficile dû au froid, et on lui annonce que son fils a été fusillé.
    C’est tout ce dont je me souviens, il est passé à la tv au début des années 80.
    Alors si y’a un pro qu’il se manifeste merci!
    Il y a 4 heures – Il reste 4 jours pour répondre.
    Détails supplémentaires
    la femme est de condition modeste habitant dans un village, et je pense qu’elle silioquait beaucoup…

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