Les femmes russes en pleine révolution sociale

Près d’un Russe sur quatre est une femme de plus de 45 ans. Aux antipodes de l’image de la petite grand-mère usée par la période soviétique, vendant des fleurs dans le métro pour arrondir sa maigre retraite, une récente enquête de l’agence de communication BBDO Branding établit un nouveau portrait de la femme russe « d’âge mûr ».

« On assiste à un changement du paradigme social, à un moment de transition dans les représentations », affirment les experts de l’agence. Cette évolution est portée par des citadines, représentantes de la classe moyenne aisée. La revue culturelle Afisha Daily a été à leur rencontre. Si ces femmes ne parlent certes pas au nom des 36 millions de Russes de plus de 45 ans, elles incarnent pourtant une réalité balbutiante mais qui fait son chemin dans les médias et les représentations collectives : celle de la femme russe d’âge mur « intelligente, libre, [qui] prend soin d’elle et expérimente sans cesse des choses nouvelles ».

Constat n°1 : Les femmes russes de plus de 45 ans veulent lâcher leur potager

Avant tout, à la différence de leurs aînées, de plus en plus de femmes russes d’âge mûr sont attirées par le changement et la nouveauté, estime la sociologue Lioubov Boroussiak. L’enquête de BBDO Branding le confirme : 50% des femmes russes de plus de 45 ans expérimentent de nouvelles activités.

« Je n’ai commencé à voyager qu’après 50 ans et j’ai vraiment adoré ça !, témoigne Lioubov Tchernyakova, 55 ans, directrice d’un magasin d’ameublement. Cette année, j’ai décidé d’apprendre l’anglais pour me sentir plus à l’aise à l’étranger. Autrefois, je pensais être trop rouillée pour me lancer dans un projet pareil… Mais ces derniers temps, je me sens étonnamment pleine de confiance en moi. Je n’ai plus le vertige ni peur de l’avion. Je pense que bientôt, je passerai aussi le permis de conduire ! » Lioubov a fêté ses 55 ans en Italie, avant de détruire tout son potager, dans sa datcha : « J’avais 30 m2 de jardin planté de fraises, de pommes de terre et d’un tas d’autres légumes. Mais à un moment, j’ai compris que la datcha était devenue pour moi un lieu de travail, qui, en plus, m’empêchait de voyager. Aujourd’hui, j’y vais pour me reposer l’esprit : je plante mes fleurs préférées et j’écris mes mémoires. »

« Pour les femmes, 45 ans et plus, c’est l’âge d’or ! »

Olga Iliouchkina, 53 ans, dirige un espace de loisirs familial et une agence de recrutement. Elle aime passer du temps à la datcha avec son mari, cueillir des champignons et des baies, aller au festival de musique Groushinsky, à Samara… Mais ça, c’est seulement l’été. « Le reste de l’année, je voyage, je vais au théâtre, je fais de la photographie et je regarde des films européens avec mon mari, en home cinema. Nous aimons aussi regarder des classiques du cinéma soviétique avec nos trois enfants. Le samedi, je fais de la peinture à l’huile et aussi du yoga, depuis dix ans. »

« Pour les femmes, 45 ans et plus, c’est l’âge d’or ! La plupart ont déjà éduqué leurs enfants et n’ont pas encore de petits-enfants, affirme la psychologue Ekaterina Kabanova. Et même celles qui en ont ne veulent plus être grand-mères dans le sens traditionnel du terme, c’est-à-dire prendre un congé ou leur retraite pour se consacrer entièrement aux petits-enfants, poursuit-elle. En revanche, la société, et parfois même les proches, reprochent souvent aux femmes cette volonté de n’être pas seulement des mères ou des grands-mères mais de vivre aussi pour elles-mêmes.  […]

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Traduit par Julia Breen