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Le Tatarstan entre renouveau musulman et islamisation

En 2005, la mosquée Koul-Charif était inaugurée au cœur du kremlin de Kazan, érigé au XVIe siècle par un Ivan le Terrible vainqueur des Tatars. Aujourd’hui, les enseignes halal fleurissent dans les rues de la capitale du Tatarstan.

Sur les rives de la Volga, « le grand fleuve russe » qui coule dans l’est de la Russie européenne, se côtoient depuis des siècles christianisme (orthodoxe) et islam. Parmi les groupes ethniques de confession musulmane que compte la Fédération de Russie (20 millions de musulmans), les Tatars sont les plus nombreux avec 6 millions de personnes (4 % de la population totale), dont un tiers vit sur le territoire de ses ancêtres. Les adeptes de l’islam sont d’ailleurs majoritaires (54 % contre 44 % d’orthodoxes) dans cette république de la Fédération de Russie où s’étendait, il y a quelques siècles, le puissant khanat de Kazan.

Médecins, instituteurs et banquiers halal

Officiellement, les autorités locales promeuvent la diversité confessionnelle. Président du Tatarstan de 1991 à 2010, Mintimer Chaïmiev a ainsi toujours gardé ses distances avec la question religieuse. Toutefois, ces dernières années, l’attitude du kremlin de Kazan (comme à Moscou, la résidence officielle du chef de la république se situe dans l’ancienne forteresse de la ville) a peu à peu évolué : il est aujourd’hui de bon ton, pour les responsables politiques, de faire publiquement leur namaz (la prière) et de se préparer ostensiblement pour le pèlerinage de La Mecque.

Les débats s’enflamment régulièrement autour de la construction « imminente » d’une clinique halal à Kazan, où le matériel utilisé exclurait, par exemple, les composants d’origine animale et l’alcool.

Foi et culture musulmanes sont aussi plus visibles sur la place publique. « Depuis quelque temps, à Kazan et dans d’autres villes de la région, les restaurants et magasins d’alimentation halal se multiplient », relève Mikhaïl Chtcheglov, directeur de la Société de la culture russe, une ONG indépendante. Il évoque aussi des projets de jardins d’enfants réservés aux musulmans et des expériences de i-banking (« i » pour « islamique »…) tentées par les établissements financiers.

« De la nourriture halal est de plus en plus souvent servie dans les écoles sans que les parents d’élèves en soient toujours informés, alors que les familles chrétiennes orthodoxes sont encore très nombreuses », poursuit M. Chtcheglov, qui insiste sur l’ignorance des droits des non-musulmans que constitue ce genre de pratique.

La tolérance de cette part chrétienne de la population du Tatarstan servirait même d’étalon au pouvoir lorsqu’il s’agit de prendre des mesures religieusement orientées dans les domaines de la santé ou de l’éducation : il suffit de lancer une rumeur puis, […]

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Igor Gachkov, Kazan-Moscou

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