Affaire Skripal : Sale temps pour le Bureau des légendes russe

En Russie, les services secrets sont respectés et craints. Leurs agents passent pour des êtres tout-puissants et au-dessus des lois. Pourtant, les histoires drôles mettant en scène des espions capables du meilleur, mais surtout du pire, sont légion. Sans doute est-ce là une manière de surmonter sa peur, contre laquelle le rire – c’est bien connu – est le meilleur des remèdes. La récente « affaire Skripal » offre aux Russes une nouvelle occasion de puiser dans le génie de leur humour populaire.Les premières histoires drôles soviétiques sur les « kaguébistes » (agents du KGB, ou Comité pour la sécurité de l’État) remontent à l’après-guerre. En pleine guerre froide, le tableau va de soi : des personnages présentés comme des êtres simplets, totalement inoffensifs, qui boivent de la vodka en mangeant des morceaux de bœuf en conserve dans les couloirs de la chancellerie du Reich.

Stierlitz l’ambivalent

L'un des plus fameux détournements humoristiques concerne le « super-espion Stierlitz », héros de la mini-série télévisée Dix-sept moments de printemps, diffusée pour la première fois en 1973 et immédiatement devenue culte. Dans ces films, l’acteur Viatcheslav Tikhonov interprète l’espion soviétique Maxim Issaev qui, à Berlin, en 1945, se fait passer pour le Standartenführer SS Max Otto von Stierlitz. Il campe un agent secret brillant, intrépide et noble, qui parvient, seul ou presque, à pénétrer le saint des saints du Reich nazi et à déjouer les plans de toute l’élite hitlérienne.Mais, dans les blagues populaires qui détournent son personnage, Stierlitz n’a rien du Superman qu'il est à l'écran. C’est un imbécile, incapable, par exemple, de comprendre pourquoi il ne faut pas se promener dans les rues de Berlin avec son parachute ouvert dans le dos ! Dans une autre parodie, il découvre, sur le mur des toilettes de la chancellerie du Reich, le graffiti « Stierlitz est un porc et un espion russe ». Outré, notre « héros » biffe le mot « espion » et corrige : « agent secret »…C’est précisément cette niaiserie qui le rend invulnérable, selon un schéma bien connu de tous les enfants russes : dans les contes du folklore slave, c’est le personnage d’Ivanouchka-douratchok (Ivan « le simplet », « l’idiot ») qui sort vainqueur de toutes les épreuves, et non ses frères aînés, plus intelligents.Ce schéma n’est pas étranger aux Anglais, d’ailleurs, qui ont, certes, leur irrésistible James Bond, mais qui rient franchement de son alter ego gaffeur : Johnny English, l’espion le plus empoté et le plus incompétent de Sa Majesté,

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Ivan Davydov

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