Retour aux sources : Les Russes à la reconquête de la Russie

Intellectuels, hauts fonctionnaires, hommes d’affaires, les citadins en mal de romantisme achètent des maisons et de vastes domaines loin des mégapoles du pays, et tentent de redonner vie aux campagnes russes.

La civilisation agraire a fait son temps, nous dit-on. Aujourd’hui, le mode de vie traditionnel, centré sur les travaux des champs, ne saurait subsister que dans les régions du Sud de la Russie, dans ces « terres noires » où l’agriculture reste une activité lucrative, estime la géographe Natalia Zoubarevitch, de l’université de Moscou. Et encore, poursuit-elle, même dans ces régions, les exploitations agricoles n’ont plus recours à une main d’œuvre pléthorique : là où des centaines de paysans étaient jadis nécessaires, le travail est désormais effectué par des unités mécanisées. Au nord de la Russie, « les campagnes se vident encore plus rapidement », assure la géographe. « C’est un processus objectif, ajoute-t-elle, qu’on peut infléchir seulement par la contrainte ou par l’émergence de facteurs extérieurs au développement économique ».
Or, il existe en Russie des romantiques qui souhaitent inverser cette tendance. Leurs efforts pourraient même se révéler d’autant plus efficaces que ces néo-ruraux sentimentaux ne sont pas si rares : des milliers de citadins originaires de Moscou et des villes de tout le pays tentent de réinvestir les villages de Russie.

Des villageois d’un nouveau type

À 200 km au nord-est de Moscou, non loin de Iaroslavl, se trouve Kourba, un village aussi ancien que célèbre : aux XVe et XVIe siècles, il était le domaine d’une famille aristocratique, les Kourbski, dont le plus illustre représentant, le prince Andreï, fut l’ami d’enfance d’Ivan le Terrible. Il s’exila de Moscou en 1564 et entretint avec le tsar une polémique épistolaire, premier témoignage de « dissidence russe » de l’Histoire.
Kourba est aujourd’hui un village typique de la région de Iaroslavl. Une école, mais pas d’hôpital. Des routes goudronnées, mais pas de travail.
Et puis, il y a cette magnifique cathédrale des années 1770, qui a offert au village un regain d’intérêt, même auprès des Moscovites.
« Dès que j’ai aperçu la cathédrale de la Vierge de Kazan et son plan hexadécagonal, j’en suis tombée amoureuse, confie Olga Chitova, directrice de la fondation Bely Iris, spécialisée dans la restauration d’églises anciennes isolées dans les campagnes russes. Comment un tel trésor architectural et spirituel, un lieu empreint d’une telle force peut-il se retrouver dans un état aussi lamentable, me suis-je demandé ? Et j’ai compris qu’il n’y avait personne pour s’occuper de la restauration et que cette tâche me revenait. C’est comme ça que j’ai créé notre fondation ».

« Nous venons très souvent, à Noël, à la Trinité… Nous avons donc décidé d’acheter une maison il y a longtemps. Aujourd’hui, il est presque impossible d’en trouver une en vente à Pojarichtché.

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Anton Razmakhnine

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Mégaloparcs

L’été indien qui s’est achevé il y a dix jours a permis aux Moscovites de profiter pleinement des nouveaux espaces verts qui n’en finissent plus de fleurir dans leur mégapole. Des sentiers sinueux, une lumière nocturne provenant des réverbères dissimulés par les arbres : le « Bois de bouleaux », au nord-ouest de Moscou, a quelque chose de la Cité des Elfes du Seigneur des anneaux. Ici, quelle que soit l’heure, les uns font leur jogging, les autres promènent leurs chiens, pendant que les amoureux se bécotent sur les bancs et que les enfants jouent dans les ruines de fortifications datant de la Seconde Guerre mondiale. Il n’est pas rare que les femmes dédaignent leurs habituels talons hauts pour des chaussures plus confortables : mode européenne ? féminisme ? Non, elles sont là pour se détendre, tout simplement. Le jour, le parc est pris d’assaut par le troisième âge. « Je viens chaque jour arroser ce petit chêne, que j’ai planté au printemps dernier, raconte Alexandre Novikov, colonel à la retraite de 85 ans. Je veux que mes arrière-petits-enfants puissent venir jouer près de cet arbre, ce sera mon lien avec eux. » Pour l’instant, le chêne ne mesure pas plus de soixante centimètres, mais il est bien protégé derrière sa triple rangée de pieux et de cordes. Un peu plus loin, un bel orme abrite plusieurs nichoirs, généreusement remplis de graines de tournesols par les grands-mères du quartier. Les mésanges et les moineaux sont aussi enchantés que les petits enfants qui, eux aussi, les nourrissent. « Cette année, les habitants ont obtenu que la partie du parc la plus récente – qui accueillait des équipements militaires – soit éclairée de manière moins agressive la nuit, afin de ne pas perturber les oiseaux », se réjouit Alissa Golouïenko, conseillère municipale âgée de 20 ans. Au début du XIXe siècle, Moscou ne disposait pas encore de parcs ouverts au public. Le Bois de bouleaux fait partie de la dizaine de bois moscovites qui ont survécu à l’expansion que la ville a connue au XXe siècle. Tout naturellement, il est venu grossir les rangs des « parcs » de Moscou, une dénomination qui regroupe des lieux très divers : anciennes propriétés des tsars, jardins publics, parcs de la culture et des loisirs soviétiques, espaces verts sans noms ni attributions particulières. Cette année, un reportage de la chaîne américaine CNN déclarait que plusieurs parcs moscovites (dont les résidences des tsars de Kolomenskoïé et de Tsaritsyno) offraient les plus beaux panoramas du monde pour les promenades et les séances de photos. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

2 novembre 2018
Société

Borovsk des villes, Borovsk des champs

Sous la pression d’un groupe de défenseurs du patrimoine venus de Moscou, le maire de Borovsk, dans la région de Kalouga, vient de suspendre la démolition de vingt maisons en bois traditionnelles. Toutefois, l’échéance est seulement repoussée. La population locale se fiche de la valeur architecturale de ces bâtiments, satisfaite d’être relogée dans des appartements modernes, plus confortables. La petite ville de Borovsk, à cent kilomètres de Moscou, avait tout pour figurer dans les guides touristiques aux côtés des belles anciennes cités princières de l’« Anneau d’or », telles Taroussa, Kolomna, Ples ou Souzdal. Dans les années 1990, les représentants de l’intelligentsia moscovite ont massivement acheté et rénové avec soin des bicoques dans ces villes, où une maison traditionnelle coûte aujourd’hui aussi cher qu’un petit appartement dans la capitale : jusqu’à 100 000 euros, voire plus, selon leur état et la taille du terrain. Mais Borovsk a manifestement raté le coche : en témoignent les enseignes kitsch qui envahissent ses rues et la décrépitude générale des bâtiments. Le marasme de l’économie locale est patent : des dizaines d’usines que possédait la ville à l’époque soviétique, seules deux fonctionnent encore. La faute en revient-elle au train, qui ne dessert pas la ville depuis la capitale (la gare la plus proche se trouve à une demi-heure de voiture) ? Démolir les stéréotypes La semaine dernière, Borovsk, malgré son isolement, a fait la une des médias, en raison du projet de la mairie de détruire vingt maisons en bois du centre-ville (trois l’ont déjà été, dix-sept sont encore debout). Le 16 octobre, les premières publications apparaissent sur les réseaux sociaux, dénonçant « la démolition totale du centre historique de Borovsk ». Le lendemain, les quotidiens nationaux s’emparent du sujet, tandis que sur internet, les défenseurs du patrimoine débattent des recours possibles. Le 18 octobre, Borovsk voit arriver un groupe d’activistes venus de Moscou. Ils sont reçus par le maire, Mikhaïl Klimov. À l’issue des négociations, le soir même, les défenseurs du patrimoine crient victoire : les démolitions sont « suspendues ». Le maire annonce une conférence de presse pour le 19 octobre. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

30 octobre 2018
Société

Moscou :
la fin de l’automobiliste roi

Quinze millions de personnes vivent dans la capitale russe et au moins autant dans sa banlieue : Moscou souffre des embouteillages depuis vingt-cinq ans. La cause ? Son réseau routier hérité de l’URSS ‒ où la vente libre de voitures à des particuliers était impossible ‒ est saturé. Si, dans les années 2000, les autorités municipales sont parvenues à le décongestionner en construisant de nouveaux axes, elles souhaitent aujourd’hui que les habitants de la mégapole renoncent à la voiture. Andreï Rogovskoï, 63 ans, major de l’armée russe à la retraite, gare sa voiture devant sa datcha située à 94 kilomètres au sud de Moscou. Il va prendre le train pour se rendre dans le centre de la capitale. Chaque hiver, depuis cinq ans, c’est là qu’il laisse sa Volkswagen Passat de 1993. « Ma voiture ne me sert plus que lorsque je viens ici passer le week-end ou que je pars en voyage, explique l’ancien officier. À Moscou, il est devenu quasi impossible de rouler et de se garer. » Il y a vingt ans, il aurait été inimaginable pour un Moscovite de tenir de tels propos. Une voiture faisait la fierté de son propriétaire. Tous ceux qui pouvaient se le permettre en achetaient une. À la fin des années 2000, la situation a toutefois radicalement changé : posséder une voiture dans la capitale est devenu bien plus difficile et coûteux. Des bâtons dans les roues Depuis l’instauration du stationnement payant à Moscou en 2013 (entre 0,80 et 2,70 euros de l’heure), […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

11 octobre 2018