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Des vacances de Noël à crédit

Des vacances de Noël à crédit

Selon un sondage du Centre panrusse d’étude de l’opinion publique (VTsIOM) paru le 26 décembre 2019, 3 % des Russes ont prévu de passer leurs vacances de Noël hors de leur pays cette année. C’est plus que l’année dernière, malgré la crise économique qui touche durement le budget des ménages.

Les réservations des voyagistes ont ainsi bondi en cette fin d’année. « Sur certaines destinations, nous constatons de 17 % à 50 % de hausse par rapport à l’an dernier », commente Maïa Lomidze, directrice de l’Association des voyagistes de Russie. Cet hiver, ses compatriotes se rendront principalement en Thaïlande, aux Émirats arabes unis, à Cuba, en République dominicaine, au Vietnam ou encore en Turquie. En plus d’offrir la chaleur et le soleil qui ont déserté la Russie depuis le début de l’automne, ces pays n’exigent pas de visa pour les séjours touristiques de courte durée – à la différence de l’Union européenne ou des États-Unis.

Une reproduction de la cathédrale Basile-le-Bienheureux sous le soleil de Turquie. Photo : Vestikavkaza.ru

Au-delà des complexités administratives, véritable obstacle aux déplacements de nombreux Russes, l’Europe est également considérée comme plus chère que l’Asie ou l’Amérique du Sud. « Les vols charters sont rares, et le prix des liaisons régulières a augmenté de plus de 10 % en un an. Quant aux hôtels, ils proposent peu de réductions sur cette période, » explique Mme Lomidze. Qu’ils se rendent à Rome pour visiter le Colisée et les musées du Vatican, ou dans les Alpes pour skier, les consommateurs russes se trouvent en « concurrence » directe avec les touristes locaux, au pouvoir d’achat supérieur. Pour rappel, le salaire brut moyen est légèrement inférieur à 700 euros en Russie, et les revenus réels y sont en baisse quasi constante depuis cinq ans.

Exception française

Cependant, il en faut plus pour décourager des Russes loin de bouder le Vieux Continent : « La demande est 15 % à 20 % supérieure à celle enregistrée l’an dernier », souligne Svetlana Baranova, porte-parole de Tez Tour, un des plus grands voyagistes russes. Les principales destinations concernées sont les stations de ski de Bulgarie, d’Autriche, d’Italie, de France et d’Albanie. Leurs clients russes ont généralement un portefeuille bien garni. « La classe moyenne part en Europe plutôt en été. L’hiver, elle peut difficilement se permettre les lourdes dépenses qu’impliquent les sports d’hiver, et opte pour l’Asie ou l’Amérique du Sud », précise Svetlana Baranova.

Le tourisme intérieur est en nette progression depuis quelques années.

La France fait exception à cette règle. « Paris occupe une place particulière dans le cœur des Russes. Les gens aux revenus modestes sont nombreux à s’y rendre également en hiver, explique Svetlana Baranova. Ils sélectionnent à l’avance des hébergements bon marché, dressent la liste des endroits à visiter et budgètent scrupuleusement leur voyage. » Quelle que soit la conjoncture économique, un nombre stable de Russes (généralement aisés, certes) continuent de fréquenter les Alpes françaises, en particulier Courchevel et Méribel.

Tourisme domestique

Si de nombreux Russes n’hésitent pas à recourir au crédit à la consommation pour s’offrir des vacances au soleil, comme le rapportait cet été une étude de VTsIOM, la principale explication de la croissance du tourisme hivernal est, pour de nombreux professionnels, la baisse générale des prix pratiqués par les transporteurs et les hôteliers. « Un séjour tout compris en hôtel trois étoiles revient cet hiver à 1 200 euros par personne, contre 1 600 à 1 800 euros ces dernières années », rappelle la directrice de l’Association des voyagistes de Russie. Une baisse également observée sur l’hébergement bon marché (sans excursions ni visites) et les vols charters.

Au demeurant, l’augmentation des ventes de séjours à l’étranger ne doit pas masquer une réalité : toujours selon VTsIOM, l’écrasante majorité des Russes (68 %) resteront à la maison cet hiver, et 28 % d’entre eux voyageront dans leur pays. Le tourisme intérieur est d’ailleurs en nette progression depuis quelques années. Au début de 2019, les professionnels du secteur prévoyaient une nouvelle hausse de plus de 10 %, après une année 2018 record. Les destinations les plus populaires sont Sotchi, Anapa et la Crimée (annexée en 2014) pour la mer Noire, Saint-Pétersbourg, Moscou, Kazan, Veliki Oustioug (le village du Père Noël russe), et les villes de l’Anneau d’Or, situées autour de la capitale.

La station de ski de Roza Khoutor, dans le Caucase, près de Sotchi. Photo : turproezdka.ru

« Les centres de vacances et de remise en forme affichent souvent complet », précise M. Barzykine, vice-président de l’Union russe du tourisme. « Contrairement à l’an dernier, où la majorité des Russes réservait à la dernière minute, cette année, les meilleurs hébergements du territoire de Krasnodar, de Crimée et des stations thermales de Stavropol, n’étaient déjà plus disponibles au début du mois de novembre », commente Maïa Lomidze.

Avec le développement constant des infrastructures d’accueil, les séjours proposés sont accessibles à toutes les bourses. Pour quatre nuitées dans le territoire de Krasnodar (sud du pays), la note varie ainsi entre 29 et 5 109 euros.