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L’amour binational victime du Covid

L’amour binational victime du Covid

« Les Amants », René Magritte (1928).

Depuis six mois, les frontières de la Russie sont fermées aux ressortissants de la majorité des pays du monde. Si des assouplissements ont été annoncés, en juin, pour permettre aux familles de se retrouver, de nombreux couples franco-russes non mariés, séparés au moment de la fermeture des frontières, ne peuvent toujours pas se retrouver.

Ioulia (les prénoms ont été modifiés), 30 ans, avocate, est l’une de ces laissées-pour-compte. Au début de l’année, Louis, son conjoint, est embauché comme traducteur dans une entreprise française installée à Moscou. À la fin de février, il retourne à Paris pour obtenir son visa de travail. Le 30 mars, il attend toujours le précieux sésame tandis que les frontières russes se ferment « temporairement » en raison de l’épidémie.

« À l’époque, nous ne pensions pas que cela durerait aussi longtemps, confie Ioulia. Deux ou trois mois tout au plus… Nous étions sûrs de nous revoir avant l’été. » La séparation dure depuis six mois.

Du provisoire qui dure

Pour entretenir la flamme, Louis et sa compagne s’appellent tous les soirs. Il lui fait livrer des fleurs à Moscou une fois par mois ; elle lui envoie des colis qui mettent plusieurs semaines à lui parvenir.

Leurs espoirs de retrouvailles se fixent successivement au 30 avril, 15 juin, 1er juillet, dates supposées de la reprise des vols commerciaux, selon des rumeurs entretenues par les compagnies aériennes. Mais à chaque fois, la Russie ne figure pas parmi les destinations privilégiées par l’Union européenne.

« Je ne m’attends pas à ce que nous puissions revivre ensemble avant le printemps prochain. »

Moscou adopte une réponse symétrique : puisque l’UE ferme ses frontières à ses ressortissants, la Russie n’accueille pas non plus les Européens. En juin, le gouvernement russe met néanmoins en place une procédure simplifiée permettant aux conjoints et aux enfants de citoyens russes de rejoindre leur famille. Elle ne concerne que les couples mariés.

« Le mois de juin a été le plus frustrant, témoigne Louis. Avec le déconfinement, les gens reprenaient progressivement une vie normale. Pour nous, d’une certaine manière, la quarantaine s’est poursuivie… »

Kafka et Cupidon

En France, fin juillet, des couples dans la même situation que Louis et Ioulia cherchent à faire entendre leur désarroi sur les réseaux sociaux. Relayant le mot-dièse #LoveIsNotTourism, ils témoignent de relations fortement perturbées par le confinement. Ils racontent les mariages reportés sine die, les maisons de famille dont les travaux n’avancent plus, les ruptures…

Au début d’août, les représentants du mouvement sont reçus aux ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur. Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État en charge des Français de l’étranger, leur annonce ensuite qu’un laissez-passer pourra leur être accordé s’ils parviennent à justifier de leur liaison.

Aéroport international de Vnukovo, Moscou, le 10 juin 2020. Photo : Sergei Karpukhin/TASS

Ioulia et Louis postulent aussitôt. Pour « prouver » la réalité de leurs liens, ils fournissent à l’administration des réservations d’hôtels, des factures de cadeaux, un justificatif de leur domicile commun à Moscou. Dix jours plus tard, un mail laconique de l’ambassade annonce le rejet de leur candidature.

Au total, seules 458 demandes ont passé la première étape d’une procédure qui en compte trois, soit 10 à 15 % de réponses négatives, selon le cabinet de Jean-Baptiste Lemoyne. Après un premier tri dans les ambassades, les demandes sont examinées par les services des visas, puis par la cellule interministérielle de crise. Le dispositif français est l’un des plus contraignants de l’Union européenne : le Danemark, par exemple, n’exige des conjoints qu’une simple déclaration sur l’honneur et un test Covid négatif pour permettre leur réunion. Les représentants du mouvement LoveIsNotTourism sont toujours en pourparlers avec le gouvernement français.

Escapade turque

Le début de la « deuxième vague » a fini d’entamer le courage des amoureux. « Je ne m’attends pas à ce que nous puissions revivre ensemble avant le printemps prochain, se désespère Ioulia. Je doute que la Russie ouvre ses frontières dans l’immédiat, ou qu’elle fasse quelque chose pour des couples non-mariés. D’ailleurs, personne n’évoque ce sujet ici, même pas la presse. »

En attendant, Ioulia et Louis ont décidé de se retrouver au mois d’octobre en Turquie — l’un des rares pays, avec la Grèce et le Royaume-Uni, actuellement accessibles aux Français et aux Russes. Un pari risqué puisque de nouvelles restrictions sur les vols peuvent s’abattre à tout moment.

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19 octobre 2020