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Crise économique : le prêt sur gage vital pour les Russes

Crise économique
Le prêt sur gage vital pour les Russes

Les organismes de prêt sur gage, appelés « crédits lombards » en Russie (en référence à la Lombardie, d’où étaient originaires de nombreux banquiers au Moyen Âge), tirent leur épingle du jeu en cette période de crise.

Alexeï, 28 ans, chauffeur de taxi à Irkoutsk, (Sibérie orientale, au bord du lac Baïkal), a toujours eu du mal à joindre les deux bouts. Mais depuis le début du confinement, ses affaires sont catastrophiques : il promène rarement plus de deux clients par semaine. Pour pouvoir continuer de se nourrir, de se loger et de payer la location de sa voiture, il a récemment mis en gage une chaîne en or au mont-de-piété local : « J’étais coincé, je n’avais plus le choix : je n’ai droit à aucune aide de l’État, je n’ai pas d’économies et je n’aurais probablement pas pu obtenir un crédit dans une banque… », confie-t-il.

Profiteurs de crise

Les monts-de-piété pratiquent en effet des taux (6-10 %) bien inférieurs à ceux des banques (8-12 %) ou des organismes de micro-crédit (jusqu’à 30 % pour un prêt à un mois d’échéance) et, surtout, ils prêtent à tout le monde, sans se soucier de la solvabilité du client. Seule condition pour obtenir un prêt : disposer d’un bien (bijoux, fourrures, électroménager, voiture…) à mettre en gage.

Moyen facile et rapide de se procurer de l’argent liquide pour les plus modestes (8 à 10 % des Russes y ont régulièrement recours en temps normal), ce système prospère naturellement en temps de crise : « On a pu le constater en 1998, puis en 2008 et en 2014 : les lombards sont parmi les premiers bénéficiaires des grandes dépressions économiques », souligne Pavel Samiev, responsable des marchés financiers au sein de l’association de PME Opora Rossii, cité par le magazine Expert.

Le guichet d’un prêteur sur gage de Vladivostok. Photo : lombardsofia

Contactés par Le Courrier de Russie, des prêteurs de Iakoutsk (Sibérie), Tver (près de Moscou), Kazan (Tatarstan) et Barnaoul (Altaï) constatent effectivement une hausse des dépôts d’environ 15 % en moyenne. « Je ne suis pas inquiet, confie Vladimir (Kazan). En revanche, on a mal au cœur pour les clients : leur situation se dégrade à vue d’œil… » Selon une étude de l’assureur Rosgosstrakh Jizn et de la banque Otkrytie, à la fin de mars, près des deux tiers des Russes ne disposaient d’aucune épargne, et environ 15 %  affirmer ne pas pouvoir vivre plus de six mois sur leurs économies en cas de perte de leur emploi.

Jugés vitaux pour la population, les monts-de-piété ont été autorisés à ouvrir dans une majorité des régions, malgré le confinement.

Pour éviter que la population perde les objets engagés, la Banque centrale a donc demandé aux prêteurs d’allonger à trois mois (contre un seul en temps normal) le délai avant revente des gages non recouvrés. Selon Alexeï Lazoutine, président de l’Union nationale des lombards, peu de structures seront toutefois en mesure de s’exécuter : « La majorité des organismes survivent précisément grâce à la revente des gages : cet argent est réinjecté dans les prêts, mais couvre également les dépenses de fonctionnement et les salaires », explique-t-il au quotidien RBC.

Automatisation

Jugés vitaux pour la population, les crédits lombards ont été autorisés à ouvrir dans une majorité des régions, malgré le confinement. Dans celles où ces établissements ont fermé, comme la Crimée et les régions de Belgorod et de Toula, la question d’un passage en ligne de leurs activités a été soulevée par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux.

Il s’agit d’une perspective irréalisable à court terme, ont unanimement répondu les professionnels du secteur, qui soulignent que l’estimation des gages nécessite la présence physique d’un commissaire-priseur assermenté. En outre, la loi russe oblige les structures de prêt à conserver les dépôts exclusivement au sein de leurs locaux.

Обзор Custody Bot - GoldMint
Le kiosque automatique Custody Bot. Photo : blog.goldmint

Toutefois, les nouvelles technologies pourraient bientôt changer la donne. Le kiosque automatique Custody Bot, mis au point par l’entreprise russe GoldMint, est ainsi capable d’estimer la valeur de n’importe quel objet en or (l’immense majorité des biens engagés). La machine, qui a l’apparence d’un distributeur de billets, peut également délivrer de l’argent en échange de l’objet évalué. En avril dernier, elle a passé le test de certification de la Banque centrale. Dans son rapport, la commission chargée de la procédure a estimé « l’introduction d’un tel système opportune, sous réserve d’adoption prochaine des projets de loi relatifs à l’identification biométrique de la clientèle et à la dématérialisation de la comptabilité ». Les deux textes sont actuellement étudiés par le parlement. Visiblement confiante, l’entreprise GoldMint a déjà annoncé son intention, dès que le système aura été installé dans toute la Russie, d’exporter plus de 7 000 de ses commissaires-priseurs automatiques.