Alexandre Jarov : la fulgurante carrière du censeur de l’internet russe

Alexandre Jarov ne cesse de faire la Une des journaux russes. Depuis un mois, l’Agence fédérale de régulation des communications qu’il dirige, Roskomnadzor, a déclaré la guerre à la messagerie Telegram et bloque des millions d’adresses IP, perturbant le fonctionnement de tout l’internet russophone. Pourtant, le personnage reste mal connu : on sait simplement qu’il a gravi les échelons du pouvoir à une vitesse impressionnante. Retour sur l’ascension de l’un des hauts fonctionnaires russes à la fois les plus secrets et les plus influents.

L’agence fédérale de contrôle des médias et des technologies de l’information, Roskomnadzor, fête ce mois-ci ses dix ans d’existence. Avec une centaine de sites web bloqués à son actif, elle est aujourd’hui l’un des organes de pouvoir les plus redoutés de Russie, et son directeur, Alexandre Jarov, est l’un des hauts fonctionnaires les plus en vue du pays.

« L’inquisiteur châtie des innocents, Roskomnadzor punit des coupables »

Alexandre Jarov cumule décorations et médailles, dont le prestigieux « Ordre pour service rendu à la patrie », qui salue « son grand professionnalisme et l’objectivité dont il a fait preuve dans la couverture des événements de Crimée ». Dans le même temps, son nom est régulièrement scandé lors des manifestations de l’opposition, qui exige sa démission. Depuis le 6 avril 2018, il est inscrit sur la nouvelle « liste noire » publiée par Washington, aux côtés de vingt-trois autres officiels et hommes d’affaires russes visés par des sanctions personnelles. Alexandre Jarov a accueilli la nouvelle avec ironie, estimant qu’il s’agissait « d’un compliment adressé au travail de Roskomnadzor ». Depuis quelque temps, les rumeurs sur son départ imminent vont bon train. Mais Jarov les réfute obstinément.

En 2015, dans une interview accordée au portail d’information Znak, il déclarait, à propos du rôle de l’agence qu’il dirige : « L’inquisiteur châtie des innocents, Roskomnadzor punit des coupables. Malheureusement, c’est notre fonction. Et si nous ne l’assumons pas, je ne donne pas cher du service de régulation. »

Une carrière fulgurante

Quand Alexandre Jarov est nommé la tête de Roskomnadzor en mai 2012, […]

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Anastasia Sedukhina