Reconstruction de Notre-Dame : Moscou propose son aide

Dans la nuit du 15 au 16 avril 2019, un incendie a ravagé une grande partie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. L’incident a profondément touché les Russes, nombreux à suivre en direct le combat des pompiers contre les flammes.

Ce mardi 16 avril, dans la matinée, Vladimir Poutine a envoyé un télégramme à Emmanuel Macron : « Notre-Dame est un symbole historique de la France, un trésor inestimable de la culture européenne et mondiale, ainsi qu’un des plus importants sanctuaires de la chrétienté. Le malheur qui a frappé Paris cette nuit a eu un écho douloureux dans le cœur des Russes. »

Des mots qui résument parfaitement l’état d’esprit d’un pays bouleversé par l’incendie parisien.

« Une perte irréparable »

Dans la soirée du 15 avril, déjà, des réactions officielles se font entendre. L’ambassade de Russie à Paris évoque, sur Twitter, « une perte irréparable pour Paris, la France et l’humanité entière ».

Pour Konstantin Kossatchev, président du comité international du Sénat russe, le monument parisien fait partie du « patrimoine de l’humanité », et la Russie doit proposer son aide à la France pour sa restauration. « Moscou est prête à envoyer à Paris ses meilleurs restaurateurs », ajoute le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui laisse entendre que le bois russe pourrait servir à la reconstruction des charpentes détruites.

« Les vieilles pierres de l’Europe sont une part de l’âme des Russes et de leur histoire spirituelle. »

« Il importe maintenant de comprendre et d’évaluer les efforts nécessaires pour ressusciter ce grand monument universel. Naturellement, nous ferons tout ce que nous pourrons pour aider les Français », enchérit Mikhaïl Chvydkoï, ancien ministre russe de la Culture et actuel représentant spécial du président de la Fédération de Russie pour la coopération culturelle internationale. Une proposition qui fait écho à la collecte de fonds, organisée dans les musées, et annoncée par le ministère de la Culture. L’ancien maire d’Ekaterinbourg, Evgueni Roïzman, voit, quant à lui, dans la reconstruction de la cathédrale « un grand projet national », et souhaite aux Français de réussir.

La cathédrale Notre-Dame en feu le 15 avril 2019. Crédit : AP Photo/Thibault Camus

En Ukraine l’incident a donné lieu à une polémique. Le politologue Taras Berezovets, proche du pouvoir, a ainsi twitté sur « la chance d’Emmanuel Macron : la visite de Volodymyr Zelensky a ravagé seulement la cathédrale et laissé le palais de l’Élysée intact ». Rappelons que le 12 avril dernier, le président français recevait MM. Zelensky et Porochenko, les deux candidats au second tour de la présidentielle, qui se tiendra le 21 avril prochain. Le message, partagé par le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkine, a fait réagir l’ambassadrice de France à Kiev, Isabelle Dumont, qui a répondu, en russe, sur le réseau social : « Vous n’avez pas honte ? »

Drapeau en berne

Du côté des autorités religieuses, le porte-parole de l’Église orthodoxe russe, Vakhtang Kipchidze, partage la douleur de « tous les catholiques », rappelant le caractère œcuménique des reliques conservées dans la cathédrale parisienne. « Les vieilles pierres de l’Europe sont une part de l’âme des Russes et de leur histoire spirituelle », déclare également l’archiprêtre Nikolaï Balachov. Pour lui, cet incendie est « un signe à méditer ».

Les grands musées russes ont également relayé l’information et présenté leurs condoléances aux Parisiens et aux Français. Pour l’Ermitage de Saint-Pétersbourg (dont le drapeau est en berne), la tragédie parisienne « rappelle une nouvelle fois l’attention constante que nécessite la préservation des chefs d’œuvre de l’art ». Interrogée par RIA Novosti, la directrice générale de la galerie Tretiakov de Moscou, Zelfira Tregoulova, « trouve incroyable qu’en 2019, à l’heure des technologies de pointe, une des plus belles créations humaines disparaisse ainsi sous les yeux du monde entier ». Le groupe des musées du Kremlin a d’ores et déjà annoncé qu’il mettait ses meilleurs spécialistes à la disposition des autorités françaises en vue de la restauration de l’édifice.

Drapeau en berne au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Crédit : Twitter

« C’est horrible : nous parlons quand même d’un site historique ! – se désole, pour sa part, Viatcheslav Petkoune, qui incarne Quasimodo dans la version russe de la comédie musicale Notre-Dame de Paris. Bien sûr, ce que je ressens n’est rien face à la douleur des Parisiens. C’est vraiment triste. »

Même sentiment de tristesse dans la population. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes publient des messages de condoléances ou de soutien, souvent accompagnés de photos personnelles du monument, un des préférés des Russes.

Une fois le feu maîtrisé, de nombreux internautes russes saluent le travail et le courage des pompiers français.

À Moscou, les témoignages de sympathie s’accumulent devant l’ambassade de France, déposés par des anonymes aux yeux rougis par les larmes : des fleurs, des messages… et des billets de banque, en prévision de la collecte mondiale qui sera lancée pour la restauration de l’édifice. « J’ai passé la nuit à guetter les nouvelles. En tant que chrétienne, je suis vraiment sous le choc », confie Alina, étudiante à Moscou originaire de Sébastopol (Crimée), venue déposer un bouquet de fleurs.

Comme nombre de ses compatriotes, la jeune fille a suivi le drame en direct à la télévision, sur les chaînes d’information et sur internet (des sites d’information comme Gazeta.ru ont couvert l’incendie toute la nuit). Une présence médiatique qui a pu mettre mal à l’aise certains observateurs. « Notre-Dame de Paris est en flammes ! Suivez l’incendie en direct et en exclusivité sur notre antenne !… Et tout le monde regarde… comme pour s’imprégner de cet événement historique où disparaît un des piliers de l’Ancien Monde. Dans le même temps, nous le remplaçons par un de nos nouveaux dieux, le flux d’information… », écrit sur Facebook Marina Akhmedova, journaliste au Rousski reporter.

Surenchère médiatique

« Dernière messe à Paris », « L’incendie de Notre-Dame, un symbole pour l’Europe » (Izvestia), « L’histoire de France en flammes » (Komsomolskaïa pravda) : au lendemain de l’incendie, certains journaux tentent de donner à l’incident une signification générale et symbolique.

La presse n’est pas seule à chercher explications et coupables. L’écrivain Edouard Limonov relaie sur sa page Facebook « un cri de l’âme de Paris » (la source n’est pas citée) : « Je suis sous le choc devant l’incompétence des restaurateurs et le manque de réaction des pompiers […]. Je pleure… Dans quelques jours, je ne serais pas surpris qu’on nous parle d’une trace russe… ».

« Dernière messe à Paris » en Une des Izvestia du 16 avril. Crédit : Izvestia

Sur Instagram, Ksenia Sobtchak, présentatrice de télévision et candidate malheureuse à la présidentielle russe de 2018 (1,68 % des voix), croit connaître le fin mot de l’histoire : « Aujourd’hui, Notre-Dame n’est plus. On saura un jour la raison réelle de l’incendie, mais moi, je la connais depuis longtemps. Elle dépasse largement la question de savoir qui a craqué l’allumette. » Pour elle, l’incendie serait un symbole de cette France où l’on casse des vitrines de luxe tous les samedis. Et la reine du show-bizness de se demander « ce qu’on construira à la place, dans un pays où un habitant sur cinq s’appelle Mohammed. #ripnotredame ».

Rappelons toutefois qu’aux dernières nouvelles, la cathédrale ne s’est pas effondrée. Comme le soulignent de nombreux internautes, qui sont nombreux à saluer le travail et le courage des pompiers français, et certains médias (« Les cathédrales ne meurent pas – ou pourquoi il ne faut pas faire d’un malheur une apocalypse », titre le portail Republic), le feu est désormais éteint, la plupart des vitraux sont intacts, de même que la structure ou les statues mises en sécurité en raison des travaux de restauration en cours.

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Julien Braun

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