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Saint-Pétersbourg : une ONG au secours des SDF

Saint-Pétersbourg : une ONG
au secours des SDF

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, le nombre de sans-abris augmente à Saint-Pétersbourg, qui en compterait déjà plus de cinquante mille selon l’ONG Notchlejka (« Asile de nuit »), obligée d’adapter son travail aux conditions actuelles.

Cinq soirs par semaine, le minibus nocturne de Notchlejka circule dans les rues de Saint-Pétersbourg pour offrir un repas chaud aux sans-abris. « Le nombre de personnes qui l’attendent aux arrêts ne cesse d’augmenter, commente Grigori Sverdline, directeur de l’antenne pétersbourgeoise de l’ONG. Beaucoup se sont retrouvés dans la rue récemment. Avant l’épidémie, la plupart n’avaient pas d’emploi fixe mais effectuaient de petits travaux ponctuels – chargement de marchandises, distribution de prospectus, ménage dans les bars et les cafés – et louaient un lit dans une auberge pour deux cents roubles (2,50 euros) la nuit. Aujourd’hui, la fermeture d’une multitude d’entreprises les prive du moindre travail. » 

En une soirée, l’autobus nocturne effectue quatre arrêts dans la ville. Au premier, situé dans le sud-est, une tente accueille vingt-quatre heures sur vingt-quatre les SDF venus se réchauffer. Chaque soir, les employés et bénévoles de Notchlejka y nourrissent une quarantaine de personnes. 

La minibus nocturne de Notchlejka. Photo : homeless.ru

Après l’ouverture des portes du bus, les bénévoles demandent aux SDF de respecter la distanciation sociale. Chacun doit se désinfecter les mains avant d’obtenir son bol de soupe et reçoit un paquet de lingettes nettoyantes. À l’avant du bus, du linge et des médicaments sont distribués à ceux qui le demandent. 

Confinement oblige, seuls cinq ou six cafés sont encore en mesure de préparer bénévolement des repas chauds pour les SDF.

Au deuxième arrêt, le bus est principalement attendu par des personnes dans le besoin mais disposant d’un logement. « Elles sont moins nombreuses qu’avant, commente Konstantin, le chauffeur du bus, un des vétérans de l’ONG. La majorité respecte le confinement et ne sort pas. Beaucoup sont toutefois obligées de venir parce qu’elles n’ont personne d’autre pour les aider. En général, elles apportent des récipients en plastique et rentrent manger chez elles. » 

Centres d’hébergement confinés 

L’épidémie de coronavirus a contraint Notchlejka à réduire ses activités. Dès le 17 mars, l’ONG a suspendu ses consultations en tête-à-tête. Chaque jour, une cinquantaine de personnes venaient demander conseil à ses juristes et à ses travailleurs sociaux qui les aidaient à obtenir des papiers d’identité, à trouver un emploi, ou à empêcher leur propriétaire de les expulser. Désormais, les rendez-vous se font par téléphone – excluant du même fait un certain nombre de SDF. La laverie que Notchlejka met à la disposition des sans-abris reste quant à elle ouverte, mais ces derniers doivent maintenant remettre leur linge sale à un employé et attendre dans la rue la fin de la lessive. 

Le Covid-19 met également des bâtons dans les roues de l’autobus nocturne. Si, auparavant, une quinzaine de cafés et de restaurants pétersbourgeois soutenaient l’ONG en préparant les repas distribués par ses bénévoles, seuls cinq ou six sont encore en mesure de le faire aujourd’hui. 

Un refuge de nuit de Saint-Pétersbourg. Photo : homeless.ru

Sur les trois centres d’hébergement de Notchlejka, deux ont instauré un confinement strict : ils n’accueillent plus aucun nouveau venu et les SDF qui y logent ne peuvent pas sortir. Le troisième – un refuge de nuit – continue à offrir des lits aux sans-abris, autorisés à partir le matin et à revenir le soir. 

« Nous étions confrontés à un dilemme : laisser les gens dehors ou risquer la contamination, explique Grigori Sverdline. Nous avons décidé de n’abandonner personne la nuit. » À l’entrée du refuge, les employés contrôlent la température des SDF à l’aide de thermomètres sans contact et leur distribuent des masques. « Nous désinfectons régulièrement les locaux et purifions l’air, souligne le directeur. Pour le moment, nous n’avons enregistré aucun cas de contamination. »

Selon les estimations, la Russie compte entre un et quatre millions de sans-abris.

« Dans la rue, les SDF courent constamment le risque d’être contaminés ou de contaminer autrui, souligne l’anesthésiste-réanimateur Sergueï Ievkov, fondateur de l’association Hôpital caritatif, partenaire de Notchlejka. Ils sont en contact les uns avec les autres ainsi qu’avec des personnes qui, pour diverses raisons, ne sont pas confinées – le personnel médical, les agents de police ‒ et avec des individus qui ne respectent tout simplement pas les règles. » 

Démunis face à l’épidémie 

Au début du mois de mars, Notchlejka a publié sur son site une affiche contenant des informations sur le coronavirus et sur l’aide offerte aux sans-abris, en invitant les internautes à l’imprimer et à la coller dans les endroits fréquentés par les SDF afin de leur donner la possibilité de se protéger. 

Un mois plus tard, l’ONG a lancé le programme Ty ne odin (« Tu n’es pas seul ») à Moscou et à Saint-Pétersbourg : les bénévoles déposent dans les rues des sacs contenant des produits de première nécessité ainsi qu’un dépliant décrivant les gestes barrières. D’après les membres de Notchlejka, la plupart des sacs se sont retrouvés dans les mains de personnes qui en avaient manifestement besoin – à l’exception du conducteur d’une BMW, qui a ramassé un sac et est parti sans demander son reste… 

Bénévoles du programme Ty ne odin (« Tu n’es pas seul ») à Moscou, le 6 avril 2020. Photo : rtvi

Notchlejka a conscience que ce type d’action isolée est insuffisant pour protéger les nombreux SDF présents dans toutes les grandes villes de Russie (entre 1 et 4 millions de personnes selon les estimations). Dans l’espoir que les autorités s’attaquent au problème, la direction de l’ONG a adressé, à la fin du mois de mars, une lettre aux ministères de la Santé et de l’Emploi ainsi qu’au gouverneur de Saint-Pétersbourg, leur demandant de créer davantage de refuges pour les citoyens précarisés par le confinement.

« Nous n’avons reçu aucune réponse, commente Grigori Sverdline. Partout en Europe – que ce soit en France, en Allemagne, en Suisse ou au Royaume-Uni –, des salles de sport et des hôtels vides sont transformés en refuges. À Paris, trois mille nouveaux lits ont été proposés aux SDF. Seule la Russie ne fait rien… »