Cécile Elzière : « À Moscou, tu peux mener la vie que tu veux sans qu’on te pompe l’air »

Cécile Elzière a mis un premier pied en Russie en 1985. Ensuite, elle a vécu tour à tour à Moscou, Tomsk, puis Tallinn – avant d’être à nouveau rappelée par la capitale russe. Elle raconte de manière décomplexée sa Russie décomplexée.

Le Courrier de Russie : Comment la Russie est-elle venue à vous ?

Cécile Elzière : Après le divorce de mes parents, ma mère a cherché quelqu’un pour s’occuper de ma sœur et moi, et cette personne, ce fut une autre Cécile – une femme qui avait passé quasiment toute sa vie en Union soviétique. Elle était mariée à un Juif russe qu’elle avait rencontré au Maroc, et quand il est décédé, elle avait décidé de rentrer en France. Elle a fini par épouser mon grand-oncle, bien plus tard…

LCDR : Que vous a-t-elle transmis de la Russie ?

C.R. : C’était quelqu’un d’assez sévère, et qui, très calmement, a éteint la télévision et nous a emmenées au parc Montsouris, au Louvre… quand elle parlait en russe, avec ses propres enfants et petits-enfants, j’étais fascinée, j’adorais la sonorité. Les côtoyer, elle et sa famille, m’a aussi permis de découvrir une énergie différente, une autre façon de voir le monde. J’ai ainsi souhaité absolument apprendre le russe et, arrivée au collège, j’ai changé d’établissement dans cette optique.

Ma sœur déteste les Russes et la Russie !

LCDR : Cette Cécile a-t-elle eu le même effet sur votre sœur ?

C.R. : Ma sœur a appris le russe, oui, mais elle déteste les Russes et la Russie ! C’est un peu de ma faute aussi – un jour, j’avais invité des amis russes en France, qui ne sont pas venus mais ont envoyé leurs propres amis à la place. Ces derniers se sont retrouvés chez ma mère alors que moi-même, j’étais en Russie, à bourlinguer. Vous savez, en Russie, les gens prennent des congés quand ils ont des invités – ils les prennent par la main, leur élaborent tout un programme. Alors qu’en France, on te donne les clés de la maison et on te dit : débrouille-toi. Et les Russes qui étaient chez ma mère et qui, un peu par habitude, ne faisaient pas leur vaisselle, par exemple, ont profondément agacé ma sœur.

LCDR : Votre première fois en Russie, c’était quand ?

C.R. : En avril 1985 – au tout début de la perestroïka.

LCDR : Quelles images en gardez-vous ?

C.R. : Je suis arrivée à la période de la fonte des neiges, donc j’ai un souvenir assez… boueux. Nous étions une bande d’adolescents de quinze ans – et avons mis l’hôtel sens dessus dessous. Je me souviens que j’ai aimé pour la première fois de ma vie les glaces à la vanille. J’ai tout de suite adoré la place Rouge, et c’est un frisson qui perdure. J’adore me balader à Moscou, le nez en l’air. Tu trouves sur ta route, tour à tour, un bâtiment futuriste, puis art déco, puis ancien… et j’adore traverser les quartiers par les cours intérieures.

LCDR : Quand êtes-vous revenue ensuite ?

C.R. : En 1990, pour étudier à l’Institut Pouchkine, trois semaines avec feu l’association France-URSS. Ce fut le voyage le plus délirant de toute ma vie !

La chambre qui m’était réservée était inondée

LCDR : Pourquoi ? […]

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Nina Fasciaux

Dernières nouvelles de la Russie

International

Jean Malaurie : « Dans ces temps compliqués, il est essentiel que Paris reste unie fraternellement auprès de Moscou »

En perspective de la COP21 et à l’aube de ses 93 ans, le professeur Jean Malaurie a été élevé au grade de Grand officier de la Légion d’honneur par la République française, le 20 novembre dernier. Il en a profité pour honorer ses amis russes et annoncer la création de l’Institut arctique Jean Malaurie à Saint-Pétersbourg, pour lequel il a de grandes ambitions, avant de lancer un ultime appel pour la survie des peuples arctiques. « En cet élégant hôtel de Salm, palais de la Légion d’honneur, je veux particulièrement saluer Son Excellence Monsieur Alexandre Orlov, ambassadeur de la Fédération de Russie. Je m’honore de son amitié et, dans ces temps compliqués, il est essentiel que Paris reste unie fraternellement auprès de Moscou, comme si souvent dans l’histoire et très notamment durant la Seconde Guerre mondiale » : c’est ainsi que Jean Malaurie a décidé d’entamer son discours, avant d’exprimer son émotion face à la présence à la cérémonie d’une délégation d’Inuits du Groenland – dont douze jeunes adolescents, descendants de chasseurs inuits que l’explorateur a très bien connus. Ce dernier a en outre profité de la cérémonie pour faire entendre, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

17 décembre 2015
Des grenouilles dans la vodka

Germain Derobert : « La Russie est un pays où l’on est en proie à des rencontres qui bouleversent l’existence »

Ceci est mon interview d’adieu à la Russie. Pour boucler la boucle, et puisque la vie l’a placé sur mon chemin, j’ai choisi de donner la parole à Germain Derobert, cofondateur du cabaret russe d’Avignon, Le Delirium, dont la fréquentation assidue a nourri dès mon plus jeune âge mon attirance pour la culture russe et ce monde que j’imaginais. Ayant posé pour la première fois le pied en Russie il y a quinze ans, dans d’improbables circonstances, Germain Derobert se rend désormais à Moscou une fois par mois, pour faire connaître aux Russes les vins du sud de la France. Le Courrier de Russie : Pourquoi la Russie, Germain ? Germain Derobert : Tout est parti du Café du commerce, à Avignon. LCDR : J’aime beaucoup les histoires qui commencent au Café du commerce… G.D. : Nous étions musiciens, mon frère Laurent et moi. Nous jouions au Café du commerce un répertoire russe avec Elena, une passionnée de Russie qui a appris le russe en chantant. Le patron du café était très radin, on jouait gratuitement, mais il ne nous laissait pas boire à volonté. Un jour, mon frère a craqué : Pas de vin, pas de musique !, a-t-il décrété, et nous nous sommes mis à casser des verres – en rythme. À la fin de la soirée, penauds, nous avons tout de même demandé au patron combien nous lui devions pour les verres brisés. Mais en fait, il était ravi : il avait trouvé ça fabuleux, et nous avons donc joué tous les mardis soirs – rémunérés en verres cassés, en nombre illimité. Un jour, des comédiens russes nous ont vus et, intrigués par les chansons russes et la foule en liesse qui cassait des verres, ont décidé de nous filmer. Un mois plus tard, nous recevions une invitation d’un grand théâtre de Saint-Pétersbourg. « Arrosez les plantes, et invitez des gens tous les soirs » LCDR : Et ? G.D. : On y est allé à l’hiver 2000 – j’avais 22 ans. L’affiche de notre spectacle, très soviétique, disait : Evgueni Dyatlov [acteur et chanteur pétersbourgeois, ndlr] et ses amis français. Nous jouions des chansons françaises et russes. LCDR : Quel souvenir gardes-tu de Saint-Pétersbourg ? G.D. : Nous étions logés dans ce qui était certainement le plus bel appartement de la ville, en face de la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-sang-versé. Nos hôtes nous ont juste donné les clés, à une condition : arroser les plantes, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

17 juillet 2015
Des grenouilles dans la vodka

Catherine Joffroy : « J’ai voulu prendre, à 18 ans, la nationalité soviétique »

Catherine Joffroy est avocate associée au sein du cabinet Dentons. Venue en Russie en 1978, alors qu’elle n’était qu’une adolescente, elle ne s’en est jamais détournée et y séjourne, depuis, plusieurs mois par an. Rencontre avec une férue de la Russie. Le Courrier de Russie : D’où venez-vous ? Catherine Joffroy : Je suis née dans l’est de la France, puis ai grandi à Toulouse. LCDR : Pourquoi la Russie ? C.J. : Mon père, professeur de médecine, voulait que j’apprenne le russe : en tant qu’anti-communiste, il pensait qu’il fallait connaître la langue de l’« ennemi ». Il disait : Si ton ennemi d’aujourd’hui devient ton ami de demain, ce que je te souhaite par-dessus tout, tu auras dix ans d’avance sur tout le monde. Ce qui était assez visionnaire ! Si ça a d’abord impliqué de changer de lycée, ça voulait dire aussi me rendre en URSS dès l’adolescence. Au départ, j’étais contre, évidemment, mais ensuite, je suis tombée totalement amoureuse de la langue russe : ça a été pour moi une véritable révélation, un coup de foudre. LCDR : À quand remonte votre premier séjour en Russie ? C.J. : À 1978 – j’avais 15 ans. Pour les mineurs, à l’époque, la seule possibilité de voyager en Union soviétique était de passer par l’association France-URSS, très engagée dans le combat pour le communisme. LCDR : Et ça vous a plu ? C.J. : À partir de cette année 1978, j’ai passé en URSS deux à trois mois par an tous les ans, soit la totalité des vacances scolaires – même l’hiver ! J’étais complètement accro ! Nous apprenions le russe et le marxisme-léninisme, et nous séjournions dans des camps de pionniers. Plus je découvrais le pays, plus ça me plaisait. « Rien dans les magasins, rien sur les étagères, mais tout sur la table » LCDR : Qu’est-ce qui vous plaisait ? C. J. : J’ai découvert des gens de tous horizons, de toutes cultures, ce furent des années vraiment fabuleuses. Ces années n’avaient rien à voir avec la Russie d’aujourd’hui. Les gens n’avaient rien, et moins ils possédaient, plus ils donnaient : rien dans les magasins, rien sur les étagères, mais tout sur la table. Il y avait une solidarité très spécifique, une entraide véritablement fraternelle qui, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

3 juillet 2015