Dominique Fache : « Poutine n’est pas la Russie, la Russie n’est pas Poutine, et il y aura une Russie après Poutine »

Une page Wikipedia est dédiée à Dominique Fache en russe – mais pas en français. Cela en dit long sur ce Français, pourtant connu pour son parcours au sein de la technopole française Sophia Antipolis, et qui a mis un premier pied en Russie en 1964.Le Courrier de Russie : Pourquoi la Russie ?Dominique Fache : C’est compliqué. À l’origine, il y a un peu de tout – des femmes, de l’amour, plein de choses. Mon premier souvenir remonte à 1964, j’avais quinze ans : j’apprenais le russe au lycée, et mes parents m’ont envoyé en Russie via l’association France-URSS, pour une semaine. Ensuite, vivant à Rouen et souhaitant m’envoler pour Paris, j’ai choisi d’étudier le russe parce que cela me permettait de justifier ce départ – je suis ainsi agrégé de russe, sans jamais l’avoir enseigné. Puis, j’ai suivi une année d’étude à Moscou, en 1969.LCDR : Quels souvenirs gardez-vous de ces années – 1964 et 1969 ?D. F. : J’ai très vite été vacciné anti-système, anti-communiste. Les Vopos à la frontière, l’haleine des chiens dans les halos de lumière – tout ça, je l’ai vu et vécu. Lors de l’année que j’ai passée à Moscou, je suis devenu très ami avec Lioubimov – et le suis resté jusqu’à la semaine dernière [Iouri Lioubimov, metteur en scène russe et fondateur du théâtre Taganka, est mort le 5 octobre, ndlr] : il représentait pour moi un de ces éléments de révolte mais qui étaient incrustés dans le système – on avait alors et on a toujours une vision double du pays, qu’on aime et qu’on déteste.
Les grands innovateurs ont tous, à un moment donné, été des gens en rupture
LCDR : Vous êtes un révolté ?D. F. : J’estime qu’il faut se battre contre l’ordre établi – quel qu’il soit, en politique ou au sein de l’Académie des sciences. Les grands innovateurs ont tous, à un moment donné, été des gens en rupture. J’ai fait partie du mouvement du 22 mars 1968, et cela a profondément orienté ma vie. Je pense qu’il n’y a pas d’innovation s’il n’y a pas de révolte – Einstein l’a dit avant moi. Et c’est, d’une certaine façon, le problème de la Russie.LCDR : Comment vous êtes-vous retrouvé embarqué dans l’aventure Sophia Antipolis [située dans le département des Alpes-Maritimes, la plus importante technopole d’Europe, fondée en 1969, ndlr]D. F. : Je préparais l’ENA à la Sorbonne – que j’aurais d’ailleurs pu intégrer facilement car 1) il fallait parler de ce que l’on ne connaît pas, ce que je sais très bien faire et 2) la connaissance du russe donnait un maximum de points.

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Nina Fasciaux

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