Le Courrier de Russie

Ian Travaillé : « Le no future russe, c’est fini »

Ian Travaillé est un commerçant. Précurseur dans la commercialisation des espaces publicitaires radiophoniques en France, en Russie et ailleurs, il a posé un premier pied à Moscou en 1993, avant de s’y installer vraiment en 2004. Cigare au bec et l’œil brillant, il raconte au Courrier de Russie ses nombreux « coups » et sa vision du marché russe.

Le Courrier de Russie : Ian, qui êtes- vous ?

Ian Travaillé : Je suis né en 1957, d’un père français et d’une maman suédoise. C’était une championne de tennis (elle a été championne de Suède et cinq fois première chez les juniors) et une dessinatrice. Elle a rencontré mon père, un ingénieur, en France : lui avait une conception du foyer bien moins égalitaire qu’en Suède, plutôt rigide même, et elle a arrêté sa carrière sportive. Nous avons successivement vécu à Angers, Paris et Poitiers.

LCDR : Et vous ?

I.T. : J’ai suivi le cursus sport-études : je voulais être guide de haute montagne et moniteur de ski. À 17 ans, j’ai voulu m’engager dans l’armée – au sein de l’école militaire de haute montagne. Une erreur ! J’ai quitté l’armée quand on m’a demandé de faire le salut dans les toilettes à 3h du matin… et j’ai dû aller à l’hôpital psychiatrique de Lyon pendant deux mois ensuite.

LCDR : Et ?

I.T. : J’ai passé mon bac deux ans après, avec succès bien qu’un peu tard, et j’ai intégré une école de gestion hôtelière à Grenoble. Je passais plus de temps à skier que dans les salles de classe ! J’ai fait mon stage de fin de première année au Bristol, à Paris. Un jour, en me baladant entre les cours, je suis passé place de la Bourse et j’ai remarqué des gens très bronzés – visiblement heureux – qui entraient dans un bâtiment sur lequel était inscrit « Club Méditerranée ». Je ne savais pas ce que c’était, je suis entré, je me suis présenté… et je suis devenu employé du Club Med ! Trois jours après, je partais pour Eilat avec un titre pompeux de gestionnaire. La philosophie du Club Med a été le cadre de mes études : comment diriger des équipes, comment se fixer des objectifs et les atteindre. Pendant deux ans et demi, j’ai été moniteur de ski, de voile, en Grèce, en France, en Martinique… C’était une vie extraordinaire mais j’ai vite compris que si je restais dans ce milieu, ça n’allait pas aller. Ce n’était pas la vie normale.

La France était passée de l’autre côté du rideau de fer.

LCDR : Qu’avez-vous fait alors ?

I.T. : En Martinique, j’avais rencontré un avocat à la tête d’une agence de relations publiques : ses clients, […]