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Norilsk : l’extrême urgence permanente

Norilsk
L’extrême urgence permanente

Crédit photo : Andreï Gordeïev / TASS

L’enquête sur la catastrophe écologique de Norilsk, survenue il y a deux mois, se poursuit. La société Nornickel, responsable du déversement de milliers de tonnes de diesel, a accepté de payer une amende de deux milliards d’euros, tandis que ses dirigeants s'engagent à prendre des décisions respectueuses de l’environnement. Pour la journaliste Alexandrina Elaguina, originaire de Norilsk, ces bonnes intentions se perdront vite dans la grisaille d’une ville balayée par les vents et les fumées industrielles.


Le secteur où, le 29 mai dernier, 21 000 tonnes de diesel se sont déversées dans les rivières Ambarnaïa et Daldykan, à quelques centaines de kilomètres de l’océan Arctique, porte le nom de Kaïerkan. En dolgane, la langue parlée par le peuple autochtone du même nom, ce mot signifie « épreuve » ou « montagne noire ». Une autre traduction en vogue dans la région est « la vallée de la mort » : il faut dire que le vent y souffle plus fort qu’alentour et que les températures y tombent plus bas l’hiver.

L’endroit est à l’image de Norilsk, située à une dizaine de kilomètres de là : une ville (176 000 habitants) froide, ouverte à tous les vents, dont l’environnement a été détruit par l’industrie métallurgique – qui est aussi sa raison d’être.

Une ville polaire

Mes grands-parents se sont rencontrés à Norilsk en 1956. Mon grand-père, Russe du Kazakhstan, était conducteur d’excavatrice dans une mine ; il aimait les cravates fines et les vestes bien taillées, jouait aux échecs et coiffait sa mèche vers l’arrière « comme Jean Marais ». Ma grand-mère, sous-officier de l’armée venue de la région de Moscou, n’avait pu trouver mieux qu’un emploi de caissière dans une supérette.

Il y a quelque chose d’étrange à se dire que la ville doit en partie son existence aux prisonniers du Goulag.

Tous deux étaient venus de leur plein gré. Ils avaient même fait jouer leurs relations au Komsomol, les jeunesses communistes, pour être autorisés à s’installer dans cette ville « fermée », centre stratégique de l’extraction de minerai (nickel, cobalt, cuivre).

L’enthousiasme de ces deux jeunes gens désireux de porter le communisme au-delà du cercle polaire n’explique pas tout.

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Alexandrina Elaguina