Marchés aux puces : À la recherche de la Russie éparpillée

À la différence des pays européens, la Russie ne dispose pas encore d’un réseau sophistiqué de commerce d’articles de seconde main. Néanmoins, on trouve sur les marchés aux puces de Moscou (et de Saint-Pétersbourg) des objets provenant de tout le pays et même d’Europe.

Tous les samedis et dimanches, un immense marché se tient à quelques kilomètres de l’aéroport de Cheremetievo. Des centaines de personnes y vendent les objets les plus divers, présentés sur des étalages, sur le capot de leur voiture ou posés, à même le sol, sur des journaux ou des cartons. Le marché moscovite de Novopodrezkovo est apparu peu de temps après la campagne de Russie en 1812, lorsque les Moscovites, de retour dans leur ville incendiée et pillée, ont voulu vendre les affaires qui leur restaient ou retrouver des objets ayant appartenu à leur famille. Il y a deux siècles, le marché se trouvait sur la place de Smolensk, où se dresse aujourd’hui le bâtiment stalinien du ministère des Affaires étrangères. Il a ensuite déménagé plusieurs fois avant de s’établir à l’extrémité nord de Moscou, de l’autre côté de l’autoroute périphérique MKAD.

« On prend la voiture et en route pour Moscou ! »

Il suffit jeter un coup d’œil aux plaques d’immatriculation des voitures garées alentour pour comprendre que la plupart des visiteurs viennent de la partie européenne de la Russie. L’heure d’arrivée idéale pour les clients est 7h du matin, avant que les antiquaires de Moscou ne s’emparent des meilleures affaires (certains les revendent d’ailleurs ici même, dans des pavillons confortables situés non loin de l’entrée).

« Mon mari, mon fils et moi venons de la région de Vladimir », explique Natalia, originaire de la ville de Gous-Khroustalny, où étaient autrefois produits en grandes quantités les plus beaux cristaux de Russie. Ils sont encore fabriqués aujourd’hui, mais en moindre quantité. « Nous venons vendre nos affaires ici car les Moscovites ont de l’argent. Il n’y a pratiquement plus de travail chez nous. L’usine de cristal est fermée, depuis une vingtaine d’années. Personne n’arrive à la faire revivre. »

Vendre ses affaires aux puces de Moscou, c’est aussi l’occasion pour certains hommes vivant en province de retrouver leur femme qui, durant la semaine, travaille dans la capitale.

Les vendeurs venus de province font habituellement le trajet en vieux break Lada ; […]

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Anton Razmakhnine

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Mégaloparcs

L’été indien qui s’est achevé il y a dix jours a permis aux Moscovites de profiter pleinement des nouveaux espaces verts qui n’en finissent plus de fleurir dans leur mégapole. Des sentiers sinueux, une lumière nocturne provenant des réverbères dissimulés par les arbres : le « Bois de bouleaux », au nord-ouest de Moscou, a quelque chose de la Cité des Elfes du Seigneur des anneaux. Ici, quelle que soit l’heure, les uns font leur jogging, les autres promènent leurs chiens, pendant que les amoureux se bécotent sur les bancs et que les enfants jouent dans les ruines de fortifications datant de la Seconde Guerre mondiale. Il n’est pas rare que les femmes dédaignent leurs habituels talons hauts pour des chaussures plus confortables : mode européenne ? féminisme ? Non, elles sont là pour se détendre, tout simplement. Le jour, le parc est pris d’assaut par le troisième âge. « Je viens chaque jour arroser ce petit chêne, que j’ai planté au printemps dernier, raconte Alexandre Novikov, colonel à la retraite de 85 ans. Je veux que mes arrière-petits-enfants puissent venir jouer près de cet arbre, ce sera mon lien avec eux. » Pour l’instant, le chêne ne mesure pas plus de soixante centimètres, mais il est bien protégé derrière sa triple rangée de pieux et de cordes. Un peu plus loin, un bel orme abrite plusieurs nichoirs, généreusement remplis de graines de tournesols par les grands-mères du quartier. Les mésanges et les moineaux sont aussi enchantés que les petits enfants qui, eux aussi, les nourrissent. « Cette année, les habitants ont obtenu que la partie du parc la plus récente – qui accueillait des équipements militaires – soit éclairée de manière moins agressive la nuit, afin de ne pas perturber les oiseaux », se réjouit Alissa Golouïenko, conseillère municipale âgée de 20 ans. Au début du XIXe siècle, Moscou ne disposait pas encore de parcs ouverts au public. Le Bois de bouleaux fait partie de la dizaine de bois moscovites qui ont survécu à l’expansion que la ville a connue au XXe siècle. Tout naturellement, il est venu grossir les rangs des « parcs » de Moscou, une dénomination qui regroupe des lieux très divers : anciennes propriétés des tsars, jardins publics, parcs de la culture et des loisirs soviétiques, espaces verts sans noms ni attributions particulières. Cette année, un reportage de la chaîne américaine CNN déclarait que plusieurs parcs moscovites (dont les résidences des tsars de Kolomenskoïé et de Tsaritsyno) offraient les plus beaux panoramas du monde pour les promenades et les séances de photos. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

2 novembre 2018
Société

Borovsk des villes, Borovsk des champs

Sous la pression d’un groupe de défenseurs du patrimoine venus de Moscou, le maire de Borovsk, dans la région de Kalouga, vient de suspendre la démolition de vingt maisons en bois traditionnelles. Toutefois, l’échéance est seulement repoussée. La population locale se fiche de la valeur architecturale de ces bâtiments, satisfaite d’être relogée dans des appartements modernes, plus confortables. La petite ville de Borovsk, à cent kilomètres de Moscou, avait tout pour figurer dans les guides touristiques aux côtés des belles anciennes cités princières de l’« Anneau d’or », telles Taroussa, Kolomna, Ples ou Souzdal. Dans les années 1990, les représentants de l’intelligentsia moscovite ont massivement acheté et rénové avec soin des bicoques dans ces villes, où une maison traditionnelle coûte aujourd’hui aussi cher qu’un petit appartement dans la capitale : jusqu’à 100 000 euros, voire plus, selon leur état et la taille du terrain. Mais Borovsk a manifestement raté le coche : en témoignent les enseignes kitsch qui envahissent ses rues et la décrépitude générale des bâtiments. Le marasme de l’économie locale est patent : des dizaines d’usines que possédait la ville à l’époque soviétique, seules deux fonctionnent encore. La faute en revient-elle au train, qui ne dessert pas la ville depuis la capitale (la gare la plus proche se trouve à une demi-heure de voiture) ? Démolir les stéréotypes La semaine dernière, Borovsk, malgré son isolement, a fait la une des médias, en raison du projet de la mairie de détruire vingt maisons en bois du centre-ville (trois l’ont déjà été, dix-sept sont encore debout). Le 16 octobre, les premières publications apparaissent sur les réseaux sociaux, dénonçant « la démolition totale du centre historique de Borovsk ». Le lendemain, les quotidiens nationaux s’emparent du sujet, tandis que sur internet, les défenseurs du patrimoine débattent des recours possibles. Le 18 octobre, Borovsk voit arriver un groupe d’activistes venus de Moscou. Ils sont reçus par le maire, Mikhaïl Klimov. À l’issue des négociations, le soir même, les défenseurs du patrimoine crient victoire : les démolitions sont « suspendues ». Le maire annonce une conférence de presse pour le 19 octobre. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

30 octobre 2018
Société

Moscou :
la fin de l’automobiliste roi

Quinze millions de personnes vivent dans la capitale russe et au moins autant dans sa banlieue : Moscou souffre des embouteillages depuis vingt-cinq ans. La cause ? Son réseau routier hérité de l’URSS ‒ où la vente libre de voitures à des particuliers était impossible ‒ est saturé. Si, dans les années 2000, les autorités municipales sont parvenues à le décongestionner en construisant de nouveaux axes, elles souhaitent aujourd’hui que les habitants de la mégapole renoncent à la voiture. Andreï Rogovskoï, 63 ans, major de l’armée russe à la retraite, gare sa voiture devant sa datcha située à 94 kilomètres au sud de Moscou. Il va prendre le train pour se rendre dans le centre de la capitale. Chaque hiver, depuis cinq ans, c’est là qu’il laisse sa Volkswagen Passat de 1993. « Ma voiture ne me sert plus que lorsque je viens ici passer le week-end ou que je pars en voyage, explique l’ancien officier. À Moscou, il est devenu quasi impossible de rouler et de se garer. » Il y a vingt ans, il aurait été inimaginable pour un Moscovite de tenir de tels propos. Une voiture faisait la fierté de son propriétaire. Tous ceux qui pouvaient se le permettre en achetaient une. À la fin des années 2000, la situation a toutefois radicalement changé : posséder une voiture dans la capitale est devenu bien plus difficile et coûteux. Des bâtons dans les roues Depuis l’instauration du stationnement payant à Moscou en 2013 (entre 0,80 et 2,70 euros de l’heure), […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

11 octobre 2018
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