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La télémédecine en plein essor

La télémédecine en plein essor

L’épidémie de coronavirus a accéléré le développement de la télémédecine en Russie. Des milliers de  Russes – touchés ou non par le Covid-19 – se soignent actuellement à domicile et consultent leur médecin à distance. 

Entre le 17 mars et le 7 avril, les spécialistes du Centre moscovite de télémédecine ont ainsi effectué plus de sept mille consultations à distance de malades présentant les symptômes du coronavirus, selon Anastasia Rakova, adjointe au maire de Moscou chargée des questions sociales. Joignable vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le centre compte plus de deux cents employés, dont une majorité de médecins généralistes. Par téléphone ou visioconférence, ils analysent l’état des malades, leur font des recommandations et répondent à leurs questions. 

Une nécessité actuelle 

Le recours accru à la télémédecine ne se limite pas aux seuls patients atteints du Covid-19. Nombre de cliniques dans le pays – privées pour la plupart – sont passées au télétravail et proposent des consultations en ligne pour tous. 

« C’est tout à fait logique compte tenu de la situation actuelle, estime Anton Vladzimirski, vice-directeur scientifique du Centre télémédical de diagnostic et de technologie de Moscou. D’une part, l’inquiétude suscitée par l’épidémie engendre dans la population un besoin croissant d’information fiable. De l’autre, les mesures de confinement obligent à prendre des précautions et à éviter au maximum les contacts – quand c’est possible. » 

« Cette technologie permet de réduire le risque de complications et d’hospitalisations superflues. »

Les services de psychologie sont particulièrement concernés par le phénomène. « Nous passons progressivement aux consultations en ligne, commente Ekaterina Narkevitch, psychologue clinicienne. Neuf patients sur dix se plaignent de gêne respiratoire due au climat anxiogène. Dans de nombreux cas, nous pouvons les aider à distance. » 

Les patients atteints de maladies chroniques ou d’un cancer, les personnes âgées et les femmes enceintes sont également très demandeurs de ce type de consultation. 

Gain de temps 

Si beaucoup semblent découvrir la télémédecine en cette période de pandémie, cette pratique se développe en réalité depuis plusieurs décennies à travers le pays. Elle est notamment utilisée par les professionnels médicaux pour communiquer entre eux, s’échanger des documents (résultats d’analyse, radiographies, etc.) ou des conseils. Un réseau national connecte les établissements de santé fédéraux aux cliniques régionales, tandis que les médecins travaillant en régions peuvent consulter des spécialistes reconnus sans avoir à se déplacer. 

Consultation au Centre de télémédecine de Moscou, le 7 avril 2020. Sergei Fadeichev / TASS

Selon un rapport de la Cour des comptes, en 2018, les communications à distance entre praticiens concernaient majoritairement les résultats d’électrocardiogrammes (80 %) et de radiologie (15 %), tandis que les contacts entre les centres fédéraux et les cliniques locales avaient le plus souvent pour objet le suivi de patients atteints d’un cancer. 

Cette année-là, la loi encadrant les consultations médicales à distance – restreintes aux consultations de suivi des patients – est votée. Soutenue par 90 % des médecins, selon un sondage du Fonds pour le développement des initiatives internet, elle était particulièrement attendue en raison du manque d’effectifs dans le secteur médical (entre 40 % et 60 % seulement des postes sont occupés dans les hôpitaux). Dans les coins les plus reculés du pays, les patients doivent parfois parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour consulter un spécialiste. 

« En période de confinement, l’autorisation des ordonnances numériques viendrait à point nommé. »

Anton Vladzimirski souligne également le rôle central désormais joué par la télésurveillance dans le suivi de pathologies chroniques, telles que l’hypertension : les données des tensiomètres manipulés de manière autonome par les malades sont automatiquement transmises aux médecins qui peuvent ainsi à tout moment adapter les traitements. 

Il s’agit là d’un véritable gain de temps et d’efficacité, aux yeux de nombreux praticiens. « Cette technologie permet de réduire le risque de complications et d’hospitalisations superflues », commente le vice-directeur scientifique du Centre télémédical de diagnostic et de technologie de Moscou. Des initiatives similaires existent pour les patients souffrant de pathologies cardiaques (électrocardiographe portable) ou urinaires (analyseur portable d’urine), et pour les diabétiques (glucomètre). Tous ces équipements de télésurveillance sont, en outre, produits en Russie. 

Des prescriptions en question 

Néanmoins, il reste encore un long chemin à parcourir avant que la téléconsultation ne devienne la norme. « Il s’agit, après tout, d’une nouvelle approche qui doit encore être améliorée », souligne Anton Vladzimirski.

Le chef du service de radiothérapie de l’Université médicale d’État de Samara forme un médecin de l’hôpital central de Kinel, le 24 avril 2020. Photo : sgpress.ru

Les principales interrogations sont liées aux premières consultations, pour lesquelles aucun protocole fiable n’existe actuellement. « Un groupe de travail sera bientôt chargé de dresser une liste de solutions simples et rapides permettant le passage en ligne de la relation médecin-patient », affirme Boris Zingerman, directeur général de l’association Base nationale des connaissances médicales, qui travaille sur une série d’amendements susceptibles d’être bientôt examinés par le Parlement, coronavirus oblige. 

Se pose également la question des ordonnances : un médecin peut-il prescrire un médicament en s’appuyant uniquement sur un échange en ligne avec le patient ? L’expérience étrangère montre que, dans près de la moitié des cas, la prescription d’antibiotiques à distance n’est pas justifiée. 

Par ailleurs, si les technologies numériques sont aujourd’hui utilisées pour la délivrance de certificats médicaux, la prise de rendez-vous et la mise à jour du dossier médical, les ordonnances papier restent, quant à elles, obligatoires. « C’est un problème majeur, regrette Iouri Sivolap, professeur à l’Université de médecine Setchenov, à Moscou. Il est actuellement très difficile pour les personnes souffrant d’anxiété, de dépression ou de schizophrénie de se faire renouveler leur ordonnance et d’obtenir leurs médicaments : beaucoup de médecins sont confinés, les consultations ambulatoires sont suspendues. Le passage aux ordonnances numériques viendrait à point nommé. » 

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Ekaterina Pitchouguina

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