Patricia Chichmanov, Sur la route Iakoutsk-Magadan

Les bouteilles à la mer de Patricia Chichmanov

Patricia Chichmanov va bientôt fêter ses 25 ans en Russie. De longues années durant lesquelles elle n’a cessé de faire des rencontres – en partant d’abord à la découverte du monde soviétique, puis du monde sibérien, et désormais du monde polaire.Le Courrier de Russie : Pourquoi la Russie ?Patricia Chichmanov : Vous savez, il y a 25 ans, les gens qui arrivaient en Russie soit partaient à l’aventure, soit avaient des origines russes, ou bien ils avaient appris la langue et voulaient simplement voir. J’ai fait du russe dès l’école primaire, un peu par hasard – parce que je ne voulais faire ni du latin, ni de l’allemand. J’étudiais dans un établissement religieux où enseignait une Russe blanche, professeur de mathématiques : elle nous a transmis le virus de l’amour de la langue russe. J’ai compris plus tard qu’elle était à l’initiative des cours de russe, afin de partir en Russie dans le cadre d’un voyage scolaire – et elle nous y a emmenés, en 1972.LCDR : Et ? P. C. : : Eh bien, en Russie soviétique, nous n’avons vu que des églises ! Nous sommes allés à Saint-Pétersbourg, Souzdal, Novgorod... et tout de même au mausolée de Lénine, bien sûr ! Nous voyagions dans un monde parallèle, on parlait même avec l’accent « russe blanc »… Mais avec cette femme, nous avons retrouvé la terre russe. Et c’est toujours resté en moi.LCDR : À quel point ?P. C. : J’ai épousé le seul Slave de ma faculté, Georges Chichmanov (d’origine bulgare) ! Et avec lui, nous sommes revenus ici.LCDR : Quand ?P. C. : À l’hiver 1990 : je me souviens très bien du chauffeur de taxi qui m’attendait, avec un bouquet d’œillets rouges. Il n’y avait que ça, comme fleurs, à l’époque. On vivait dans le sud-est de Moscou, dans une sorte de zone HLM. L’Oréal (pour qui mon mari travaillait et travaille toujours) était alors une société mixte franco-russe, et nous avions un statut un peu bâtard : nous n’avions droit ni aux tickets de rationnement des Russes, ni aux roubles diplomatiques offerts aux étrangers – donc aucun accès aux canaux traditionnels d’approvisionnement en nourriture. Nous vivions dans des appartements-hôtels avec notre gamine d’un an et une petite cantine à disposition... J’ai vite compris qu’il faudrait se débrouiller, et la solution que j’ai trouvée a été de travailler pour l’ambassade – ils avaient une petite boutique dans le garage.
Patricia Chichmanov donnera une conférence le 2 décembre dans les locaux du Courrier de Russie : « Le train Moscou-Yakoutsk, un rêve français qui aura mis un siècle à se réaliser »
LCDR : Qu’y faisiez vous ?P. C. : J’étais secrétaire-traductrice pour la consul : les Russes nous envoyaient des bouteilles à la mer – des poèmes, des demandes de toute sorte...

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Propos recueillis par Nina Fasciaux

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