Armée Rouge : le régiment des vétérans

Le 9 mai, la Russie commémore la fin de la Grande Guerre patriotique (1941-1945), nom donné à la Seconde Guerre mondiale dans le pays. Le Courrier de Russie s’associe pour cette occasion au photographe Jonathan Alpeyrie qui mène un projet sur les vétérans de ce conflit depuis 2004. En quatorze ans, il a rencontré deux cent vingt anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, de soixante-deux nationalités différentes.

Nous publions en ce jour de célébration du Jour de la Victoire, une série de portraits de vétérans de l’Armée rouge.

Suren Sarkissian

Né en 1924 à Voskevaz, en Arménie.

« Les bombes pleuvaient de tous les côtés. Je ne sais pas comment j’ai survécu ce jour-là. »

Suren Sakissian fait ses études jusqu’en 1942, année durant laquelle il est enrôlé dans l’Armée Rouge. Il s’entraîne pendant deux mois à Arzamas et en Arménie, avant de rejoindre le 837e régiment d’artillerie de la 238e division d’infanterie. Il est en charge des transmissions entre une batterie de canons et le quartier général du bataillon. Il participe à des combats sur le front de Kalinine et à Briansk.

« Lors de la bataille du Dniepr, en 1944, trois fois, j’ai dû nager d’une rive à l’autre pour rétablir des liaisons coupées par les bombardements allemands. Les bombes pleuvaient de tous les côtés. Je ne sais pas comment j’ai survécu ce jour-là. »

Pour cette action, il se voit gratifié du plus haut titre honorifique d’URSS : héros de l’Union soviétique.

Plus tard, il participe à la bataille pour la reconquête de Moguilev, en Biélorussie. Après la guerre, il reprend ses études dans un institut technique et obtient son diplôme en 1951.

Julia Barsouk

Née en 1919, en Ukraine.

« J’ai interrogé beaucoup de soldats allemands durant la bataille de Stalingrad. Beaucoup tremblaient, ils avaient peur. »

Maîtrisant l’allemand, Julia Barsouk s’engage dans l’Armée Rouge en tant qu’interprète. Elle est envoyée à Stalingrad pour interroger les prisonniers allemands.

« J’ai interrogé beaucoup de soldats allemands durant la bataille de Stalingrad. Beaucoup tremblaient, ils avaient peur. Ils pensaient que nous allions les tuer sur-le-champ. »

Elle vit aujourd’hui à New York avec son mari.

Sergueï Abgorian

Né le 16 novembre 1924 à Bert, en Arménie.

« Tout ce que je voulais, c’était rejoindre l’Armée Rouge et quitter l’Arménie. »

« Tout ce que je voulais, c’était rejoindre l’Armée Rouge et quitter l’Arménie. Comme je n’avais que 17 ans, […]

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Un dossier préparé par Elsa Régnier, Kevin Mouchené

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Jonathan Alpeyrie : « Les plus grands pacifistes sont des gens qui ont connu la guerre . »

Jonathan Alpeyrie est né en France, à Paris, mais s’est installé aux États-Unis avec sa famille à l’âge de quatorze ans. Sa carrière de photographe l’a conduit dans plus de vingt-cinq pays, couvrant treize zones de conflit : du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord au Caucase du Sud et à l’Asie centrale. Son travail est […]

8 mai 2018
Culture

La construction de l’ennemi

Dans une nouvelle parue en français en 2014, le regretté Umberto Eco rapporte une discussion avec un chauffeur de taxi pakistanais à New York. Apprenant que son passager vient d’Italie, celui-ci s’intéresse d’abord à la langue du pays et s’étonne que ce ne soit pas l’anglais, puis, sans transition, demande quels sont les ennemis des Italiens, « ceux qu’ils massacrent et qui les massacrent depuis des siècles », « pour des revendications territoriales, des haines ethniques, d’incessantes violations de frontières… ». La réponse de l’auteur du Nom de la rose : les Italiens n’ont pas d’ennemis, ils ne massacrent personne, ne le satisfait manifestement pas : « Comment pouvait-il exister un peuple sans ennemis ? » Un peu honteux d’appartenir à un tel peuple, Eco conclut : « Je suis descendu en lui laissant deux dollars de pourboire pour le dédommager de notre pacifisme indolent ». Cette rencontre fortuite conduit Umberto Eco à réfléchir à l’absence d’ennemi, aujourd’hui, en Italie – réflexion que l’on peut étendre à l’ensemble de l’Europe, à tout le moins occidentale. Eco prend conscience que l’unité de l’Italie s’est faite grâce à l’ennemi autrichien, que les États-Unis ont perdu leur identité en même temps que le grand ennemi soviétique, jusqu’à ce que Ben Laden vienne y mettre bon ordre, qu’ « avoir un ennemi est important poillur se définir une identité, mais aussi pour se confronter à un obstacle, mesurer son système de valeurs et montrer sa bravoure ». Par conséquent, résume-t-il, « au cas où il n’y aurait pas d’ennemi, il faut le construire » . En nos temps de conflits sanglants que l’on n’ose pudiquement qualifier de guerres, où l’ennemi est d’autant plus mouvant et flou que l’on se refuse bien souvent à lui donner ce nom ; où la Russie et l’Ukraine jouent à nouveau les frères-ennemis ; où l’Europe, qui ne sait plus ce qu’elle est ni pour quoi elle existe, hésite sur le choix de l’ennemi à désigner et paraît parfois regretter le bon vieux temps des Blocs ; où la Russie, enfin, se relance dans une valse-hésitation entre Orient et Occident, il semble utile, voire nécessaire, de reprendre à notre compte la question posée par le chauffeur de taxi pakistanais à Umberto Eco. Il serait particulièrement intéressant de nous pencher sur la construction européenne (au sens d’Union européenne) de l’ennemi, mais la tâche est proprement titanesque, tant l’Europe actuelle paraît insaisissable, oscillant constamment, dans sa définition d’elle-même, entre entité sans visage et résurgences de particularismes. La Russie qui, depuis quelque temps, apparaît ici ou là, entre les lignes et sous les mots européens, comme un ennemi bien commode pour cimenter l’UE, est plus aisée à cerner de ce point de vue, d’autant que l’ennemi, dans son cas, prend appui sur une tradition solide. Baleines et serpents-dragons La construction de l’ennemi repose, comme le monde, en Russie, sur « trois baleines » : le réel, en d’autres termes les événements historiques, guerres et invasions, auxquels il convient d’ajouter ce qu’en font le politique et l’idéologie ; le mythe, à savoir l’image que le populaire donne du réel, comment il le transforme, quelle légende il fabrique, et l’utilisation éventuelle par l’idéologie de cette imagerie ; la littérature – plus tardive, puisque la Russie n’a de littérature véritablement originale qu’à partir du XIXe siècle – qui, si elle reflète, bien souvent, une vision individuelle, n’en est pas moins influencée et par ce que nous avons appelé le « réel », et par ce que nous qualifions de « mythe ». Nos trois baleines, en outre, peuvent être nettement différenciées, comme elles peuvent être presque interchangeables. À tout le moins, elles sont étroitement liées. Dès le fond des âges païens de ce qui deviendra la Rus, puis la Russie, l’ennemi prend la forme du Serpent-Dragon Zmeï Gorynytch, monstre à trois, six, neuf, parfois douze têtes. Serpent ailé, également qualifié de « démon flamboyant », il est associé à Peroun, dieu du tonnerre et des éclairs dans la mythologie slave. Combattu par les bogatyrs (les preux), il devient, avec la christianisation, le dragon contre lequel lutte, encore et encore, notamment sur le blason de Moscou, saint Georges. Toute mythologie se rattachant, peu ou prou, à une réalité historique, Zmeï Gorynytch pourrait être une allégorie des nomades de la steppe, Pétchénègues, Polovtsiens et autres, qui multiplient les incursions dans la Rus. Le joug tatar (1236-1480), néanmoins, expédie les nomades dans les poubelles du mythe. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

15 mars 2018
Société

Patriotes russes / citoyens français : deux philosophies de la conscription

Le 23 février, la Russie célèbre le Jour des défenseurs de la patrie. L’origine de cette fête annuelle remonte à l’époque soviétique. Le 23 février 1918, alors que le pays est plongé dans la guerre civile, les premières unités de l’Armée rouge, composées d’ouvriers et de paysans, sont formées. En 1946, elle est renommée Armée soviétique par Staline. En cent ans d’existence, soviétique puis russe, celle-ci a toujours été une armée de conscription. Aujourd’hui, ce thème trouve un écho inattendu en France, où les autorités prévoient de rétablir le service militaire obligatoire. La Russie a instauré le service militaire universel en 1874. Formellement, il est encore en place aujourd’hui. En principe, tout jeune Russe âgé de plus de 18 ans doit effectuer une période d’un an sous les drapeaux. Mais le système de conscription a fortement évolué depuis la fin de l’URSS. À l’époque soviétique, l’ensemble de la population masculine âgée de 18 à 55 ans pouvait être enrôlée à tout moment. Dans les années 1970-1980, les cinq millions de soldats et de sergents de l’armée soviétique ne se composaient que de conscrits. Beaucoup de jeunes étaient toutefois dispensés du service militaire : pour des raisons médicales ou parce qu’ils avaient suivi une formation militaire pendant leurs études supérieures, ce qui leur donnait le statut d’officier de réserve. Ils ne pouvaient être recrutés qu’en temps de guerre. Une gigantesque école militaire Dans les années 1960-1980, l’URSS se prépare à la guerre, à la fois contre la Chine et l’OTAN. Le gouvernement propose alors de créer une armée forte de 11 millions de soldats. 8 millions d’entre eux n’ont en fait effectué que leur service militaire, ils sont pourtant considérés comme des réservistes opérationnels, mobilisables à tout moment. Bien entendu, un tel projet n’est réalisable que si tous les hommes du pays reçoivent un véritable entraînement au combat. Au fond, la conscription à la soviétique est une gigantesque école militaire où sont formés les futurs réservistes. Après l’effondrement de l’URSS, ce système ne fait que se dégrader. Des cas de bizutages cruels (au cours desquels des soldats briment les nouvelles recrues) sont rapportés – conséquence inévitable de la conscription. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

22 février 2018

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