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Confinement cinq étoiles pour les oligarques russes

Confinement cinq étoiles
pour les oligarques russes

Le yacht "Eclipse" de Roman Abramovitch. Photo : itboat

Le coronavirus n’épargne pas les riches – l’homme d’affaires et mécène orthodoxe Konstantin Malofeïev a d’ailleurs annoncé sa maladie le 29 avril. Depuis le début de l’épidémie, les Russes fortunés tentent de se protéger avec leurs moyens…

« J’ai atterri en Suisse le 30 mars, trois heures avant la fermeture des frontières aériennes russes. Je voulais passer cette période dans un pays raisonnable… La Suisse a un bon système de santé et, globalement, gère bien la crise. Seuls les magasins alimentaires sont ouverts, mais au moins, on peut se déplacer librement », confie, sous couvert d’anonymat, un milliardaire russe au site d’information The Bell.

Selon la base de données du site de suivi des vols ADS-B Exchange, au moment où la Russie décide la suspension des vols internationaux, de nombreux jets appartenant à des milliardaires russes stationnent à l’aéroport de Bâle-Mulhouse-Fribourg. L’aéroport étant un des plus grands centres de maintenance d’avions privés au monde, rien ne dit néanmoins que leurs propriétaires ont tous décidé de se confiner en Suisse. Par exemple, l’homme d’affaires d’origine ouzbèke Alicher Ousmanov (septième fortune de Russie selon Forbes), dont le jet est alors localisé à Bâle, confiait à la fin de mars avoir choisi de passer la période du confinement à Tachkent.

Bourkhan (Airbus A340), le jet privé d’Alicher Ousmanov. Photo : estetikkka.blogspot.com

Courant mars, deux avions privés que l’on attribue au milliardaire Roman Abramovitch (dixième au classement Forbes) ont fait plusieurs allers-retours entre Londres, où il réside, et les Antilles. Manifestement, l’oligarque a choisi de se confiner au soleil : son yacht, Eclipse, mouille actuellement au large de l’île de Saint-Barthélemy, selon le site de suivi du trafic Marinetraffic. Au regard de la taille du yacht (162,5 mètres de long sur 22,4 mètres de large), le propriétaire du club de football de Chelsea pourrait aisément y organiser des entraînements pour ses joueurs (Eclipse est plus long de 50 mètres que le stade londonien de Wembley)…

Roublevka : ruée sur les hôtels particuliers

Les hommes d’affaires russes ne se sont toutefois pas tous réfugiés à l’étranger. Le 4 avril, un autre jet privé, attribué au PDG de Severstal, Alexeï Mordachov, partait de Bâle pour Moscou. Selon l’attaché de presse du milliardaire, cité par The Bell, ce dernier se trouve depuis cette date en Russie, et « respecte à la lettre toutes les mesures de confinement ». Il ne précise toutefois pas comment l’avion a été autorisé à franchir la frontière malgré la fermeture de l’espace aérien…

En règle générale, les milliardaires préfèrent se confiner loin de la ville. « Parmi mes connaissances demeurées en Russie, les deux tiers passent cette période dans la région de Moscou. La Roublevka (la banlieue chic de la capitale russe, ndlr) connaît une véritable renaissance », témoigne l’un d’eux. « On dirait qu’ils sont tous revenus des États-Unis et de Londres pour louer des maisons ici », confirme un riverain.

Les établissements médicaux reçoivent, à intervalles réguliers, l’aide financière de riches mécènes qui les équipent en masques et respirateurs.

Elena Yurgeneva, directrice de l’agence immobilière Yurgeneva Realty, constate effectivement une hausse record – cinq fois supérieure aux indices moyens saisonniers – des locations dans les banlieues chics de Moscou. Au cours de la seule journée du 1er avril, elle a fait visiter treize fois une même maison : « Du jamais vu dans ma carrière », précise-t-elle. « Les clients se ruent sur des hôtels particuliers à 1,7 million de roubles par mois (21 400 euros environ), soit le double du prix du marché, explique-t-elle au Courrier de Russie. Ils acceptent des conditions particulièrement contraignantes, comme le paiement de six mois voire un an à l’avance », ajoute-t-elle tout en reconnaissant que ses clients, dont les plus modestes touchent 450 000 euros par an, peuvent se le permettre…

« La demande porte sur des maisons de  600 à 800 m2, dotées de terrains d’environ 1 500 m2 », précise la directrice d’agence. Selon elle, les biens vacants se comptent désormais sur les doigts d’une main aux alentours de la capitale russe.

Prévenir et guérir

Face au risque de contagion, certains Russes fortunés ont par ailleurs fait l’acquisition de respirateurs artificiels, révélait, à la fin de mars, une enquête du média anglophone The Moscow Times. Interpellé sur la question, le ministère de la Santé s’est alors contenté de préciser que ces appareils, certes disponibles à la vente pour les particuliers [environ 6 300 euros, pièce, ndlr], ne servent toutefois strictement à rien hors d’un hôpital.

Sous couvert de l’anonymat, un employé de l’entreprise Medeq Stars, spécialisée dans les équipements médicaux, explique au Courrier de Russie que la plupart des acheteurs prennent leurs précautions. « Avant de vendre ce type d’appareils à des non-professionnels, nous leur expliquons par le menu comment les utiliser. Mais majoritairement, ces personnes se sont déjà assuré les services de médecins particuliers, qui seront en mesure de les soigner si besoin », indique-t-il.

La Roublevka, la banlieue chic de Moscou. Photo : liveinternet.ru

Nikolaï, médecin réanimateur dans la clinique privée moscovite K+31, confirme : « Se servir d’un respirateur implique de régler la pression et le rythme, de contrôler régulièrement la saturation du sang, etc. Sans spécialiste, un tel appareil est inutile, voire dangereux : on risque de causer de gros dégâts aux poumons. »

« Médecin particulier » ne signifie d’ailleurs pas « médecin à domicile », souligne le réanimateur. « En réalité, ces personnes se sont acheté des respirateurs pour, au cas où elles tomberaient malades, pouvoir les apporter avec elles à l’hôpital et être branchées rapidement. Tout le monde sait que les établissements de santé en manquent, même les cliniques privées les plus onéreuses », explique Nikolaï.

Des rumeurs de « pénurie » que démentent, toutefois, les sources officielles. Selon les autorités russes, le pays a acheté 40 000 nouveaux respirateurs à l’étranger au mois de mars et prévoit d’en fabriquer 6 000 supplémentaires, à destination des hôpitaux, d’ici le début de juillet. Les établissements médicaux reçoivent également, à intervalles réguliers, l’aide financière de riches mécènes, comme le milliardaire Guennadi Timtchenko, qui a déboursé 16 millions d’euros pour les équiper en masques, gants et respirateurs.