Toute l'équipe du Courrier de Russie fait une pause pour les fêtes. Nous vous souhaitons un joyeux Noël et une bonne année 2021

Défilé numérique pour le Régiment immortel

Défilé numérique
pour le Régiment immortel

Une Moscovite s'inscrit au "régiment Immortel en ligne". Photo : RIA Novosti

Depuis 2012, chaque 9 mai, de Vladivostok à Kaliningrad en passant par Moscou et Novossibirsk (ainsi que Paris ou New York), des millions de Russes défilent en brandissant les portraits des membres de leur famille ayant participé à la Seconde Guerre mondiale. Les célébrations de la victoire de 1945 étant reportée cette année à cause de l’épidémie de covid-19, cette marche – le Régiment immortel – se déroulera en ligne, sur Instagram.

« Les circonstances actuelles sont telles que, ce 9 mai [date du Jour de la Victoire en Russie, ndlr], les rues des villes et des villages ne verront défiler aucun cortège, explique Sergueï Kolotovkine, coordinateur de ce mouvement. Toutefois, comme nous l’avons toujours souligné, cette initiative ne se résume pas à des processions. Il s’agit avant tout de perpétuer la mémoire personnelle et familiale. Rien ne nous empêche donc, cette année, de rendre hommage à nos proches en regardant leurs portraits et en partageant nos souvenirs avec nos enfants. Grâce aux nouvelles technologies, nous pourrons également voir ceux qui, comme nous, veulent connaître, se rappeler, et honorer la génération qui a vécu la guerre. »

Cybercommémoration

Sur le site officiel du Régiment immortel, les organisateurs invitent tous ceux qui le souhaitent à photographier leur famille autour du portrait d’un parent ou d’un proche ayant combattu, participé à l’effort de guerre, rejoint la résistance ou été déporté dans un camp de concentration. Les participants peuvent également raconter l’histoire de cette personne dans une vidéo. « Publiez ensuite votre photo ou votre vidéo sur Instagram avec les mots clefs #RégimentImmortelÀLaMaison #MonRégimentÀLaMaison #RégimentImmortel2020 pour que votre publication apparaisse automatiquement sur le site officiel moypolk.ru », indiquent les organisateurs en précisant qu’après modération, tous les posts seront affichés sur une carte du monde interactive disponible sur le site.

Une famille russo-ukraino-allemande pose avec les portraits de Daria Grigorievna, opératrice de communications sur le front biélorusse en juin 1943, et de Ignati Ivanovitch, mobilisé en Extrême-Orient. Photo: moypolk.ru

« Chaque participant pourra ainsi lire les récits publiés dans n’importe quel endroit du monde et voir qui défile avec lui à l’autre bout de la planète », ajoutent les organisateurs. Par ailleurs, une minute de silence sera observée à 19h00 (heure locale) en mémoire des défunts. Sur les réseaux sociaux, certains appellent à sortir sur les balcons juste après pour chanter la célèbre chanson Le Jour de la Victoire, composée par David Toukhmanov sur des paroles du poète soviétique Vladimir Kharitonov. 

Vladimir Poutine, aperçu dans le cortège à plusieurs reprises ces dernières années, a annoncé qu’il participerait aussi à la manifestation en ligne. « Je soutiens cette idée avec plaisir. Je vais réfléchir à la forme que prendra ma participation. Soyez sûrs que je serai avec vous en pensée et avec le cœur », a déclaré le chef de l’État lors d’une visioconférence avec des bénévoles aidant les personnes âgées pendant l’épidémie de coronavirus.

Une tradition ressuscitée

La toute première action similaire au Régiment immortel remonte à 1965. Des écoliers de Novossibirsk avaient alors défilé dans les rues de leur ville en brandissant des photos de soldats. En 1981, dans la localité de Tatsinskaïa (région de Rostov), des mères vêtues de noir s’étaient rassemblées en portant des portraits des victimes de la Seconde Guerre mondiale. Après la chute de l’URSS, des défilés semblables ont lieu à Novokouznetsk, Kemerovo et Tioumen entre 2004 et 2007. En 2010, à l’initiative de Lioudmila Chvetsova, adjointe au maire de Moscou, la capitale accueille sa première marche. 

Novossibirsk, 1965. Des écoliers défilent dans les rues en brandissant des photos de soldats. Photo : academ.info

La première édition du Régiment immortel proprement dit se tient à Tomsk (Sibérie occidentale) le 9 mai 2012, à l’initiative de trois journalistes souhaitant rendre hommage aux vétérans, de moins en moins nombreux dans les cortèges officiels. D’après eux, les héros qui ont défendu le pays doivent pouvoir assister à la fête – ne serait-ce que symboliquement à travers leurs portraits. Pour ce faire, les journalistes reprennent une tradition soviétique consistant à apporter des photographies de disparus lors de la visite des monuments aux morts.

L’année suivante, des habitants d’autres villes (dont Moscou) se joignent au mouvement, qui devient national et est officiellement enregistré en 2014. Afin d’éviter toute récupération commerciale ou politique, la charte du Régiment immortel interdit tout slogan ou logo.

D’année en année, le mouvement s’internationalise, gagnant d’anciennes républiques soviétiques (Biélorussie, Ukraine, Kazakhstan, Kirghizistan) et des pays tels que les États-Unis, la France, Israël ou encore l’Allemagne. Certains États refusent toutefois d’y participer, à l’instar du Tadjikistan qui, en 2017, justifie cette décision par l’interdiction faite aux musulmans de brandir des portraits de défunts dans la rue.