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Coronavirus : les Russes entre scepticisme et angoisse

Coronavirus
Les Russes entre scepticisme et angoisse

En quelques jours, le nombre de victimes du coronavirus a doublé en Russie, atteignant 147 le 18 mars. Le gouvernement intensifie les mesures d’endiguement de l’épidémie.

À partir du 18 mars, l’entrée sur le territoire russe est interdite à tous les ressortissants étrangers. Même la frontière avec la Biélorussie, le plus proche allié de la Russie, a été fermée. Localement, les écoles moscovites n’ouvriront pas entre le 21 mars et le 12 avril, et de plus en plus d’employeurs autorisent le télétravail.

Plan d’urgence

Le Premier ministre, Mikhaïl Michoustine, est en train, de son côté, de mettre en place un plan d’urgence de soutien de l’économie : selon le ministère des Finances, les entreprises russes perdent un milliard de roubles (douze millions d’euros) par jour. Pour l’heure, il est question d’un fonds de 300 milliards de roubles (3,64 milliards d’euros), destiné à amortir les pertes de chiffre d’affaires et à indemniser les personnes retenues en quarantaine.

Les secteurs du tourisme et du transport aérien bénéficieront de l’indulgence du fisc en cas de retard de paiement. Cette mesure pourrait rapidement être étendue à d’autres domaines d’activité. Selon le quotidien économique Vedomosti, les prélèvements des PME pourraient être décalés d’un trimestre, et certaines aides financières élargies. Les entreprises d’État pourront, de leur côté, reporter de six mois maximum leurs contributions budgétaires. Des avances seront octroyées aux régions pour la réalisation de plans régionaux de développement.

Les douanes russes vont, en outre, créer un couloir de dédouanement rapide pour les biens de première nécessité importés par les grandes enseignes de la distribution.

Hier, les employés de l’aéroport de Moscou Sheremetyevo vérifiaient encore méticuleusement les passagers. La Russie a fermé ses frontières aux étrangers le 18 mars 2020. Photo : rs.n1info

Du côté des mesures médicales, le chef du gouvernement a demandé à ce que les personnels de santé se trouvant en première ligne de la lutte contre le coronavirus touchent des primes significatives. Le plan vise aussi à favoriser la production de tests de dépistage. Dans la soirée du 17 mars, Vladimir Poutine a signé un décret autorisant la commande en ligne et la livraison à domicile des médicaments délivrés sans ordonnance.

Enfin, deux cellules de crise ont été créées. Le Conseil de coordination, dirigé par le Premier ministre, est l’organe principal de lutte contre le coronavirus. Le Groupe de travail près le Conseil d’État, dirigé par le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, est chargé de la coopération interrégionale.

Se préparer au pire

Tandis que les autorités se préparent doucement au pire en essayant de n’en pas donner l’air, la panique s’empare peu à peu de la population russe. Dans les pharmacies, les masques et le gel désinfectant sont en rupture de stock, tandis que le paracétamol se fait de plus en plus rare. Sel, savon, allumettes, pâtes et produits laitiers n’ont pas encore disparu des rayons des supermarchés, mais on commence à manquer de papier toilette, de riz et de haricots. Face aux premières photos de rayons vides, diffusées sur les réseaux sociaux dans l’après-midi du 16 mars, MM. Poutine et Michoustine ont pris ensemble la parole, le 17, pour appeler la population au calme et assurer qu’aucune pénurie n’était en vue. La ruée dans les magasins (enseignes en ligne comprises) s’est aussitôt accentuée.

En cas d’arrêt total de l’économie, la Russie se nourrira de biscuits à base de mayonnaise, de confitures de pommes de pin et de soupes d’ortie !

En matière d’approvisionnement et de réserves, les Russes ont l’habitude du système « D ». Pendant la période soviétique, les pénuries étaient fréquentes, et beaucoup de familles ont gardé l’habitude d’entasser bocaux et paquets dans des placards où les piles de savonnettes et de tubes de dentifrice côtoient la farine, le sucre et les tomates marinées. Certaines mères de famille se tiennent déjà prêtes à ressortir le livre de recettes « extrêmes » hérité de leur mère ou grand-mère. En cas d’arrêt total de l’économie, la Russie se nourrira de biscuits à base de mayonnaise, de confitures de pommes de pin, de salades de pissenlits et de soupes d’ortie !

En dépit des rumeurs annonçant la prochaine mise en quarantaine de Moscou (démenties par les autorités de la capitale), tous les habitants ne semblent pas mesurer l’ampleur de la situation internationale. Certains s’inquiètent même pour leurs congés du début de mai, qu’ils devront probablement annuler. « Entre les billets d’avion non remboursables et les chambres d’hôtel prépayées, ça va faire cher les vacances à Moscou… », se plaint Marina, employée dans une grande compagnie publique.

Quant à ceux qui reviennent de l’étranger, leur respect des quatorze jours de quarantaine est contrôlé par les caméras de surveillance du système « Ville sûre ». Ils sont également susceptibles de recevoir la visite inopinée d’un médecin… Les récalcitrants surpris à prendre l’air au lieu de rester confinés chez eux encourent une amende maximale de 1 000 euros et jusqu’à cinq ans de prison (en cas de contamination d’un tiers).

Le papier toilette, une denrée rare en période de crise… Photo : Le Courrier de Russie

L’application de ces mesures ne semble toutefois pas systématique. Il y a plusieurs semaines, une Moscovite racontait l’histoire suivante sur les réseaux sociaux (elle a ensuite supprimé sa publication) : trois jours après son retour d’Italie, elle sort ses poubelles dans la cour de son immeuble ; le soir, elle reçoit la visite de la police, qui l’emmène dans un hôpital accueillant les personnes suspectes ; faute de place, elle est ensuite raccompagnée chez elle… Elle n’a même pas été verbalisée.

Une autre Moscovite constate : « Je suis rentrée de Rome avec ma fille. À l’aéroport, on nous a fait remplir des papiers, on nous a dit de rester deux semaines chez nous, et c’est tout. On ne nous a même pas donné de masque pour rejoindre notre domicile ! Quant à mon mari et mon fils, qui vivent avec nous, rien ne les oblige à rester à la maison… » Ce n’est plus le cas depuis une semaine, la mesure de quarantaine s’appliquant à tous ceux qui vivent au domicile d’une personne potentiellement infectée.

Rumeurs et scepticisme

Adeptes de l’automédication et des théories complotistes, les Russes contribuent abondamment à la diffusion de légendes urbaines concernant le coronavirus. Tandis que les uns affirment que le virus se transmet par les piqûres de moustique (le climat de la Russie la protège donc au moins jusqu’à mai…), les autres font de l’urine de nourrisson un remède efficace. Il paraît aussi que la neige fait disparaître le virus – et que les sèche-cheveux l’exterminent à coup sûr –, mais que la toux le propulse à plus de huit mètres (contre à peine un mètre selon les scientifiques). Quant aux masques à usage unique, ils peuvent être portés indéfiniment à condition d’être enduits d’une solution de chlore et d’éthanol. Autres produits prophylactiques préconisés par l’internet russophone : l’ail (en usage interne) et l’huile de sésame (en usage externe). Sans oublier la vodka (en usage interne et sans modération) !

« Il y a trente millions de personnes atteintes du VIH dans le monde, mais les gens préfèrent mettre des masques que des préservatifs. »

« Nous observons une campagne de désinformation massive, visant à attiser les peurs et à susciter des mouvements de panique », constate le président de la commission de développement des médias de la Chambre civique, Alexandre Malkevitch. Chaque jour, des milliers de messages sont ainsi partagés sur les réseaux sociaux, les uns annonçant la fin prochaine des stocks alimentaires, les autres reprenant de prétendues études britanniques qui prédiraient la mort de 80 % de la population mondiale d’ici à un an…

Selon une publication particulièrement « populaire » sur la Toile, Moscou compterait en réalité 20 000 personnes contaminées, et les autorités s’apprêteraient à fermer tous les magasins. « Le but de ce message est de pousser les consommateurs à se rendre dans les supermarchés pour acheter des conserves », explique le médecin infectiologue Ilya Akinfeïev. S’il est bien sûr possible que les responsables du marketing de quelque enseigne de la grande distribution aient ainsi voulu exploiter la peur des gens, rien ne dit que la fausse information ne soit pas due à des particuliers s’amusant à semer la panique dans la ville.

Ce couple de Berdsk, près de Novossibirsk, a opté pour le port du masque à gaz. Photo : nsktv.ru

Pendant que l’atmosphère s’alourdit dans les rues, du côté du corps médical, la pandémie mondiale est observée avec un certain scepticisme. Beaucoup de médecins s’étonnent qu’un virus finalement proche, dans ses symptômes, d’une grippe virulente, ait réussi à paralyser l’économie mondiale. « Beaucoup de mes collègues universitaires et infectiologues tombent des nues devant la réaction exagérée des gens. Il y a trente millions de personnes atteintes du VIH dans le monde [plus d’un million en Russie, ndlr], mais les gens préfèrent mettre des masques que des préservatifs », souligne Elena Kondratieva, médecin généraliste.

« En Russie, des millions de personnes souffrent d’infection des voies respiratoires. Officiellement, il en meurt 40 000 par an – 100 000 en réalité. Les cas de décès liés au coronavirus concernent des patients atteints de pathologies graves : or c’est toujours le cas avec ce type d’infection ! », souligne Pavel Vorobiov, président de la Société moscovite des médecins généralistes.

Il considère d’ailleurs que le COVID-19 n’est plus en mesure de menacer sérieusement la Russie : « Nous observons une baisse de la contagiosité du virus. Il semble qu’il se transmette beaucoup moins, désormais, par les gouttelettes expulsées en parlant ou en toussant que par le contact prolongé. Aucune explosion du nombre de cas ne devrait donc se produire en Russie. »

Pour l’heure, selon les données officielles – fièrement répétées par les chaînes fédérales –, l’écrasante majorité des cas de contamination recensés en Russie concernent des personnes ayant voyagé dans une zone à risque au cours des dernières semaines.

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La crise du coronavirus n’est pas synonyme de baisse d’activité pour tout le monde. Selon Forbes, le milliardaire Vladimir Evtouchenkov a ainsi vu sa fortune augmenter de 53 % en quelques mois. Il faut dire qu’il possède Medsi, premier réseau de cliniques privées du pays.

 

30 septembre 2020
  1. Voici la vidéo du Pr Raoult, spécialiste mondial des virus, en date d’hier.
    De quoi rester zen et appréhender la maladie en totale conscience.
    Le peuple de France va réagir et mettre en échec la politique actuelle du pouvoir, face au virus.
    Les médecins devraient intervenir énergiquement et s’imposer, dans un délai rapide.

    Prenez soin de vous.
    Catherine.

    Coronavirus, analyse des données épidémiques dans le monde : diagnostiqu… https://youtu.be/K7g4WKoS_6U via @YouTube

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