Le Courrier de Russie

Germain Derobert : « La Russie est un pays où l’on est en proie à des rencontres qui bouleversent l’existence »

Ceci est mon interview d’adieu à la Russie. Pour boucler la boucle, et puisque la vie l’a placé sur mon chemin, j’ai choisi de donner la parole à Germain Derobert, cofondateur du cabaret russe d’Avignon, Le Delirium, dont la fréquentation assidue a nourri dès mon plus jeune âge mon attirance pour la culture russe et ce monde que j’imaginais. Ayant posé pour la première fois le pied en Russie il y a quinze ans, dans d’improbables circonstances, Germain Derobert se rend désormais à Moscou une fois par mois, pour faire connaître aux Russes les vins du sud de la France.

Le Courrier de Russie : Pourquoi la Russie, Germain ?

Germain Derobert : Tout est parti du Café du commerce, à Avignon.

LCDR : J’aime beaucoup les histoires qui commencent au Café du commerce…

G.D. : Nous étions musiciens, mon frère Laurent et moi. Nous jouions au Café du commerce un répertoire russe avec Elena, une passionnée de Russie qui a appris le russe en chantant. Le patron du café était très radin, on jouait gratuitement, mais il ne nous laissait pas boire à volonté. Un jour, mon frère a craqué : Pas de vin, pas de musique !, a-t-il décrété, et nous nous sommes mis à casser des verres – en rythme. À la fin de la soirée, penauds, nous avons tout de même demandé au patron combien nous lui devions pour les verres brisés. Mais en fait, il était ravi : il avait trouvé ça fabuleux, et nous avons donc joué tous les mardis soirs – rémunérés en verres cassés, en nombre illimité. Un jour, des comédiens russes nous ont vus et, intrigués par les chansons russes et la foule en liesse qui cassait des verres, ont décidé de nous filmer. Un mois plus tard, nous recevions une invitation d’un grand théâtre de Saint-Pétersbourg.

« Arrosez les plantes, et invitez des gens tous les soirs »

LCDR : Et ?

G.D. : On y est allé à l’hiver 2000 – j’avais 22 ans. L’affiche de notre spectacle, très soviétique, disait : Evgueni Dyatlov [acteur et chanteur pétersbourgeois, ndlr] et ses amis français. Nous jouions des chansons françaises et russes.

LCDR : Quel souvenir gardes-tu de Saint-Pétersbourg ?

G.D. : Nous étions logés dans ce qui était certainement le plus bel appartement de la ville, en face de la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-sang-versé. Nos hôtes nous ont juste donné les clés, à une condition : arroser les plantes, […]