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Cyrille, patriarche de la rupture

Le 27 janvier 2009, Cyrille, métropolite de Smolensk et de Kaliningrad, devenait le deuxième patriarche de l’Église orthodoxe russe depuis l’effondrement de l’URSS – et la fin de près de quatre-vingts ans d’athéisme d’État. Son élection suscitait, au sein de la communauté des fidèles, les espoirs des conservateurs autant que des libéraux. Dix ans plus tard, la première Église du pays est confrontée à de multiples difficultés, de sa perte d’influence en Ukraine au désamour des intellectuels.

Aujourd’hui, selon l’institut de sociologie de l’Académie des sciences de Russie, 79 % des Russes se disent orthodoxes, 4 % se déclarent musulmans et 9 % croient « en une puissance supérieure » (les athées sont de moins en moins nombreux dans le pays). Cependant, les Russes sont seulement 6 % à fréquenter l’église au moins une fois par semaine, et 18 % prient quotidiennement, révèle une enquête du cabinet international Pew Research. De fait, l’un des plus grands défis de l’Église orthodoxe contemporaine est d’orienter de simples croyants vers une pratique régulière et institutionnelle. En 2009, la plupart des responsables religieux voyaient en Cyrille le candidat idéal pour y parvenir, d’où sa désignation par les évêques et son élection à la quasi-unanimité par le Concile plénier, composé de représentants du clergé et de laïcs délégués par tous les diocèses.

Conservateur tendance pro-occidentale

À ce moment-là, Cyrille – à l’instar de Vladimir Poutine – passe pour un conservateur modéré, dont la réflexion s’inspire du potchvennitchestvo, courant de pensée porté notamment par l’écrivain Fiodor Dostoïevski et prônant l’enracinement dans le sol natal (potchva désigne le sol, la terre).

Dans le même temps, plusieurs éléments de son parcours le rapprochent de l’Occident. Durant la période soviétique, Cyrille séjourne longtemps en Europe, d’abord en tant que membre du Conseil œcuménique des Églises, puis comme administrateur des paroisses patriarcales de Finlande.

Il bénéficie de la protection du métropolite Nicodème (Rotov), connu pour sa sympathie envers le catholicisme : c’est lui qui obtient, en 1969, que les catholiques soient autorisés à communier dans les églises orthodoxes. Le patriarcat de Russie ne reviendra sur cette décision qu’en 1986.

Cyrille est d’emblée considéré comme un homme ouvert au monde. Alors que les évêques orthodoxes sont généralement peu enclins à dialoguer avec la société, le futur patriarche se fait connaître par son activité de missionnaire : dans les années 1990 et 2000, il anime une émission de télévision consacrée à la religion sur une grande chaîne nationale. À l’époque, ses interlocuteurs saluent ses dons d’orateur et son érudition. Le père Vsevolod Tchapline, longtemps proche de lui, se souvient également de sa grande capacité d’écoute. Toutefois, selon plusieurs membres de son entourage, l’homme commence à changer après sa nomination à la plus haute dignité religieuse du pays.

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Igor Gachkov

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Le Tatarstan entre renouveau musulman et islamisation

En 2005, la mosquée Koul-Charif était inaugurée au cœur du kremlin de Kazan, érigé au XVIe siècle par un Ivan le Terrible vainqueur des Tatars. Aujourd’hui, les enseignes halal fleurissent dans les rues de la capitale du Tatarstan. Sur les rives de la Volga, « le grand fleuve russe » qui coule dans l’est de la Russie européenne, se côtoient depuis des siècles christianisme (orthodoxe) et islam. Parmi les groupes ethniques de confession musulmane que compte la Fédération de Russie (20 millions de musulmans), les Tatars sont les plus nombreux avec 6 millions de personnes (4 % de la population totale), dont un tiers vit sur le territoire de ses ancêtres. Les adeptes de l’islam sont d’ailleurs majoritaires (54 % contre 44 % d’orthodoxes) dans cette république de la Fédération de Russie où s’étendait, il y a quelques siècles, le puissant khanat de Kazan. Médecins, instituteurs et banquiers halal Officiellement, les autorités locales promeuvent la diversité confessionnelle. Président du Tatarstan de 1991 à 2010, Mintimer Chaïmiev a ainsi toujours gardé ses distances avec la question religieuse. Toutefois, ces dernières années, l’attitude du kremlin de Kazan (comme à Moscou, la résidence officielle du chef de la république se situe dans l’ancienne forteresse de la ville) a peu à peu évolué : il est aujourd’hui de bon ton, pour les responsables politiques, de faire publiquement leur namaz (la prière) et de se préparer ostensiblement pour le pèlerinage de La Mecque. Les débats s’enflamment régulièrement autour de la construction « imminente » d’une clinique halal à Kazan, où le matériel utilisé exclurait, par exemple, les composants d’origine animale et l’alcool. Foi et culture musulmanes sont aussi plus visibles sur la place publique. « Depuis quelque temps, à Kazan et dans d’autres villes de la région, les restaurants et magasins d’alimentation halal se multiplient », relève Mikhaïl Chtcheglov, directeur de la Société de la culture russe, une ONG indépendante. Il évoque aussi des projets de jardins d’enfants réservés aux musulmans et des expériences de i-banking (« i » pour « islamique »…) tentées par les établissements financiers. « De la nourriture halal est de plus en plus souvent servie dans les écoles sans que les parents d’élèves en soient toujours informés, alors que les familles chrétiennes orthodoxes sont encore très nombreuses », poursuit M. Chtcheglov, qui insiste sur l’ignorance des droits des non-musulmans que constitue ce genre de pratique. La tolérance de cette part chrétienne de la population du Tatarstan servirait même d’étalon au pouvoir lorsqu’il s’agit de prendre des mesures religieusement orientées dans les domaines de la santé ou de l’éducation : il suffit de lancer une rumeur puis, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur WhatsApp(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

17 décembre 2018

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