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Moscou confinée

Moscou confinée

Le dimanche 29 mars, en fin de journée, le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a imposé un confinement strict à l’ensemble des habitants de la capitale russe à partir de ce lundi 30 mars et jusqu’au 14 avril.

Le décret pris par M. Sobianine stipule que les moscovites sont désormais autorisés à sortir de chez eux en cas d’urgence vitale, afin de se rendre dans un magasin d’alimentation, une pharmacie ou sur leur lieu de travail (pour ceux qui ne travaillent pas à distance), de sortir leurs poubelles ou de promener leur animal de compagnie (dans un rayon de cent mètres autour du lieu d’habitation). 

Le respect de ces consignes sera contrôlé par un « système de surveillance intelligent », qui devrait notamment mettre à contribution les 30 000 caméras à reconnaissance faciale que compte la ville. Sanctions et amendes, en cas d’infraction, sont en cours de débat au parlement de Moscou.

« L’objectif de ces mesures est avant tout que les gens ne sortent de chez eux qu’en cas de réelle nécessité. »

En outre, dans les jours qui viennent, un système d’autorisations de sortie, dont les modalités n’ont pas été dévoilées, sera mis en place. Selon le site d’information Meduza, il pourrait prendre la forme d’un code-barres de type QR, mentionnant le nom et l’adresse de son porteur, à télécharger sur son smartphone depuis le site de la mairie. 

Afin d’assurer les besoins fondamentaux des 12 millions de personnes vivants dans la capitale, ainsi que la continuité des services publics, un certain nombre d’établissements demeureront ouverts. C’est le cas, entre autres, des magasins d’alimentation et des pharmacies (avec, parfois, des horaires réduits), des banques, des services administratifs et des stations-essence. Les restaurants proposant un service de vente à emporter sont également autorisés à ouvrir leurs portes. Enfin, les transports en commun fonctionneront à la même fréquence que les jours fériés. 

Les transports en commun se vident, mais restent fonctionnels à fréquence réduite dans la capitale.
Photo : adm.podolsk.ru

La mairie de Moscou tient à préciser que les accès à la ville ne sont pas fermés, et que les Moscovites souhaitant en sortir (ou y entrer) le peuvent sans restriction. « L’objectif de ces mesures est avant tout que les gens ne sortent de chez eux qu’en cas de réelle nécessité », a expliqué un haut fonctionnaire au quotidien RBC.

Le pouvoir « pas entendu » 

Ce soudain durcissement des mesures dans la capitale russe aurait été provoqué par l’absence de réaction de la population aux premières mesures de confinement mises en place par les autorités. « Nous n’avons pas été entendus », écrit d’ailleurs M. Sobianine sur la page de son site expliquant son décret. 

Pourtant, le 25 mars dernier, quand Vladimir Poutine prenait la parole à la télévision, l’ensemble des écoles et des universités étaient déjà passées à l’enseignement à distance, tandis qu’un grand nombre d’entreprises avaient opté pour le télétravail.

Le 30 mars, à la mi-journée, 302 nouveaux cas de contamination étaient recensés en Russie, soit une hausse de 20 % en vingt-quatre heures. 

Au cours de son allocution, le chef de l’État indiquait à ses compatriotes qu’afin de restreindre au minimum les déplacements, la semaine du 30 mars au 5 avril serait chômée. Il les appelait également à rester chez eux. La mairie de Moscou, de son côté, annonçait la fermeture, effective dès le 28, de tous les lieux publics (centres commerciaux, parcs, restaurants) à l’exception des magasins d’alimentation et des pharmacies. 

La veille de cette intervention présidentielle, Sergueï Sobianine, qui coordonne la lutte contre le coronavirus sur le plan national, avait clairement fait savoir à Vladimir Poutine qu’il considérait le nombre officiel de cas de contamination dans le pays comme largement sous-estimé et que la situation sanitaire dans les régions était préoccupante. 

La Place Rouge, presque vide, le dimanche 29 mars 2020. Photo : Constantine Gulyaev

Force est de constater qu’en dépit des mesures adoptées, destinées à les protéger du virus, les Moscovites sont loin de se confiner. Si les cafés et les restaurants sont désormais déserts et si les déplacements en métro et en taxi sont en chute libre (respectivement -44 % et -31 % par rapport à l’année dernière à la même époque), l’animation s’est reportée dans les cours d’immeuble. Scènes vues ce weekend : des aires de jeu où résonnent les cris des enfants qui se chamaillent ; des adolescents discutant, agglutinés sur les bancs ; des boxeurs amateurs improvisant des combats, à défaut de pouvoir s’entraîner dans leur salle, fermée depuis une semaine…

Vers un confinement national ? 

Si le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confié à l’agence TASS que le pouvoir jugeait bonnes les mesures prises par la mairie de Moscou, elles ne font pourtant pas l’unanimité dans la classe politique russe. Pour le sénateur Andreï Klichass, président du Comité sénatorial sur la législation, le maire de la capitale n’a pas le droit d’interdire les déplacements de ses administrés, toute limitation des droits et des libertés devant être décrétée par une loi fédérale. En d’autres termes, « seuls le parlement et le président peuvent prendre une telle décision », explique-t-il. 

Le député Iouri Sinelchikov partage ce point de vue, mais y apporte toutefois une nuance : « Sobianine est dans son droit si l’on interprète ses déclarations comme des recommandations. D’ailleurs, pour l’instant, les éventuelles infractions ne sont pas sanctionnées », a-t-il déclaré à l’agence Interfax. 

Le Premier ministre, Mikhaïl Michoustine, a appelé, de son côté, les autres régions à prendre des mesures de confinement total. Selon l’urbaniste et blogueur Ilya Varlamov, toutes finiront par s’y résoudre : « Les gouverneurs seront tenus pour responsables [par le pouvoir central] en cas de propagation du virus. Ils vont donc faire comme Moscou, au cas où… », estime-t-il.

Le 30 mars, à la mi-journée, 302 nouveaux cas de contamination étaient recensés en Russie, soit une hausse de 20 % en vingt-quatre heures. 

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