Toute l'équipe du Courrier de Russie fait une pause pour les fêtes. Nous vous souhaitons un joyeux Noël et une bonne année 2021

Problème… solution ?

Problème… solution ?

Alexey Vasilyev

J’ai commencé ma semaine en prenant des nouvelles du malheureux étudiant d’Omsk de la dernière chronique, qui suivait ses cours en ligne, perché au sommet d’un bouleau de huit mètres. Son histoire a, depuis, fait le tour de la Russie, et il est même passé dans l’émission de télévision du comique Ivan Ourgant. Avec tout ce raffut, impossible d’ignorer le problème ‒ il a donc été reçu le week-end dernier par Alexandre Bourkov, le gouverneur de la région d’Omsk.

Bourkov a fait plus que de lui proposer l’installation d’un dispositif expérimental dans son village natal : il l’a carrément invité à rejoindre le Conseil public du ministère régional de l’Industrie et des Communications. L’article d’Omskinform ne précise pas si notre héros a ou non accepté cette mission – pour laquelle il semble par ailleurs assez peu qualifié, puisqu’il étudie pour l’instant le transport de l’eau. Cependant, sa polyvalence remarquée grâce à ses aptitudes à l’escalade et au succès viral de sa demande peut laisser supposer qu’il ferait un excellent conseiller dans à peu près tous les domaines… notamment celui, justement, des communications.

Il est toujours délicat de trouver la solution adaptée à un problème, d’autant plus dans le domaine public : bien souvent, soit les choses ne font que se compliquer (c’est le schéma « un problème, une loi »), soit elles empirent carrément (schéma « un problème, une solution créant de nouveaux problèmes »). La région de Tcheliabinsk a coché, cette semaine, les deux cases à la fois en proposant un nouveau point de protocole anti-Covid, destiné à prévenir les contaminations lors des festivités de Nouvel An : du 1er décembre au 10 janvier, toute personne entrant dans un restaurant une guitare à la main sera considérée comme coupable d’avoir enfreint la loi. De même, les restaurants ne pourront pas recevoir de clients après vingt-trois heures : le créneau horaire du dîner prenant fin, selon le gouverneur de la région, à ce moment-là, tout ce qui se passe ensuite relève de la fête – qui est proscrite. De cette solution, reconnue par mes soins comme étant de type « un problème, une loi », découleront vraisemblablement de nouveaux problèmes : une balalaïka est-elle considérée comme une guitare ? Quid, d’ailleurs, des autres instruments ? Et si le porteur de la guitare passe simplement dîner après une répétition de son groupe ? S’il vient le matin et non le soir ? Tant de questions, si peu de réponses…

Ce n’est pas la première fois qu’une localité russe s’embourbe dans des solutions suscitant plus de scandale qu’elles ne résolvent de questions : n’oublions jamais qu’à Taganrog, Gazprom avait cru bien faire en éteignant la Flamme éternelle qui brûle en mémoire des Soviétiques tombés au champ d’honneur, celle-ci servant régulièrement de barbecue à d’indélicats amateurs de brochettes. Infamie ! L’affaire avait soulevé un tollé, et la flamme avait été bien vite rallumée. Des saucisses cuites en mémoire de la Seconde Guerre mondiale valent mieux que l’oubli.

Reste une dernière catégorie de solutions : celle qui non seulement n’a rien à voir avec le problème, mais en plus ne résout absolument rien. Mon héros en la matière est le député Boris Tchernychov, qui avait proposé de punir les auteurs de certains délits en les obligeant à regarder des nanars russes. Cela étant, il tient peut-être la solution anti-Covid, car si, comme moi, vous en avez déjà vu, vous y réfléchirez à deux fois avant d’entrer dans un restaurant avec votre guitare…