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Festival du livre : « Un retour progressif à la normale »

Festival du livre
« Un retour progressif à la normale »

Malgré la pandémie de Covid-19 et les mesures de confinement toujours en vigueur à Moscou, le festival du livre de la place Rouge se tiendra, comme tous les ans, du 6 au 8 juin. Vladimir Grigoriev, directeur adjoint de l’Agence fédérale de la presse et des médias, organisatrice de l’événement, a justifié ce maintien polémique au cours d’un entretien avec le journal Novaïa gazeta.

Pourquoi avoir maintenu le festival du livre de la place Rouge alors que Moscou est encore officiellement confinée ?

Vladimir Grigoriev : Il est essentiel de soutenir le monde de l’édition et l’industrie du livre, qui ont beaucoup souffert de la situation de ces dernières semaines. L’assouplissement des mesures de confinement s’est fait attendre, mais les librairies peuvent enfin ouvrir leurs portes depuis le 1er juin. C’est un soulagement autant pour les éditeurs que pour les lecteurs.

Ensuite, le 6 juin, anniversaire du poète Alexandre Pouchkine (1799-1837), est la Journée de la langue russe. La Russie est un pays de littérature, et il est maintenant de tradition d’organiser une fête à cette occasion, sur la place Rouge. Enfin, c’est là l’opportunité de faire retentir la musique vivante de cette langue noble, après l’enfermement imposé par l’épidémie. 

Comment avez-vous obtenu l’accord de Sergueï Sobianine, le maire de Moscou, qui a déclaré que les rassemblements de masse seraient autorisés en dernier lieu ? 

V. G. : Nous ne considérons pas ce festival comme un rassemblement de masse au sens strict du terme. Ce n’est pas un concert ou un match de football, où le public est concentré dans un espace clos pendant un laps de temps restreint. 

Файл:Владимир Григорьев 2018.jpg — Википедия
Vladimir Grigoriev. Photo : wikimedia

La place Rouge mesure près de trois hectares. En outre, la distance obligatoire entre les visiteurs sera supérieure aux normes imposées dans les centres commerciaux. Toutes les mesures recommandées par l’agence de santé [port de masque et de gants, désinfection des stands, ndt] seront respectées. Les conférences et lectures n’accueilleront pas plus de quinze spectateurs à la fois, contre une centaine d’habitude. Certaines auront lieu en ligne. Les concerts sont annulés. 

Par ailleurs, tous les exposants et membres de l’encadrement seront dépistés un ou deux jours avant le début du festival. Enfin, les visiteurs de moins de sept ans et de plus de soixante-cinq ans ne seront pas admis. 

Combien de maisons d’édition seront présentes ? 

V. G. : Plus de deux cents, uniquement moscovites. De même, seuls les habitants de la capitale pourront participer [une autorisation spéciale de déplacement doit pour cela être demandée sur le site de la mairie, ndt]. 

Il y aura aussi des écrivains ? 

V. G. : Naturellement. Entre autres : Andreï Guelassimov, Grigori Sloujitel, Andreï Roubanov, Dmitri Vodennikov… Des lectures seront retransmises en direct dans tout le pays.

Sur internet, beaucoup d’internautes – dont des éditeurs – critiquent le maintien de cette manifestation en pleine épidémie…

V. G. : L’édition est une activité commerciale privée qui a une fonction à la fois culturelle et sociale. Le but des autorités est de dialoguer avec ces entrepreneurs et d’assurer des mesures de soutien en cas de nécessité. Quant au festival, il est gratuit pour les éditeurs et y participe qui veut. 

L’édition a été inscrite sur la liste des secteurs éligibles aux aides de l’État. En quoi consistent-elles ? 

V. G. : Les entreprises du livre ont droit à un report des échéances de paiement (impôts, loyer, dépenses de fonctionnement) ainsi qu’aux mêmes allègements fiscaux que les autres PME (-15 % de charges sociales). Elles ont aussi accès à des prêts à taux réduits. C’est une grande victoire qui doit permettre aux petites maisons d’édition de survivre. 

Le Festival du livre de 2019 sur la Place Rouge, à Moscou, le 1 juin 2019. 
Photo : Gavriil Grigorov / TASS

Si l’industrie du livre a tant souffert, ne valait-il pas mieux allouer le budget du festival au soutien des éditeurs ?

V. G. : Notre pays compte environ deux mille maisons d’édition. Si on répartissait cet argent entre elles, cela leur suffirait à peine à assurer le salaire d’un employé pendant un mois. Au contraire, en maintenant l’événement, nous faisons appel aux lecteurs : nous leur montrons que le secteur du livre est vivant, que des nouveautés sont sorties et qu’elles les attendent dans les librairies.

Dans tout le pays, des événements sont annulés. Comment avez-vous obtenu qu’une exception soit faite pour le festival de la place Rouge ? 

V. G. : Je suppose que tant le Kremlin que la Douma et le gouvernement comptent un certain nombre d’amateurs de littérature. Ces décideurs éclairés savent pertinemment l’importance de permettre aux écrivains, aux acteurs, aux musiciens de se produire devant leur public, afin que la population ait des preuves tangibles de notre retour progressif à une vie normale.