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#ImpactJournalism – Une application contre la démence

« Testez votre cerveau en 5 minutes. » Voilà ce que propose Eyemove, une application créée il y a moins de deux ans par un jeune ingénieur russe, Mikhaïl Iantchnikov. Elle permet de détecter, via l’évaluation de mouvements oculaires, certaines maladies neurodégénératives telles qu’Alzheimer et Parkinson.


Réalisable depuis un téléphone portable ou un ordinateur – pourvu qu’il soit équipé d’une caméra haute résolution –, le test est simple : il suffit de suivre des points verts qui apparaissent sur le fond noir de l’écran. L’application enregistre le temps de réaction et la trajectoire oculaire. Les résultats sont ensuite comparés à la base de données d’Eyemove, et la probabilité de maladie neurodégénérative est calculée. Si celle-ci est élevée, le « patient » est dirigé vers un médecin, partenaire de la start-up. L’application a déjà été testée par 500 personnes : chaque cas de démence diagnostiqué par Eyemove a été confirmé par un médecin. Iantchnikov affirme que son application a une fiabilité de 70%. Il aimerait ajouter par la suite d’autres paramètres, tels que la voix ou les mouvements du corps, améliorant ainsi la précision du diagnostic.

« Pour la première fois, il est possible de décoder l’état neurologique d’une personne sans la soumettre à des tests longs et difficiles », s’enthousiasme Laurent Itti, chercheur du département d’Informatique et spécialiste des neurosciences à l’université de Californie du Sud (USC) aux Etats-Unis. Il a participé, en 2012, à la publication d’une étude indiquant que « l’attention naturelle et le mouvement oculaire – comme une goutte de salive – contiennent une signature biométrique de l’individu et l’état de fonctionnement, ou de dysfonctionnement, de son cerveau ».

D’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 50 millions de personnes souffrent de démence dans le monde – 60 à 70% des cas concernent la maladie d’Alzheimer. Ce nombre devrait tripler d’ici à 2050, et atteindre les 152 millions de personnes. Outre le coût élevé qu’entraînent ces maladies – estimé à 818 milliards de dollars par an, soit 1% du produit intérieur brut (PIB) mondial –, la démence pâtit d’un faible taux de prise en charge dû à un défaut de diagnostic, notamment dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, dans lesquels « 90% des personnes concernées ne sont pas conscientes de leur état ».

Le diagnostic proposé par Eyemove n’entraîne aucune douleur physique, il s’effectue à domicile – ce qui est pratique dans un pays comme la Russie, composée de nombreux déserts médicaux, rappelle Iantchnikov – et permet de détecter ces maladies à un stade précoce, ralentissant leur développement. Le coût du test est de 15 dollars. « Si les gens ne paient pas, ils croient que ce n’est pas sérieux », affirme le jeune ingénieur, qui explique ensuite : « J’ai mis toutes mes économies dans cette start-up, je ne veux pas d’investisseur. Les investisseurs vous imposent un calendrier, des résultats. Là il ne s’agit pas d’une application de plus, c’est de la médecine, c’est beaucoup plus compliqué, on ne peut pas suivre un calendrier précis. »

C’est d’autant plus compliqué en Russie, raconte Iantchnikov, où la médecine est particulièrement conservatrice et voit d’un mauvais œil l’intrusion des nouvelles technologies. Au départ, l’aventure Eyemove ne devait durer qu’un an, mais le retard s’est accumulé. « Je pense de plus en plus partir pour l’Europe ou les États-Unis, tous mes amis l’ont déjà fait. C’est beaucoup plus facile pour nous. En Europe, Eyemove aurait été créé en six ou huit mois ; en Russie, le monde médical s’est barricadé. Si je n’ai pas réussi à briser ce mur d’ici le mois de juin, je partirai à l’étranger. Peut-être aux États-Unis ou au Canada », déplore-t-il.

Actuellement, deux personnes travaillent à temps plein pour Eyemove, perfectionnant l’application. Les deux jeunes créateurs manquent de publicité et surtout de médecins pour les recommander et les appuyer : « Pour le moment nous n’avons pas encore assez de légitimité », reconnaît Iantchnikov. Il souligne également la nécessité de trouver plus de laboratoires prêts à se former et à travailler avec cette application, la base de données étant encore trop faible pour automatiser les diagnostics. Il faudra sans doute quelques années supplémentaires avant qu’Eyemove soit pleinement efficient et reconnu.

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Elsa Régnier

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