Le Courrier de Russie

Père Céleste : « Pour les Russes, il est naturel que la réalité soit surnaturelle »

« Cherchez vos grenouilles dans les bénitiers », m’avait suggéré le père Basile, de confession orthodoxe – et grenouille de la première heure. Il m’a suffi de regarder par la fenêtre du Courrier de Russie pour avoir la révélation divine : en face de la rédaction se trouve l’église Saint-Louis-des-Français, un des seuls lieux de culte catholique de Moscou, où j’ai fait la rencontre du père Céleste, italien francophone à l’accent chaleureux, venu en Russie pour la première fois en 2005.

Le Courrier de Russie : Padre Pianezze Celeste, tu chi sei (qui êtes-vous) ?

P. C. : Je m’appelle Céleste, je suis religieux assomptionniste et je vis à Moscou depuis bientôt trois ans. J’ai 63 ans, je suis italien…

LCDR : Vous avez toujours été religieux ?

P. C. : Ma, non ! Après le lycée, j’ai travaillé – comme tout le monde, quoi. J’étais employé dans une société qui vendait des produits de bricolage. Puis, j’ai passé dix ans avec des jeunes de la rue, qui rencontraient notamment des problèmes de drogue, comme accompagnateur social. À 34 ans, finalement, je suis rentré dans la congrégation des assomptionnistes.

LCDR : Et ?

P. C. : J’ai été affecté en Roumanie pendant 16 ans, tout de suite après la chute de Ceausescu, près de Bacău. On ne se rend compte de ce qu’est le vœu d’obéissance que quand il faut obéir, pas avant !

LCDR : C’était comment ?

P. C. : J’en garde un bon souvenir : c’était exactement le contraire d’ici ! C’était la campagne, des kilomètres de forêt, au pied des Carpates… J’avais une grande maison, un jardin – ici, je n’ai qu’un petit appartement et même pas un balcon pour prendre l’air. Tout est très différent. À Moscou, par exemple, il faut tout acheter : tomates, oranges… et de toute façon, tout a à peu près le même goût. En Roumanie, je pouvais cultiver mes légumes, […]