La civilisation des datchas

La datcha — ce lopin de terre en-dehors de la ville, mesurant entre 200 et 1 000 m2, le plus souvent assorti d’une résidence d’été, — est un élément central de la vie des Russes. Apparue au XIXe siècle, la datcha a fortement évolué au temps de l’URSS et après l’effondrement de 1991, sans jamais perdre de son importance.

Les premières datchas apparaissent au début du XIXe siècle, héritières directes des grandes propriétés de la noblesse russe. Diviser de grands domaines en plusieurs parcelles et y construire des villas à l’architecture moderne se révèle à l’époque une entreprise extrêmement rentable pour de nombreux marchands devenus propriétaires terriens, à l’image du personnage de Lopakhine, dans La Cerisaie d’Anton Tchekhov.

Un rêve de noblesse

Paradoxalement, alors que le découpage des domaines en parcelles signe la mort des propriétés aristocratiques et de leur culture, les nouveaux propriétaires de datchas raffolent de l’esthétique des anciennes oussadbas (maisons nobles).
Ce rêve de noblesse engendre le style caractéristique des datchas de la vieille Russie. Les bourgeois moscovites et pétersbourgeois, fuyant pour l’été les capitales étouffantes afin de s’établir dans leur villa à la campagne, ou dans celle qu’ils ont louée, y jouent aux aristocrates : meubles apportés de la ville (de style Biedermeier, puis art nouveau), activités sportives, théâtre de campagne et bals. Les dimensions de ces nouvelles datchas et leur degré de confort varient très largement, en fonction de la fortune des propriétaires.

« Au bout de la terrasse du soir, une tonnelle disparaît dans un labyrinthe infranchissable de massifs, buissons et parterres de fleurs, qui se transforme ensuite en une forêt dense, mêlée, presque vierge. »

« Trois étages, avec l’eau courante, deux salles de bain et des toilettes, une orangerie, des sols parquetés et deux terrasses : une pour le matin, l’autre pour le soir, rapportent les historiens russes Vladimir Rougua et Andreï Kokorev, décrivant une datcha de luxe. Au bout de la terrasse du soir, une tonnelle disparaît dans un labyrinthe infranchissable de massifs, buissons et parterres de fleurs, qui se transforme ensuite en une forêt dense, mêlée, presque vierge. »

Le repos du guerrier prolétaire

Les datchas plus modestes ont un autre aspect : « L’ensemble est inconfortable, exigu et sombre. Au rez-de-chaussée, la datcha ne compte que quatre pièces : la salle à manger qui est un couloir, la cuisine encombrée d’un poêle fumant, les toilettes, froides, sombres et constamment bouchées, et la cage d’escalier. Ce dernier, raide et tortueux, mène à l’étage : trois chambres ouvertes à tous les vents, avec un minuscule balcon donnant sur le toit. Les meubles, apportés de Moscou, sont posés au hasard, sans confort ni chaleur. Le toit s’est rapidement mis à fuir, […]

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Anton Razmakhnine

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Vous avez dit Oussadba ?

Chacun, en France, connaît le mot datcha, même si la représentation que l’on en a ne correspond pas toujours à la réalité. On ignore généralement, en revanche, le mot oussadba que l’on traduit parfois par « domaine aristocratique », « manoir », « château ».

8 juin 2018
Société

Spetstrassa n°1 : l’autoroute des privilégiés au cœur de Moscou

Datant des années 1950 et reliant la route Mojaïskoїé Chossé à l’avenue Koutouzov et à la Nouvelle Rue Arbat, l’« Autoroute n° 1 », n’est en fait qu’une succession de grandes avenues situées au cœur de Moscou. Conçue à l’origine pour relier les datchas des dirigeants du Parti communiste au Kremlin, elle représente aujourd’hui l’une des artères les plus importantes de la capitale russe. Une artère longue de 20 km, séparée en son milieu par une voie d’urgence, large de trois mètres, destinée à l’origine aux ambulances, aux pompiers ou à la police, mais en réalité utilisée par les hauts fonctionnaires d’État et les proches du pouvoir, souvent au détriment de la sécurité routière.Le 7 mai 2012, lors de la cérémonie d’investiture de Vladimir Poutine, retransmise à la télévision dans tout le pays, le président russe a emprunté la fameuse Spetstrassa n° 1 (en français : tracé spécial) pour se rendre de la Maison Blanche, siège du gouvernement au bord de la Moskova, au Kremlin, qui abrite les services de la présidence. Un trajet qui symbolisait son passage du poste de Premier ministre – qu’il occupait depuis 2008 – à celui de président de la Fédération de Russie. Depuis sa réélection, M. Poutine et le cortège de voitures qui l’accompagne habituellement dans ses déplacements, ont été filmés à plusieurs reprises empruntant cet axe, qui mène aussi à Novo-Ogarevo, la résidence privée du chef de l’État, située à une dizaine de kilomètres du centre de Moscou. Un cortège imposant, composé d’une vingtaine de véhicules en moyenne, et au-devant duquel les plus grandes avenues de la ville, dont la Spetstrassa n° 1, sont vidées préalablement de toute automobile, afin de faciliter son passage et d’assurer la sécurité du président.Le cortège présidentiel sur l’avenue Koutouzov Sens dessus dessous Cette immense artère – qui, selon les tronçons, dispose de huit à dix voies et où les véhicules circulent dans les deux sens – est séparée en son milieu par un couloir d’urgence large de trois mètres, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

4 mai 2018
Économie

L’empire immobilier russe sur la Côte d’Azur

L’arrestation du sénateur et homme d’affaires Souleïmane Kerimov, le 20 novembre à Nice, a secoué la communautés d’affaires russe. Libéré contre une caution de 5 millions d’euros, le milliardaire est accusé de blanchiment de fraude fiscale. Soupçonné d’être le véritable propriétaire de la villa Hier, une des plus chères du Cap d’Antibes, il fait partie de ces nombreux Russes ayant acheté des résidences en Europe occidentale. Qui sont-ils et quelles sont les perspectives des investissements russes dans l’immobilier étranger ? Officiellement, la villa Hier, d’une superficie totale de 12 000 m2, a été achetée il y a trois ans par l’entrepreneur suisse Alexander Stuldhalter pour un montant de 35 millions d’euros. Toutefois, la police française soupçonne le milliardaire russe Souleïmane Kerimov, ressortissant de la république caucasienne du Daghestan et actionnaire majoritaire de la plus grosse entreprise russe d’extraction d’or, Polyus, d’en être le véritable propriétaire « via une série d’entreprises », […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

23 novembre 2017

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