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Rentrée scolaire : sous le signe du Covid

Rentrée scolaire
Sous le signe du Covid

Mikhaïl Japaridze/TASS

En Russie comme en France, la préparation de la rentrée scolaire 2020, qui aura lieu le 1er septembre comme chaque année, est loin de se dérouler dans un climat serein, entre mesures barrières difficiles à appliquer et crainte d’un reconfinement imminent.

Le 21 août dernier, le Parquet général a ordonné l’inspection des écoles de Russie. Selon le ministère de l’Éducation, 36 500 établissements sur les 41 000 du pays sont en mesure de respecter les normes de l’agence sanitaire fédérale (Rospotrebenadzor) en matière de lutte anti-coronavirus : prise de la température à l’entrée, réduction du nombre d’élèves par classe, salle unique pour chaque groupe (pas de rotation entre les cours), limitation des contacts hors du temps d’enseignement.

Masques et repas dans les classes

Libre aux agences régionales, aux pouvoirs locaux et aux directeurs d’école d’imposer d’autres mesures barrières en fonction de la situation épidémiologique sur le terrain. Les masques seront ainsi facultatifs dans la plupart des régions, avec des exceptions au Daghestan, à Saint-Pétersbourg et à Moscou, où élèves et professeurs le porteront. La mairie de la capitale, ainsi que la république de Bouriatie ont annoncé qu’il serait possible de s’en procurer dans l’enceinte des établissements.

La mise en œuvre de la recommandation portant sur la limitation des contacts est laissée à l’appréciation des autorités locales. À Moscou, un protocole a d’ores et déjà été arrêté : les établissements devront prévoir plusieurs entrées et vestiaires ; les horaires des cours, des pauses et des repas seront décalés en fonction des classes.

Dans chaque établissement, un enseignant sur dix devra être testé tous les quinze jours.

Cette accumulation de contraintes est accueillie avec scepticisme par le corps enseignant. « Où se trouveront les élèves pendant l’interclasse ? S’ils restent dans les salles, il sera impossible de désinfecter les tables et d’aérer. Dans le couloir ? Le bruit gênera les autres cours », écrit un professeur sur la page Facebook de la Ville de Moscou.

Pour Nadejda Perfilova, députée du parlement municipal de la capitale et directrice d’école, des aménagements sont toujours possibles. « Il y a des choses qu’on peut faire : servir les repas dans les classes, par exemple. Les primaires ont des pupitres individuels qui respectent la distanciation sociale. » Elle reconnaît toutefois que c’est plus compliqué dans le secondaire…

Pendant le confinement, des milliers d’écoliers russes ont suivi leurs leçons en ligne, chaque matin. Photo : Wilfried Dembkowsky

Dès qu’on aborde le sujet de la réduction des effectifs, des questions de faisabilité se posent un peu partout. « C’est un point problématique, reconnaît un enseignant de l’Altaï, cité par l’agence Regnum. L’école est déjà surchargée, il est impossible de créer de nouveaux groupes ». « Il faudrait lever une armée de professeurs pour y parvenir », enchérit un instituteur moscovite dans les colonnes de Novaïa gazeta.

Rangs clairsemés

Dans la capitale, nombre de professeurs pourraient d’ailleurs manquer à l’appel dès la rentrée. En cause, le test négatif au coronavirus, à présenter avant le 28 août aux directeurs d’établissement.

« Le décret est paru une semaine avant la date butoir. Comme il faut du temps pour obtenir les résultats, les instituteurs ont eu en réalité trois ou quatre jours pour se faire tester, souligne Iouri Varlamov, juriste du syndicat d’enseignants Outchitel. Ajoutez à cela que la plupart d’entre eux étaient en vacances, et qu’il y a environ 100 000 enseignants à Moscou… J’ai des doutes sur la capacité des laboratoires de la capitale à tenir les délais dans ces conditions. »

À Moscou, les parents qui le souhaitent peuvent dès à présent garder leurs enfants à la maison.

Au cours des prochains mois, dans chaque établissement, un enseignant sur dix devra être testé tous les quinze jours. Certaines écoles de la capitale prévoient d’organiser le dépistage dans leur infirmerie pour simplifier les démarches. Si un instituteur est positif, il sera mis en quarantaine, un remplaçant se chargeant d’assurer ses cours. « Aucune fermeture d’école n’est prévue. Le port du masque obligatoire dans l’enceinte des établissements suffira à empêcher la contamination », assure la mairie dans un communiqué.

Enfin la question des professeurs de plus de 65 ans reste ouverte. Si leur passage en télétravail est fortement recommandé dans les universités — dont ils représentent 20 % du personnel enseignant –, aucune décision n’a été prise pour le primaire et le secondaire (4 % des effectifs).

Retour à la maison ?

En dépit de ces précautions, de nombreux syndicats appellent à revenir à l’enseignement à distance. « L’expérience des EGE [le baccalauréat russe, ndlr], en juin, a montré combien il était difficile de rester concentré avec un masque. Beaucoup d’élèves ont d’ailleurs fini par les enlever au cours de l’épreuve. Ça me fend le cœur de le dire, mais il faut que les enfants restent chez eux. L’épidémie est loin d’être terminée », affirme Tamara Eidelman, membre de l’Union des professeurs d’histoire. Officiellement, la Russie compte toujours plus de 4 500 cas quotidiens de contamination à la Covid-19 et une centaine de morts chaque jour.

« En cas de seconde vague, les mesures barrières ne suffiront pas à empêcher un retour à l’enseignement à distance. Or j’ai des doutes quant à la capacité des écoles à gérer la transition dans de bonnes conditions et à s’assurer du suivi pédagogique de tous les élèves en cas de reconfinement », s’inquiète Marianna Chevtchenko, directrice de l’Association nationale des parents d’élèves.

À Moscou, les parents qui le souhaitent peuvent dès à présent garder leurs enfants à la maison. « Les familles en ont le droit, affirme Alexandre Molotkov, chef du département d’Éducation de la mairie. Les ressources mises en ligne par notre service suffisent pour assurer les cours à distance. Il suffit de prévenir l’école par courrier. »