Cécile Delpal : « Mon mari
n’a rien à faire en prison »

Le 14 février dernier, l’homme d’affaires français Philippe Delpal était arrêté pour escroquerie et incarcéré avec plusieurs de ses associés, dont l’Américain Michael Calvey, l’un des plus anciens investisseurs étrangers en Russie, créateur du fond d’investissement Baring Vostok. En avril, un tribunal de Moscou a prolongé la détention provisoire de M. Delpal jusqu’au 14 juillet prochain (permettant au seul Michael Calvey – assigné à résidence – de retrouver sa famille). L’appel interjeté par ses avocats devrait être examiné le 21 mai. Cécile Delpal, épouse de l’homme d’affaires, a accepté de rencontrer le Courrier de Russie à la veille de cette audience.

Le Courrier de Russie : Comment se porte votre mari ?

Cécile Delpal : Il va bien, le moral est bon. Je sais aussi qu’il est nourri correctement et qu’il dort bien. Il est détenu dans de bonnes conditions.

LCDR : Pouvez-vous lui parler directement ?

C. D. : Non, c’est impossible. Je n’ai pas le droit de lui parler ou de le voir. Je ne suis autorisée qu’à lui écrire. Si je le fais en russe, la lettre met de un à trois jours pour lui parvenir. En français, il faut compter un délai de trois semaines… Je m’efforce donc d’écrire en russe : je rédige d’abord en français, puis j’utilise un traducteur sur internet. Ensuite, je corrige le texte, je change certains mots, avec plus ou moins de succès : parfois, mon mari me répond qu’il n’a pas compris ce que je voulais lui dire…

Pour me répondre, Philippe utilise le même procédé. Mais lui doit écrire à la main. Il dicte ses lettres en anglais à un de ses compagnons de cellule, qui les traduit. La lettre est ensuite scannée avant de me parvenir.

LCDR : Votre mari parle russe ?

C. D. : Un peu. En tout cas, sûrement mieux aujourd’hui qu’à son arrivée en prison. La cellule est équipée d’un poste de télévision qui diffuse uniquement des chaînes russes. Un seul de ses « collègues » parle anglais. Et puis, cela fait quinze ans que nous vivons ici, nous avons pris quelques cours. Il ne se débrouille pas si mal. Au travail, il arrivait à suivre beaucoup de réunions en russe.

LCDR : Qui sont ses « collègues » de cellule ?

C. D. : Ils sont trois. C’est à peu près le même profil : des « détenus économiques ».

Philippe Delpal au tribunal de Basmanny à Moscou le 15 février 2019. Crédit : Gazeta.ru

LCDR : Il n’a donc pas été mêlé à d’autres types de prisonniers…

C. D. : Non. Pour commencer, il ne se trouve pas vraiment en prison mais en détention provisoire. Ce n’est pas la même chose, le procès n’a pas encore eu lieu. Il est incarcéré au centre de détention Matrosskaïa tichina, qui n’est pas à proprement parler un quartier VIP, mais qui, dirons-nous, n’est pas le pire. Il y a là-bas beaucoup de respect à l’égard des personnes détenues. En contrepartie, les règles sont un peu plus strictes au niveau de la communication. Mais le consulat de France m’a assurée que l’impossibilité de rendre visite à mon mari n’était pas une mesure spécifique à son encontre, que c’était une pratique habituelle dans ce genre d’affaire.

LCDR : Comment votre mari a-t-il vécu la libération de Michael Calvey le 11 avril dernier, aujourd’hui assigné à résidence ?

C. D. : Je ne prétendrai pas qu’il s’en est beaucoup réjoui. Malgré tout, il était soulagé, content pour lui, tout en se disant – et j’ai pensé la même chose – que, si Mike était sorti, lui pourrait être le prochain. En tout cas, c’est ce que m’ont rapporté ses avocats. Dans nos lettres, nous n’avons pas abordé la question.

LCDR : Ne s’est-il pas interrogé sur la différence de traitement dont il est l’objet ?

C. D. : Je ne peux rien affirmer, nous n’en avons pas parlé. Bien sûr, il peut en vouloir au système judiciaire russe, ça oui ! Mais pour Mike, je pense qu’il était sincèrement content.Bien que sa famille vive à Londres, nous nous connaissons personnellement. Depuis les arrestations, je vois régulièrement sa femme, Julia. Nous nous téléphonons, nous entretenons de bonnes relations.

« Il est écrit que j’ai le droit d’appeler un avocat. Pourquoi ne puis-je pas le faire ? – On est en Russie… »

LCDR : Est-ce que vous, votre mari ou ses avocats, arrivez à expliquer cette différence de traitement entre Michael Calvey et Philippe Delpal ?

C. D. : Non… [Silence] On a tout dit sur le sujet : certains prétendent que c’est pour faire pression sur Philippe, d’autres que les autorités américaines seraient plus actives que les françaises… Franchement, je ne sais pas.

LCDR : Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulée l’arrestation de votre époux ?

C. D. : Le 14 février, nous sommes tous à la maison, mon réveil vient de sonner. Il est 6h30. Le temps de me lever, de réveiller mes deux filles qui doivent aller au lycée, on sonne à la porte. Je me dis que ça doit être le gardien qui veut que je déplace la voiture pour pouvoir déblayer la neige. J’ouvre sans méfiance – je n’avais aucune raison de me méfier. Je découvre une dizaine d’hommes, habillés en noir. Ils me présentent leur carte. Il y a un interprète qui s’adresse à moi en français : « Bonjour Madame, c’est la police, le FSB [les Services de sécurité intérieure, ndlr]. Où est M. Philippe Delpal ? – Il est là. – Nous souhaiterions le voir. – Très bien, je vais le chercher. » Et ils me suivent. Philippe sort de la chambre et, dès cet instant, la machine se met en route. Ils nous demandent de nous réunir dans la salle à manger, toute la famille, y compris nos deux filles. Immédiatement, ils récupèrent nos téléphones portables. Ils nous proposent que les enfants attendent dans une autre pièce durant notre entretien. Mais nous avons tenu à rester ensemble, d’autant que nos filles parlent russe couramment et que l’interprète était parfois un peu hésitant.

LCDR : Qu’est-ce qu’ils vous demandent ensuite ?

C. D. : J’avoue que c’est un peu flou aujourd’hui. J’ai vécu tout ça, mais il y a des zones qui restent obscures dans ma mémoire… Je sais qu’ils nous lisent nos droits, en russe, et que l’interprète les traduit au fur et à mesure. Ensuite, celui-ci nous tend un papier sur lequel ces mêmes droits sont écrits en français. Nous comprenons alors que nous pouvons appeler un avocat. Je ne sais plus si nous étions autorisés à appeler l’ambassade, mais un avocat oui, c’était écrit. Toutefois, quand nous le demandons, on nous oppose un refus ! Philippe insiste, c’est vraiment un dialogue de sourds. Il leur dit : « Il est écrit que j’ai le droit d’appeler un avocat. – Oui, c’est écrit, mais ce n’est pas possible. » Philippe finit par leur demander : « Si c’est écrit, pourquoi est-ce que je n’ai pas le droit ? » Là, ils répliquent : « On est en Russie. »

LCDR : Est-ce qu’ils vous expliquent pourquoi ils sont là ?

C. D. : Tout de suite, je ne sais pas… Mais oui, sans doute. Ils ont dû lui parler de Baring Vostok, de son travail… C’est une bonne question… Je ne sais plus… Est-ce qu’ils nous ont vraiment dit précisément pourquoi ils venaient ? Je pense qu’ils ont dû citer des noms – que je ne connais pas mais que Philippe connaissait, lui.

Michael Calvey lors d’une audience au tribunal de Basmanny le 15 avril 2019. Crédit : Mir24

LCDR : Quelle était l’attitude des enquêteurs ?

C. D. : Ils étaient très respectueux, très calmes. Nous avions le droit d’aller aux toilettes. Les enfants ont pu aller manger. Bien sûr, on était toujours accompagnés, où que l’on aille dans l’appartement. Même quand ils ont fouillé la maison, ils l’ont fait très calmement. Ils ont déplacé les meubles, les livres, ouvert les tiroirs, mais ils ont tout rangé ensuite. Tout s’est passé très correctement.

Ensuite, ils ont dressé le procès-verbal. Et ça, c’est très long ! Ils établissent l’identité de toutes les personnes présentes. Ils décrivent l’appartement, le nombre de pièces, leur disposition. Ils répertorient aussi tous les objets saisis (les clés USB, les téléphones, les passeports…). Nous avons une collection de billets provenant de tous les pays que nous avons visités : ils ont tout noté ! Ils sont restés chez nous huit heures au total.

LCDR : Ils ont saisi vos passeports ?

C. D. : Ils ont pris celui de Philippe, ainsi que sa carte d’identité. Pour mes filles et moi, ils en ont seulement noté les numéros et nous les ont rendus. D’ailleurs, nous pouvons voyager, nous ne sommes pas obligés de rester en Russie. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est un choix.

LCDR : Au bout de huit heures, les enquêteurs repartent avec votre mari. Comment cela se passe-t-il ?

C. D. : Vers quinze heures, ils disent à Philippe : « On va vous emmener. On vous conseille de bien manger. » Il se force alors à avaler quelque chose. Il prend une douche, prépare des vêtements pour deux-trois jours, ils s’en vont… Et je ne l’ai pas revu depuis. Sauf aux audiences.

LCDR : Comment s’exprime le soutien des autorités françaises ? Êtes-vous tenue informée des démarches entreprises ?

C. D. : Je suis au courant de certaines démarches. Des représentants du consulat rendent régulièrement visite à Philippe, toutes les deux ou trois semaines. Ils me donnent à chaque fois des nouvelles. J’ai rencontré l’ambassadeur, Sylvie Bermann, à deux reprises. Nous avons son soutien, elle est informée, elle est en relation avec plusieurs personnes. Elle discute beaucoup avec l’ambassadeur américain. Je peux également appeler l’ambassade à tout moment, j’ai les numéros personnels de plusieurs personnes.

On sait bien qu’en Russie, si on a des amis bien placés, on arrive à obtenir certaines choses. C’est de moins en moins vrai, mais ça existe encore…

LCDR : Au-delà de la représentation diplomatique à Moscou, êtes-vous satisfaite du soutien des autorités françaises ?

C. D. : Je n’ai pas d’avis, parce que je… je ne le perçois pas directement. Je pense que les autorités françaises nous soutiennent totalement, mais je ne connais pas les détails, on n’est pas venu m’en parler.

LCDR : Disposez-vous d’informations indiquant que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a évoqué le sort de votre époux auprès des autorités russes ?

C. D. : Oui, j’ai eu ce genre d’information. Mais je ne peux pas en parler.

LCDR : Par qui Philippe Delpal est-il défendu ?

C. D. : Uniquement par des avocats russes. À ce jour, il y en a trois, engagés par Baring Vostok, et un que nous avons pris personnellement. Ils travaillent ensemble. En tous cas, je l’espère. L’un d’eux parle français, un autre parle anglais. Et d’après ce qu’ils me disent de l’évolution de l’affaire – même si je ne comprends pas tout –, je suis pour l’instant satisfaite de la ligne de défense adoptée.

LCDR : Le 18 avril dernier, Vladimir Poutine recevait, au Kremlin, des dirigeants de grandes entreprises françaises implantées en Russie. À cette occasion, Patrick Pouyanné, le patron de Total, s’est inquiété, devant le président russe, du sort réservé à votre époux. Cela a-t-il eu des conséquences ?

C. D. : Je sais que Boris Titov [le délégué aux droits des entrepreneurs près le président de la Russie, ndlr] a rendu visite à Philippe. Pour le reste, on verra lors de l’audience d’appel qui devrait se tenir le 21 mai. Si mon mari est libéré, c’est sans doute que cette rencontre avec Vladimir Poutine aura été utile. Mais pour l’heure, Philippe est en prison et on ne peut rien faire.

Patrick Pouyanné (au centre) lors de la rencontre entre Vladimir Poutine et des chefs d’entreprises françaises, le 18 avril, au Kremlin. Crédit : CCIFR

LCDR : Qu’est-ce qui choque le plus les gens de votre entourage dans cette affaire ?

C. D. : Le fait qu’un litige commercial soit jugé au pénal. Pourquoi ? Il y a des dizaines d’affaires du même genre qui surviennent chaque jour. De plus – en tout cas, pour ce que j’en ai compris –, un jugement a été rendu, sur une partie du dossier, en Grande-Bretagne [la Cour d’arbitrage international de Londres a donné raison, le 26 mars dernier, à M. Calvey, dans un litige commercial l’opposant à son principal accusateur, Artiom Avetissian, co-fondateur de la banque Vostotchny, ndlr]. Nous sommes en Russie, mais quand même : une limite a été franchie.

LCDR : Cela fait quinze ans que vous vivez ici. Vos amis russes expriment-ils un quelconque soutien à votre égard ?

C. D. : Ils sont complètement derrière nous. Toutefois, eux aussi nous disent : « On est en Russie. » Et il est vrai qu’ici… bon, on le sait, si on a des amis bien placés, on arrive à obtenir certaines choses. C’est de moins en moins vrai, mais ça existe encore.

Si Philippe est libéré, à moins que l’on nous mette à la porte, je ne vois pas pourquoi nous quitterions la Russie.

LCDR : Vous aimez ce pays ?

C. D. : Oui, beaucoup, il est très attachant. Je ne m’intéresse pas vraiment à la politique, mais j’ai appris à connaître les Russes et je me suis beaucoup attachée à eux ; à Moscou aussi, où nos enfants ont grandi. Notre fille cadette est née ici. Certes, le premier contact avec la ville a été très dur. Quand je suis arrivée à Moscou, j’ai pleuré… comme beaucoup de gens ! Mais je pleurerai aussi en partant, c’est certain.

En vivant ici, on relit l’histoire apprise en France, à l’école. On comprend mieux la mentalité des Russes en prenant conscience de ce qu’ils ont vécu. Quand on voit ce qu’ils arrivent à faire malgré tout ce lourd passé, on ne peut être qu’admiratif !

LCDR : Comment êtes-vous arrivés à Moscou ?

C. D. : À la fin de 2003, on a proposé un poste à Philippe. Il m’a demandé mon avis. C’était une super-opportunité professionnelle pour lui, alors on est partis ! Ma mère m’a dit : « Tu vas faire la queue dans les magasins… » Je lui ai répondu : « On verra ! » Je ne me suis pas du tout renseignée sur le pays avant notre départ, je n’ai pas pris de guide de voyage. Je suis partie, comme ça…

LCDR : Quand votre mari sera libéré, pensez-vous rester ici ?

C. D. : En l’état actuel des choses, oui. Notre fille doit passer son bac l’année prochaine, et nous voudrions qu’elle le fasse ici. C’est ce qui était prévu, et ce serait dur pour elle de tout changer. À moins que l’on nous mette à la porte – ce qui peut toujours arriver –, je ne vois pas pourquoi on partirait. Si, le 14 juillet, on nous dit que Philippe est libéré et que nous sommes libres de faire ce que nous souhaitons, alors nous resterons. Nous ne nous dirons absolument pas que nous devons partir en vitesse pour le cas où tout recommencerait. Je reste assez sereine, en fait.

Le centre de détention Matrosskaïa tichina, où est détenu Philippe Delpal. Crédit : RBC

LCDR : Comment vivez-vous cette période au quotidien ?

C. D. : Je vous avoue qu’il y a des hauts et des bas. Mais nous sommes très entourées, mes filles et moi. Je m’étonne moi-même de rester aussi sereine et confiante. Je reconnais être un peu découragée, parfois, face à certains tracas, notamment administratifs, dont Philippe s’occupe d’habitude. Par exemple, les deux déclarations d’impôt, en Russie et en France. Pour le reste, je continue à voir mes amies, je poursuis mes activités au sein de différentes associations francophones et au lycée. Cela me permet de maintenir un rythme de vie. En revanche, je dois rester joignable en permanence pour les avocats, qui peuvent à tout moment me demander un renseignement, un document, la copie d’une lettre.

C’est un peu plus dur les jours d’audience. Il faut vraiment être « blindé ». Cela ne ressemble pas du tout à ce que l’on peut imaginer, ou à ce que montrent des plaidoiries les films français ou américains. Philippe et ses avocats prennent la parole – souvent –, ils argumentent longuement sur l’innocence de mon mari, expliquent pourquoi il ne devrait pas être en prison. La partie adverse, elle, ne répond pas… C’est d’autant plus frustrant qu’à la fin, la décision rendue est favorable à l’accusation et que Philippe est renvoyé dans sa cellule. On vient de démontrer par a + b qu’il n’a rien à faire en prison, qu’il s’agit d’un litige commercial, et en face, personne ne dit rien ! Je n’ignore pas que le juge dispose du dossier, mais cette manière de procéder est troublante. Pour finir, on vous dit que l’accusation a raison, alors qu’elle n’a pas ouvert la bouche.

LCDR : Et comment vont vos filles ?

C. D. : Elles vont bien. Avec le lycée, elles ont un rythme de vie régulier. Je sais qu’elles parlent parfois de leur père avec des camarades ou des professeurs qui demandent des nouvelles. De manière générale, les gens n’ont pas changé de comportement à notre égard.

LCDR : Que ce soit dans la presse, dans la société russe, et dans votre entourage, on a l’impression d’une sorte de bienveillance vis-à-vis de votre mari…

C. D. : C’est vrai. Je me rends compte que Philippe, par son travail, était amené à rencontrer beaucoup de monde à Moscou. Et surtout, il est bien vu. Il est conseiller du commerce extérieur, il a de nombreuses activités annexes. Finalement, tout Moscou est venue me voir, si je peux m’exprimer ainsi. De nombreuses personnes que je ne connaissais pas et qui occupent des postes importants dans les affaires, Français, Russes, Allemands, m’ont témoigné leur soutien. Tous me parlent de Philippe comme de quelqu’un de fiable, d’honnête, avec qui il est plaisant de travailler. C’est vraiment très réconfortant de voir tous ces gens qui viennent vers nous, cela nous aide beaucoup.

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Propos recueillis par Jean-Claude Galli et Julien Braun

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