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Irkoutsk face aux secousses du Baïkal

Irkoutsk face aux secousses du Baïkal

À Irkoutsk (Sibérie), les sismologues tirent la sonnette d’alarme. Ils estiment que de nombreux immeubles de la région pourraient subir des dommages irréparables lors du prochain séisme de forte intensité.

Depuis des générations, les chamans bouriates, ethnie minoritaire de la région d’Irkoutsk, vénèrent un promontoire dominant la rive ouest du lac Baïkal : le cap Ryti. À cet endroit, disent-ils, la rivière du même nom — depuis longtemps tarie — s’enfonce sous terre pour gagner le « monde des morts », et provoque toutes les anomalies physiques constatées autour du lac : aberrations optiques, fluctuations du champ magnétique, séismes fréquents…

Menace permanente

Que les 2,3 millions d’habitants de la région d’Irkoutsk (à l’ouest du Baïkal) adhèrent ou non à cette croyance, ils ont à vivre dans la crainte permanente des secousses sismiques. Chaque année, 10 000 tremblements de terre en moyenne sont enregistrés aux environs du lac, lui-même formé par la divergence de trois plaques tectoniques. Si la plupart sont sans gravité, la catastrophe n’est jamais loin.

« La probabilité d’un séisme de degré 9 est loin d’être nulle à Irkoutsk. »

« Des séismes d’intensité 8 (dégâts sévères pour les bâtiments fragiles, formation de crevasses dans le sol) selon l’échelle MSK-64 ont lieu en moyenne une fois par siècle, mais cela peut arriver plus souvent, affirme Elena Kobeleva, directrice de l’Institut de sismologie d’Irkoutsk. La probabilité d’un séisme de degré 9 (fissures sur les bâtiments bien construits) est loin d’être nulle dans la capitale régionale. »

Depuis le début du XXe siècle, neuf tremblements de terre de forte intensité ont été ressentis à Irkoutsk. Le dernier d’entre eux remonte au 27 août 2008. « Je me mariais ce jour-là, se remémore Valeria Deïevaïa, une habitante. C’était terrifiant, un vrai film catastrophe. Les lampes se sont mises à clignoter, avant de s’éteindre dans toute la ville. Les gens, paniqués, se ruaient dans les rues… »

Inondations à Irkoutsk après le tremblement de terre de 2008. (Photo ITAR-TASS / Mikhail Mordasov)

Pour tenter de prévenir ces risques, les sismologues sont à l’affût du moindre signe avant-coureur. « 90 % des secousses ressenties à Irkoutsk se produisent sur le rift Baïkal. C’est pourquoi nous avons disposé 25 stations permanentes aux abords du lac », détaille Elena Kobeleva. Hélas, les mesures concrètes nécessaires à la sauvegarde de la population et des infrastructures ne sont pas toujours respectées.

Croissance démographique

Comme dans toute zone à risque, des normes de construction antisismiques existent dans la région. Elles se heurtent parfois aux impératifs de la politique du logement.

« Entre 1923 et 1959, la population d’Irkoutsk a plus que quadruplé. L’État a donc travaillé dans l’urgence, explique Sergueï Astafiev, président d’un organisme chargé des rénovations dans la région. Ce n’est qu’à la fin des années 1950, après deux puissants tremblements de terre (1950, 1959), que le risque sismique a commencé à être sérieusement pris en compte. À partir des années 1980, par exemple, on ne construit que des immeubles capables de résister à des séismes d’intensité 8 à 9. »

« Tout le monde a conscience du danger, mais les gens n’agissent pas toujours de manière conséquente. »

Pour autant, les maisons bâties avant cette période sont toujours habitées. « Tout le monde a conscience du danger, mais les gens n’agissent pas toujours de manière conséquente », souligne Elena Kobeleva.

Avec le retour de la croissance démographique (+ 8 % en 10 ans), les scientifiques notent depuis quelques années un relâchement de la prévention. « Jusqu’en 2008, il n’y avait pas de bâtiment de plus de dix étages à Irkoutsk. Depuis 2012, les constructions en béton armé sont autorisées jusqu’à vingt-deux étages », poursuit la chercheuse.

Relogement urgent

Au total, un tiers des immeubles de la région d’Irkoutsk sont aujourd’hui menacés, selon les estimations de l’Institut de sismologie, qui préconise le relogement de tous leurs habitants. Un chantier qui dépasse largement les capacités budgétaires des pouvoirs locaux, indique le porte-parole du gouvernement de la région d’Irkoutsk.

Début août, le député Alexandre Iakoubovski, originaire d’Irkoutsk, s’est adressé à Marat Khousnouline, vice-premier ministre en charge des Travaux publics, pour lui demander de soutenir un ambitieux programme régional de construction. D’un coût maximal de 100 milliards de roubles (1,1 milliard d’euros), celui-ci serait financé à 80 % par l’État fédéral, le reste par les collectivités locales. Le ministre n’a pour l’instant pas donné suite.