Toute l'équipe du Courrier de Russie fait une pause pour les fêtes. Nous vous souhaitons un joyeux Noël et une bonne année 2021

L’obsession Covid-19

L'obsession Covid-19

Nous sommes tous obsédés par le coronavirus, c’est un fait. Le sujet a remplacé la météo dans les conversations téléphoniques ennuyeuses, et il pourrait aussi la remplacer dans les conversations d’ascenseur, si tant est que nous parlions encore aux inconnus sans craindre d’être contaminés. Y penser, c’est une chose… mais en avons-nous peur ?

Une étude, menée par Rossgosstrakh Jizn, sur la crainte du coronavirus dans chaque région de Russie, attribue aux habitants de Saint-Pétersbourg la première place sur le podium des Russes les plus courageux (ou les plus inconscients) : sur une échelle allant de 0 à 10, un tiers de ses habitants place son niveau de préoccupation à… 0, tout simplement. La vie continue plutôt normalement dans la ville, le confinement y étant beaucoup moins strict qu’à Moscou (en tout cas sur le papier, les contrôles demeurant très relâchés dans la capitale). À l’échelle nationale, environ 40 % des Russes déclarent un niveau de crainte supérieur à 5 sur 10, ce qui reste relativement peu élevé en comparaison de la psychose que l’on a pu observer ailleurs. Les habitants de Vladivostok – les plus proches du foyer initial de l’épidémie – se montrent les plus inquiets : plus d’une personne sur dix a indiqué un degré de préoccupation maximal.

Il reste cependant de l’espoir : des scientifiques de Novossibirsk (où 9,8 % de la population sont inquiets au niveau 10 sur 10) viennent d’annoncer l’existence d’un nouvel allié dans la lutte contre la maladie, en confirmant les puissants pouvoirs anti-virus d’un… champignon local, le « champignon de bouleau » ou polybore oblique : qui sait, la chloroquine sera peut-être bientôt démodée ?

Le fameux Covid-19 est tellement présent dans les conversations et les médias qu’il occulte le reste, et j’ai même eu l’impression que les autres événements non seulement passaient un peu à la trappe, mais aussi se faisaient plus rares : ce qui était autrefois l’objet d’innombrables brèves de presse s’est changé en reportages plus longs, et en maigre quantité. La Fontanka a ainsi consacré un article entier à l’histoire d’une fourgonnette volée, que l’on disait être un laboratoire mobile consacré à l’étude du coronavirus (encore lui), mais qui s’est en fait révélée être un… corbillard, évacué d’une rue où il ne respectait pas l’interdiction de stationnement (à sa décharge, il n’y avait pas de panneau…). Cette histoire, un peu sans queue ni tête, le dispute dans l’absurdité de la semaine avec un autre fait surprenant, survenu dans la même ville : à Saint-Pétersbourg, la semaine dernière, une journaliste acquise à la cause des animaux a poursuivi dans le métro une femme tenant un canard en laisse ; agacée, celle-ci (la propriétaire) a fini par lui mordre la main. Corbillard maquillé en laboratoire clandestin, panneaux imaginaires, canard prenant le métro : tout est normal.

Parfois, la réalité semble même inversée avec l’exactitude d’un miroir : ainsi, dans la région d’Ivanovo se tiendra bientôt le procès de plusieurs policiers pour tentative de vol sur le lieu où ils avaient été appelés afin d’enquêter… sur un vol. Ma note personnelle attribuée à cette nouvelle semaine de coronavirus ? 0 sur 10 en rationalité, 10 sur 10 en maux de tête.