Le retour des commissaires politiques

Le 30 juillet, le président russe Vladimir Poutine a nommé le général-colonel Andreï Kartapolov à la tête de la nouvelle « Direction militaro-politique centrale des Forces armées » (GVPU). La décision présidentielle est passée largement inaperçue dans la société et les médias. Ce n’est pourtant pas une réorganisation de routine : le nom de cette nouvelle structure en rappelle une autre, la Direction politique centrale des Forces armées de l’URSS (GlavPur), l’institution soviétique responsable de l’encadrement politique et idéologique des troupes. En d’autres termes, les commissaires politiques. C’est cette institution qui s’apprête à faire son retour dans l’armée russe.

L’ordre présidentiel a été signé l’année du centenaire de l’apparition des départements politiques dans l’Armée Rouge. En 1918, les bolcheviks, considérant le tour défavorable que prend pour eux la guerre civile, incorporent dans leurs troupes des « spécialistes militaires », anciens officiers de l’armée impériale dont ils recherchent l’expérience, mais auxquels ils ne font pas confiance. Ils décident alors de leur adjoindre des commissaires chargés de les surveiller et de déjouer la moindre tentative d’activisme contre-révolutionnaire de leur part. Leur autorité politique est parfois doublée d’une autorité militaire.

Entre pragmatisme et paranoïa

En 1942, au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’URSS vacille, le corps des commissaires politiques, jugés inefficaces et même dangereux pour l’unité de la chaîne de commandement, est dissous. Réactivé après la victoire sur l’Allemagne nazie, et jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique, le GlavPur est l’une des institutions les plus conservatrices du pays.

Sous Staline, pourtant, les officiers soviétiques sont entièrement dévoués au pouvoir. Ils se montrent d’une loyauté sans faille à son égard. Qu’importe : pour justifier leur existence, les héritiers des commissaires se rabattent sur la « lutte pour la pureté des troupes ». […]

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Alexandre Golts, expert militaire

Dernières nouvelles de la Russie

Opinions

Détroit de Kertch : Du bon usage de la loi du plus fort

L’arraisonnement de trois navires ukrainiens par les gardes-côtes russes dans le détroit de Kertch, le 25 novembre dernier, a provoqué un incident diplomatique d’une ampleur imprévue pour Moscou. Cet « incident frontalier » mineur, selon les mots de Vladimir Poutine, a notamment eu pour conséquence l’annulation de la rencontre, prévue le 1er décembre, en Argentine, dans le cadre du sommet du G20, entre le président russe et son homologue américain. L’incident survenu dans le détroit de Kertch le 25 novembre dernier n’a fait aucune victime et s’est simplement terminé, pour Kiev, par la saisie de trois de ses navires, de faible tonnage. C’est peu, en comparaison du passage sous pavillon russe de l’ensemble de la flotte ukrainienne lors de l’annexion de la Crimée par la Russie, et des milliers de victimes de la guerre que se livrent depuis quatre ans Moscou et Kiev dans le Donbass. Vladimir Poutine lui-même, avant de partir pour Buenos Aires, a tenu à minimiser l’importance d’un « accrochage » qui a pourtant focalisé les discussions du président russe avec Emmanuel Macron et Angela Merkel en Argentine. En effet, pour les États-Unis comme pour l’Union européenne, l’incident du détroit de Kertch n’a rien de banal. Les différences de réactions de Moscou à Washington révèlent l’abîme qui sépare les conceptions russe et occidentale en matière de politique de défense. Supériorité militaire Moscou s’est attachée, pendant les quatre années qui ont suivi l’annexion de la Crimée, à s’assurer une supériorité lui garantissant la possession pérenne de ce nouveau territoire. Depuis 2014, la Russie intensifie méthodiquement sa présence militaire à proximité de la frontière ukrainienne. Des unités de la 20e Armée de la Région militaire occidentale sont ainsi déployées à l’est de l’Ukraine, en particulier les 3e et 144e divisions d’infanterie mécanisée et la 1re division blindée. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

5 décembre 2018
International

Minsk-Varsovie : Partie d’échecs en Europe orientale

La frontière qui sépare la Pologne de la Biélorussie pourrait bientôt devenir l’épicentre d’une nouvelle confrontation entre blocs militaires en Europe. Depuis que la Pologne a annoncé son projet de déployer à ses frais une division blindée américaine sur son territoire, Moscou a relancé des discussions sur la création d’une base aérienne russe en Biélorussie. Varsovie attend une réponse de Washington concernant son offre, faite au printemps, d’accueillir une division blindée américaine sur son territoire, près de la frontière biélorusse. La Pologne promet de débloquer entre 1,5 et 2 milliards de dollars pour la création des infrastructures de la base militaire, qu’elle propose de baptiser « Fort Trump » en l’honneur du président américain. Pour l’état-major polonais cette somme devrait suffire à construire un polygone d’entraînement, des entrepôts, des hangars, des immeubles d’habitation, ainsi que des magasins et des salles de sport à l’intention des soldats. Si les États-unis réservent encore leur réponse, les réactions n’ont pas tardé en Biélorussie. « Si les politiques polonais dépensent des milliards de dollars pour déployer sur leur sol des équipements militaires et des bataillons américains, il va de soi que nous réagirons », a souligné Alexandre Loukachenko lors d’une assemblée restreinte de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui s’est tenue le 31 octobre dernier, à Minsk. Et le président biélorusse d’ajouter que la réaction de la Biélorussie et de son principal allié, la Russie, serait « appropriée ». Quelques jours plus tard, Alexandre Loukachenko a toutefois revu sa position. Au cours d’une discussion avec des analystes américains, il a ainsi déclaré : « Actuellement, je ne vois pas la nécessité de faire venir un autre État, y compris la Russie, sur le territoire biélorusse en vue d’assurer sa défense. Pour cette raison, nous nous opposons fermement à la construction d’une base aérienne. Si nécessaire, entre trois et cinq minutes suffisent à un avion russe pour atteindre la frontière biélorusse. Pourquoi, dès lors, construire une base ici, à découvert, au risque d’offrir une cible à un éventuel agresseur ? » Valse-hésitation biélorusse Depuis l’effondrement de l’URSS, en 1991, la Russie maintient deux sites militaires en Biélorussie : l’un est un centre de télécommunication de la marine, l’autre accueille des radars d’alerte précoce. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : RIAN15 novembre 2018
International

La course aux armements relancée

Donald Trump a annoncé, samedi 20 octobre, que les États-Unis allaient se retirer du traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (FNI), conclu avec la Russie en 1987. Il accuse Moscou de ne « pas respecter le traité » et annonce que son pays va, de nouveau, « développer ces armes ». Washington accuse Moscou de violer cet accord (qui oblige les deux pays à détruire tous les missiles balistiques et de croisière lancés depuis le sol et dont la portée se situe entre 500 et 5 500 km) depuis 2014. Les tensions entre les deux grandes puissances se sont exacerbées aussitôt après le début de la crise ukrainienne et la mise en place de la politique américaine de sanctions contre la Russie. Longtemps, les États-Unis n’ont pas révélé publiquement quel type de missile russe était visé par leurs accusations, ce qui affaiblissait leur position. Cette année, les Américains ont toutefois précisé qu’il s’agissait du missile terrestre Novator 9M729 de portée intermédiaire ‒ une variante terrestre des missiles de croisière Kalibr, utilisés avec succès en Syrie depuis des sous-marins et des navires de surface russes. Début octobre, Kay Bailey Hutchison, ambassadrice des États-Unis auprès de l’OTAN, avait annoncé que Washington ferait tout pour « éliminer » les missiles russes violant le traité FNI. Les médias russes avaient interprété ses propos comme une menace de frappe préventive contre les forces nucléaires russes, tandis que le ministère russe des Affaires étrangères critiquait sévèrement cette déclaration. Mme Hutchison a immédiatement réagi en précisant que les États-Unis « n’étudi[ai]ent pas la possibilité d’effectuer une frappe », qu’ils voulaient surtout « exercer une pression sur la Russie afin de la contraindre à appliquer le traité ». Quelques jours plus tard, Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, s’est également exprimé à ce sujet. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Sergei Fadeichev / TASS22 octobre 2018

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