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Vaccin anti-Covid : l’Église ni pour ni contre

Vaccin anti-Covid
L’Église ni pour ni contre

Désinfection des espaces extérieurs du monastère Danilov de Moscou. Photo : Mikhail Metzel/TASS

Mis au point par le laboratoire moscovite Gamaleïa et annoncé par Vladimir Poutine le 11 août dernier, le vaccin anti-Covid Spoutnik-V suscite le débat au sein de l’Église orthodoxe.

Dès juin, le métropolite Hilarion Alfeïev, porte-parole de l’Église, appelait les croyants à se porter volontaires pour les essais cliniques de Spoutnik-V. Depuis la mise en circulation du produit, le prélat met à profit la moindre de ses apparitions publiques pour inciter la population à se faire vacciner.

« Si vous en avez l’opportunité, faites-le, déclarait-il dans une homélie, le 11 septembre. Devenez volontaires [pour la phase 3 des essais cliniques, lancée en même temps que la campagne de vaccination elle-même…] en vous inscrivant sur le site de la mairie de Moscou. Vous entendrez bien sûr des gens vous dire qu’il est encore tôt, que les résultats fiables manquent. Peu importe : les effets secondaires du vaccin n’ont rien à voir avec les maux provoqués par la maladie. »

Le métropolite sait de quoi il parle. Peu après Pâques, il a lui-même été victime de la Covid-19. « Je suis tombé malade en même temps qu’un clerc de ma paroisse. C’était une forme plutôt légère — je n’avais perdu que 15 % de ma capacité pulmonaire. Le clerc, en revanche, a plus souffert », a-t-il confié dans une interview à la chaîne Rossiïa 24. Durant l’été, Hilarion s’était également dit prêt à se porter volontaire pour les essais cliniques.

Vulnérabilité des clercs

Pour autant, il n’existe à l’heure actuelle aucune position officielle de l’Église sur Spoutnik-V – alors que le clergé n’est par principe pas opposé à la vaccination en générale. Le Patriarche Cyrille reste quant à lui prudent sur le sujet. « Tant que le produit n’aura pas passé tous les essais cliniques, la question de la vaccination de notre saint Patriarche ne se pose pas », déclarait le 4 septembre son porte-parole, Vakhtang Kipshidze. Cette attitude tranche avec celle de nombreux responsables politiques qui, du ministre de la Défense Sergueï Choïgou au leader nationaliste Vladimir Jirinovski, se pressent pour se faire vacciner.

Il n’en fallait pas plus que pour que la presse russe titre que l’Église était « anti-vaccin ». Pour faire taire ces bruits, Vakhtang Kipshidze apporte, le jour même, un premier correctif : « Ce qui a été exprimé est la position individuelle du Patriarche, qui n’engage absolument que lui. »

Une clarification qui s’imposait, tant le clergé et les croyants sont apparus divisés, ces derniers mois, dans la lutte contre l’épidémie. Ainsi, dès le mois de mars, une frange traditionaliste a refusé la mise en place de mesures sanitaires lors des cérémonies (messes à huis clos, nettoyage systématique des cuillers, etc.), dénonçant une « soumission » au pouvoir laïc.

Le père Serge Romanov au milieu de ses fidèles, le 17 juin 2020.
Photo : Pavel lisitsyn / RIA Novosti

En juin, ce mouvement s’est cristallisé autour de père Serge, un prêtre de l’Oural pour lequel l’épidémie est un « complot mondial » visant à implanter des puces géolocalisables dans la population, sous couvert d’une campagne de vaccination… Il n’est pas sans rappeler divers courants religieux des années 1990, assimilant la vaccination aux « péchés bioéthiques » que seraient l’avortement et la contraception.

Cette position reste toutefois marginale. Une opposition de principe à la vaccination anti-Covid est d’autant plus difficilement défendable pour les croyants eux-mêmes, que le clergé russe a payé un lourd tribut à l’épidémie. À la fois au contact des laïcs et des autres prélats, les prêtres, qui officient parfois jusqu’à un âge avancé, sont des vecteurs de contamination particulièrement vulnérables. Plusieurs provinces ecclésiastiques (Koursk, Kouban…) ont ainsi perdu des évêques, et cinq moines de la Trinité-Saint-Serge (près de Moscou) sont décédés. Parmi eux, l’archimandrite Guerman, l’un des exorcistes les plus respectés de Russie. Au total, on estime que 7 % des clercs ont été contaminés depuis le début de l’année. C’est dix fois plus que dans le reste de la population.