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Covid-19 : ces voyageurs russes qui se jouent des frontières

Covid-19
Ces voyageurs russes
qui se jouent des frontières

Vladimir Gerdo/TASS

L’espace Schengen et la plupart des pays de l’Union européenne sont fermés aux voyageurs russes depuis le mois de mars. Il existe pourtant plusieurs moyens de contourner les interdictions.

Au début de septembre, Anna Kouprina, designer d’Ekaterinbourg, part pour deux semaines de vacances au Portugal avec son mari. Malgré des visas Schengen en bonne et due forme, qui permettent de circuler librement entre les vingt-six pays de la zone, le couple est confronté à une série d’obstacles qui commencent dès Moscou : depuis les aéroports russes, seules quelques destinations sont ouvertes aux voyageurs – Biélorussie, Corée du Sud, Égypte, Grèce, Kazakhstan, Kirghizistan, Maldives, Royaume-Uni, Tanzanie et Turquie.

« Initialement, nous prévoyions de passer par le Royaume-Uni : les personnes en transit n’y sont pas soumises à la quatorzaine, explique Anna au site 66.ru. Le problème est qu’à Londres, les compagnies sont réticentes à embarquer des Russes à destination de la zone Schengen : si, à l’atterrissage, les gardes-frontières refusent de les laisser passer, le vol retour est à leur charge. »

Le test PCR demandé à l’atterrissage à Paris est vendu 27 euros à l’aéroport d’Istanbul.

Le couple opte finalement pour Istanbul, avant de prendre une correspondance pour la Croatie, rare pays de l’UE à accueillir les citoyens russes. « Dans l’avion de Zagreb, nous étions presque entre compatriotes, et aucun n’allait vraiment en Croatie. » Ce pays a ceci de particulier qu’il fait partie de l’Union européenne, mais non de Schengen.

La seule difficulté est de passer la « première » frontière. « La plupart de nos compagnons de voyage prévoyaient de louer une voiture à l’arrivée pour entrer dans Schengen par la frontière slovène, peu contrôlée », indique la jeune femme. Une fois à l’intérieur de la zone, les Russes titulaires d’un visa ne risquent quasiment rien. En cas de contrôle, ils sont dans la légalité. Et on imagine mal un policier, français ou italien par exemple, leur chercher des noises parce qu’ils sont arrivés par un autre aéroport européen.

Anna et son époux choisissent, eux,  la voie aérienne. Direction Paris où seul un test PCR négatif réalisé dans les quarante-huit heures est exigé des passagers des vols intra-UE. Un document que le couple s’est procuré à l’aéroport d’Istanbul pour 27 euros…

Passagers à l’aéroport international Vnoukovo de Moscou, le 10 juin 2020.
Photo : Evgeny Biyatov//RIA Novosti

Au passage des frontières, ils ne rencontrent aucune difficulté. « Personne ne nous a rien demandé, témoigne Anna, qui a tout fait pour passer inaperçue : pour éviter d’éveiller l’attention sur notre présence, nous parlions le moins possible aux employés des aéroports… »

Depuis la capitale française, nos deux aventuriers embarquent pour Lisbonne après trois escales et 1 900 euros dépensés en billets d’avion.

Malades imaginaires

En mars, ce genre d’escapade était inconcevable, la plupart des pays de l’UE ayant fermé leurs frontières nationales afin de se protéger du virus. Les contrôles ont été levés le 15 juin. Mais, en septembre, face à la nouvelle flambée des cas de contamination, certains pays – Hongrie, Allemagne, Suisse, Finlande – ont pris à nouveau, unilatéralement, des dispositions vis-à-vis des ressortissants de zones à risque.

Résultat : les Balkans sont devenus une voie d’accès privilégiée à l’espace Schengen. Ainsi, la Serbie et le Monténégro accueillent les touristes russes qui peuvent ensuite poursuivre leur chemin par la Croatie. Malte est également une option, à condition, théoriquement, d’avoir d’abord passé quatorze jours dans un pays jugé « sain » du point de vue épidémiologique (la Turquie, par exemple).

« Les contrôles terrestres sont inexistants ; dans les aéroports, c’est un peu la loterie. »

« En réalité, les contrôles sont quasi inexistants, surtout aux frontières terrestres, indique Dmitri Davydenko, directeur général du Club de défense des droits des touristes. Dans les aéroports, c’est un peu la loterie. Ces derniers mois, j’ai pu aller et venir sans difficulté entre la Russie et l’Europe. Je ne me souviens pas d’avoir été contrôlé. »

Pour ceux qui craindraient malgré tout d’être refoulés à la frontière, un autre moyen existe : se procurer un certificat attestant de la nécessité de soins médicaux à l’étranger. Les Russes sont en effet autorisés, depuis le mois de juin, à aller se faire soigner en Europe. Ils peuvent d’ailleurs compter sur la complaisance de certains médecins et établissements européens : « Ma femme a acheté un faux certificat d’admission dans un centre de thalassothérapie en Allemagne, et je l’ai accompagnée, raconte un Moscovite de 49 ans au quotidien Moskovski komsomolets. Il s’agissait bien sûr d’un prétexte, et nous avons passé notre temps à nous promener dans Berlin. »

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