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Vidéo : la campagne russe en folie

Vidéo
La campagne russe en folie

Le court métrage Russian Cyberpunk Farm (« La ferme cyberpunk russe »), qui tourne en dérision les problèmes des campagnes russes, fait sensation sur la Toile.

Publiée sur YouTube le 19 novembre dernier par un collectif d’artistes, Birchpunk, la vidéo de quatre minutes et demie a déjà été visionnée plus de sept millions de fois en trois semaines. 

Robots fermiers et trous noirs septiques 

Le court métrage nous plonge dans un avenir indéterminé. Dans un anglais au très fort accent russe, le directeur d’une exploitation laitière, Nikolaï, nous fait visiter sa ferme aussi rustique qu’ultra-robotisée, tout en réfutant avec véhémence les clichés sur le retard technologique des campagnes russes : « It is a bullshit » (c’est n’importe quoi !). 

Ainsi, grâce à son OUAZ-452 (un mini-van soviétique loin d’avoir disparu dans l’effondrement de l’URSS) volant, carburant à l’énergie nucléaire, le mauvais état des routes n’est plus un problème… Les mauvaises odeurs des toilettes sèches ne sont qu’un lointain souvenir grâce à l’aspiration des excréments par un trou noir. La main d’œuvre est assurée par des droïdes produits par l’Ijevsk Dynamics Corporation (une référence à l’entreprise Boston Dynamics, fleuron de la robotique américaine). Quant aux innombrables bouleaux de la forêt voisine, ils servent de supports à des panneaux solaires. 

Russian Cyberpunk Farm" : la vidéo la plus vue en Russie ces dernières 24h
Une fermière droïde s’occupe de la traite quotidienne. Photo : Capture d’écran vidéo

Afin de tuer le temps, Nikolaï élève des drones dans un pigeonnier, au grand dam de sa femme, qui le poursuit de ses reproches (une scène reprise du film soviétique L’Amour et les pigeons, sorti en 1985). Par ailleurs, l’agriculteur semble avoir un faible pour une de ses fermières droïdes en charge de la traite des vaches, G.L.A.S.H.A. (diminutif du prénom Glafira), qui semble toutefois lui préférer le tracteur à propulsion nucléaire…

Pêle-mêle, Nikolaï évoque les délais de livraison de la Poste (« Deux ans, quel progrès ! ») malgré l’utilisation d’engins spatiaux. Les bâtiments historiques tombent en ruine ? Il suffit de presser un bouton et leur image restaurée apparaît… quand la connexion internet le permet. 

À la fin de la vidéo, Nikolaï s’adresse au spectateur et lui propose de le rejoindre pour contribuer au développement de son exploitation. Par un mouvement de caméra, on découvre alors que la ferme se trouve en réalité… sur Mars. 

Bienvenue à la campagne ! 

Comparer la Russie profonde à Mars n’a rien de très original. Après tout, certains Moscovites se plaisent parfois à douter qu’il y ait « de la vie au-delà du MKAD », l’autoroute qui entoure la capitale russe… 

Les auteurs de la vidéo ont voulu rendre hommage à la Russie rurale tout en s’amusant.

En revanche, l’idée de mêler technologie et ruralité pour souligner le retard de développement des campagnes fait mouche. Si Nikolaï fait appel à des droïdes, n’est-ce pas parce que les villages se vident de leurs habitants ? Les mauvaises routes de Russie sont proverbiales, tandis que les problèmes de connexion internet peuvent sembler anecdotiques dans un pays où entre 15 et 20 % de la population utilisent encore des toilettes sèches… 

Enfin, en dépit des dénégations de Nikolaï (qui, au demeurant, comme beaucoup de Russes installés loin des villes, se contente de son sort avec une mélancolie joviale attendrissante), les machines peineraient à gommer ces problèmes systémiques : comme le montre une scène, en fin de compte, c’est au fermier qu’il revient de nettoyer le purin dans l’étable.

À suivre…

Sur les réseaux sociaux, la plupart des commentaires saluent l’initiative du collectif Birchpunk, dont c’est la première vidéo. « Un super-travail, drôle et graphiquement superbe. Respect à toute l’équipe, et continuez votre travail de qualité ! », lit-on, par exemple. L’utilisation de l’anglais a également assuré une petite notoriété internationale au court métrage, des youtubeurs allemands, coréens ou encore britanniques l’ayant commenté dans leurs propres vidéos.

L’amour est dans le pré… Photo : Capture d’écran vidéo

Certains esprits chagrins critiquent néanmoins les auteurs : « Au lieu de faire des vidéos, vous devriez aider les villages », écrit l’un d’eux. Pour le réalisateur, Sergueï Vassiliev, c’est exactement ce qu’il fait en « montrant la réalité de la vie des campagnes », quoique sur un mode décalé. Il souligne que la vidéo a été tournée dans une ferme bio, près de Riazan (150 kilomètres de Moscou), sans financements extérieurs, pour s’amuser et pour rendre hommage à la Russie rurale.

Ce premier succès pourrait connaître une suite, Vassiliev et ses acolytes, qui travaillent tous dans le milieu audiovisuel à Moscou, souhaitant continuer d’explorer l’univers qu’ils ont créé : « Nous aimerions agrandir ce village, raconter d’autres histoires qui prendraient place dans ce monde et poursuivre les aventures de Nikolaï. » Le triangle amoureux entre le fermier, la droïde et le tracteur a de beaux jours devant lui…